« Un moment historique »: Dans le secret des délibérations du début de la guerre contre l’Iran
La fuite d'extraits de ces délibérations explique les raisons pour lesquelles Israël a attaqué l'Iran, ses projets d'assassinat de Khamenei, les tractations pour convaincre Trump de bombarder un site nucléaire fortifié et les différends sur le bombardement des raffineries de pétrole
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Un reportage diffusé dimanche a permis d’entrevoir quelques uns des échanges tenus entre les autorités israéliennes, avant et durant les 12 jours de guerre contre l’Iran, et de révéler la raison des frappes spectaculaires du 13 juin qui l’ont déclenchée, l’espoir d’une intervention américaine pour détruire les installations souterraines de Fordo, les projets d’assassinat du Guide suprême, Ali Khamenei, et de déstabilisation du régime de Téhéran sans oublier les mesures prises pour convaincre les habitants de Téhéran d’évacuer.
C’est la Treizième chaîne qui a donné tous ces détails dans le cadre d’un reportage qui sera diffusé dans son intégralité mardi soir, accompagné d’une interview du Premier ministre, Benjamin Netanyahu.
La chaine n’a pas indiqué de quelle manière elle s’était procuré les transcriptions de ces réunions à huis clos, entourées du plus grand secret.
Le 12 juin dernier, le cabinet de sécurité s’est réuni en secret dans un bunker situé sur les hauteurs de Jérusalem.
Au début de la réunion, Netanyahu a déclaré : « Ce moment est historique et il nous faut prendre une décision cruciale. Si nous ne les arrêtons pas, d’ici quelques années, ils auront des dizaines de milliers de kilos d’explosifs [nucléaires]. L’Iran a déjà enrichi des matières fissiles à un niveau suffisant pour huit à neuf bombes et ils travaillent à leur militarisation. Si nous ne faisons rien, nous ne serons tout simplement plus là. Nous allons porter un coup sévère aux autorités de commandement et de contrôle, nous en prendre à des scientifiques de haut niveau et bien d’autres facteurs encore. Que Dieu soit avec nous. »
« Ils sont sur le point de devenir la deuxième puissance en matière de missiles balistiques. Une fois débarrassés de certaines infrastructures et scientifiques, les négociations en vue d’un accord se dérouleront autrement. Nous avons derrière nous des discussions marathon, et ce depuis des mois », a ajouté Netanyahu.
Un haut responsable militaire dont l’identité est cachée a déclaré aux ministres que l’un des objectifs de l’opération était de faire en sorte que Téhéran ne soit plus en capacité de se doter du nucléaire, même à long terme, et de donner à « Israël un bien meilleur équilibre stratégique ».
Seuls les États-Unis peuvent bombarder Fordo
Ce responsable a ajouté que les objectifs passaient notamment par la « destruction » des installations nucléaires iraniennes de Natanz et le ciblage des responsables du programme nucléaire comme des infrastructures de conversion de l’uranium enrichi en un noyau métallique susceptible d’être emporté par une bombe.
« À Téhéran, nous allons frapper de nombreuses cibles de nature diverse, car c’est un point focal iranien », a-t-il poursuivi.
Il a ajouté que « Fordo ne sera détruite que si les États-Unis l’attaquent ».
L’infrastructure nucléaire de Fordo était en effet profondément enfouie sous une montagne et seuls les États-Unis possédaient les énormes bombes anti-bunker capables de causer des dommages à ce site hautement protégé.
Il a ensuite précisé que « notre hypothèse est qu’à la fin de l’opération, l’Iran aura toujours du matériel enrichi. Et dans les tout premiers jours, ils pourront tirer des centaines de roquettes sur Israël. », mettant en garde contre des conséquences sans précédent pour le front intérieur israélien, estimant que des dizaines de cibles israéliennes feraient l’objet de tirs précis avec de grosses ogives et jusqu’à plusieurs centaines, avec des ogives légères.
Il a par ailleurs ajouté que la guerre aurait in fine besoin d’une solution diplomatique en disant en substance : « Les succès opérationnels ne suffiront pas : ils devront être complétés par de la diplomatie ».
Un haut responsable du renseignement a déclaré qu’une « partie de ces opérations surprise est en préparation depuis des années. Des actions contre les missiles sol-sol, une opération de renseignement conçue pour perturber les activités de l’ennemi et des activités de déstabilisation du régime.
Le chef du Shin Bet, Ronen Bar, a déclaré qu’Israël se préparait à un risque de troubles avec les Arabes israéliens dans les villes mixtes – juives et arabes.
La réunion s’est terminée par un vote à l’unanimité en faveur de l’opération, lancée à 3 heures du matin le vendredi 13 juin, avec plusieurs attaques surprises contre les défenses aériennes, les scientifiques nucléaires et les dirigeants militaires iraniens.
En Israël, les sirènes d’alerte ont retenti partout en prévision d’une riposte, sous forme de tirs massifs de missiles iraniens, qui ne s’est concrétisée qu’au bout de plusieurs heures.
Trouver le chef
Après la première frappe de la nuit, les ministres et chefs de la sécurité se sont de nouveau réunis le vendredi 13 juin.
Les ministres ont surtout évoqué les initiatives destinées à se concilier l’aide américaine, que ce soit par la fourniture d’avions de ravitaillement, pour permettre aux avions de chasse israéliens de poursuivre leurs attaques sur des cibles éloignées, ou en persuadant le président américain de donner son feu vert à l’attaque américaine sur Fordo.
Le ministre des Affaires stratégiques, Ron Dermer, a fait savoir que lors d’une conversation téléphonique avec Trump, Netanyahu avait « poussé » Trump à prendre une décision au sujet de l’envoi d’avions de ravitaillement pour aider les frappes israéliennes.
S’agissant des frappes américaines sur Fordo, Dermer a dit avoir eu l’impression que Trump le ferait, « mais au bon moment ».
Le ministre de la Défense, Israel Katz, a indiqué que le Secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, lui avait confié que des mesures avaient été prises pour envoyer les avions de ravitaillement – lesquels ont fini par arriver quelques jours plus tard.
« Je lui ai expliqué l’importance de frapper Fordo », a ajouté Katz.
Le chef d’État-major de Tsahal, Eyal Zamir, a déclaré que les premières frappes avaient été « couronnées de succès » et que l’opération était en avance sur le calendrier, d’autres frappes étant programmées pour le lendemain.
« Tout peut être fait très rapidement. Si les États-Unis coopèrent, nous pouvons agir dans les 48 heures. L’Iran est ébranlé par les frappes », a-t-il déclaré en ajoutant que l’Iran avait tiré « très peu [de missiles] par rapport à nos prévisions ».
Le chef du parti Shas, Aryeh Deri, a exhorté l’armée à éliminer également les successeurs des autorités militaires tuées lors des premières frappes et de prendre pour cible le quartier général de la télévision officielle iranienne et celui de la police secrète.
Bien que cela n’ait pas été officiellement présenté comme un objectif de guerre, il est clair, au vu de ces transcriptions, qu’Israël souhaitait également déstabiliser le régime et tuer le Guide suprême, Ali Khamenei.
Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a déclaré qu’Israël devait « trouver le chef », une allusion à Khamenei, dont Katz a précisé que l’occasion de le tuer ne s’était pas présentée.
Lors de la réunion du cabinet de sécurité, le samedi, en tout petit comité, Netanyahu a déclaré que le « plus important » était de frapper Fordo et « d’instaurer un rapport de terreur » avec l’Iran. Il a ajouté que la priorité consistait à incendier les dépôts de carburant de Téhéran, assassiner les successeurs des fonctionnaires tués [lors des premières frappes] et tenter d’éliminer Khamenei.
Netanyahu a par ailleurs précisé que des quartiers entiers devaient être évacués et qu’Israël devait faire en sorte de déstabiliser le régime islamique.
Il a ajouté qu’en frappant Fordo, le succès serait double – parachever la destruction du programme nucléaire et, « si Khamenei riposte à une frappe américaine, cela pourrait sonner la fin du régime ».
« Fordo mettra rapidement fin à la guerre. Si l’Iran continue de nous attaquer, Trump voudra sans doute y mettre un terme », a-t-il poursuivi.
Affirmant qu’à ce stade, les attaques avaient fait 224 morts et 1 300 blessés en Iran, Zamir a déclaré que les objectifs de guerre pourraient être atteints dans les cinq à six prochains jours, mais qu’Israël pouvait aller plus loin.
« Jusqu’alors, nous nous sommes occupés du commandement ouest ; maintenant nous allons passer au commandement du centre » a-t-il expliqué en évoquant les bombardements de l’armée de l’air sur les lanceurs de missiles et défenses aériennes iraniennes de l’ouest du pays, puis du centre, lesquels ont in fine donné aux avions de chasse israéliens la possibilité d’opérer librement dans le ciel de Téhéran.
Infrastructures civiles
Les ministres ont débattu de l’opportunité de bombarder des infrastructures civiles, comme les raffineries de pétrole, après mise en garde des riverains.
Katz a fait valoir que « le déplacement de la population était quelque chose de pratique et de symbolique. Nous devrions frapper les infrastructures civiles susceptibles de déstabiliser le chef. »
Ce que Dermer n’a pas cautionné, en déclarant que « si nous attaquons les infrastructures civiles maintenant, cela pourrait mettre fin à la guerre avant que nous n’atteignions nos objectifs et avant une attaque sur Fordo. Khamenei est confus mais déterminé et c’est un fanatique religieux. Comme Nasrallah, il pense que nous sommes une société faible. »
« Ils travaillent dur pour remotiver leurs mandataires. Or, le Hezbollah refuse toujours de prendre le train en marche d’où le besoin pour [l’Iran] de faire preuve de force », lui a répondu Katz en rappelant que, selon lui, Israël ne pourrait pas mettre un terme à la guerre avant le vendredi.
« Khamenei est un fanatique obstiné. S’ils se rendent, il aura perdu l’œuvre de toute une vie. Je suis d’accord si et seulement si nous nous occupons de Fordo et de deux ou trois autres cibles. Mais ce n’est pas à nous de décider, il nous faut prendre les choses comme elles se présentent. Nous détruirons des dizaines d’immeubles, non sans en avoir évacué les civils, si l’Iran continue de s’en prendre à nos propres civils. Il existe des cibles militaires à Téhéran, au beau milieu de la population. Si les gens quittaient Téhéran, ce serait une victoire », a ajouté Katz.
Il a poursuivi en disant qu’Israël s’était jusqu’alors abstenu de frapper les infrastructures civiles mais que cela pourrait changer si les missiles iraniens venaient à s’en prendre aux infrastructures israéliennes.
« Si [l’Iran] cible les centrales électriques, ce ne sera pas un dilemme. Autant nous en prendre aux infrastructures civiles dès maintenant, même si ce sont des cibles que nous aurions aimé garder pour plus tard », a-t-il déclaré.
Zamir a, pour sa part, assuré que l’armée israélienne « se préparait à redoubler d’intensité tout au long de la semaine avec une frappe sur Natanz, une autre à Fordo et d’autres encore à Téhéran ».
« Il est difficile de saisir l’ampleur de notre succès en Iran. Plus de 120 lance-roquettes ont été détruits et 80 autres ne fonctionnent plus », a-t-il détaillé.
Un responsable du renseignement, dont l’identité est gardée secrète, a ajouté qu’Israël avait commencé, la veille, à cibler le commandement central iranien, ce dont attestait la baisse des attaques iraniennes et l’augmentation des interceptions israéliennes.
Dermer a assuré que les États-Unis seraient « à pleine puissance dans la région dans les 48 heures » et que Trump était en train de renforcer la présence militaire américaine dans les environs.
Le lundi, le ton avait, semble-t-il, changé dans les rangs des autorités de la Défense ; lors d’une autre réunion, ils ont en effet invité les autres participants à envisager la fin de la guerre, ce qui leur a valu un coup de colère de Netanyahu.
« Arrêtez de parler de mettre fin à la guerre », leur a dit Netanyahu. « Ce n’est pas ce que nous allons faire. Nous n’avons pas fini et il faudrait arrêter. [La guerre] durera aussi longtemps que nécessaire pour atteindre nos objectifs. La victoire est proche. Vous dites que nous n’avons plus d’objectifs, mais quel message envoyons-nous à nos ennemis ? Le porte-parole de Tsahal dit que nous devons finir ? Des décisions politiques ont été prises. Faites ce que vous avez à faire. Nous continuerons jusqu’à l’atteinte de tous nos objectifs. Notre population est très forte. »
La diffusion de l’intégralité du reportage par la Treizième chaîne, mardi, devrait révéler d’autres éléments sur l’attaque iranienne contre le centre hospitalier Soroka de Beer Sheva et les efforts faits pour convaincre Trump de frapper Fordo.
L’Iran a riposté aux frappes israéliennes en tirant plus de 500 missiles balistiques et près de 1100 drones sur Israël. Les attaques ont tué 31 personnes et fait plus de 3 000 blessés en Israël, selon les autorités de la santé et des hôpitaux.
Au total, il y a eu 36 impacts de missiles et une frappe de drone en zone peuplée, lesquels ont occasionné des dégâts à 2 305 logements dans 240 immeubles, ainsi qu’à deux universités et un hôpital, laissant plus de 13 000 Israéliens déplacés.
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