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Un mouvement masorti US annonce une nouvelle approche en matière de mariages mixtes

Changement majeur, la 3e plus grande confession juive s'excuse pour avoir découragé pendant des décennies les relations interconfessionnelles ; les critiques soulignent les divergences entre les attitudes US et mondiales

Image illustrative d'un dais nuptial ou houppa. (Crédit : iStock/ Edward Shtern)
Image illustrative d'un dais nuptial ou houppa. (Crédit : iStock/ Edward Shtern)

JTA — Le mouvement masorti, l’une des principales confessions juives, a présenté des excuses officielles pour avoir, des décennies durant, découragé les mariages mixtes, s’engageant à adopter dorénavant une nouvelle approche axée sur l’engagement.

Ce revirement marque un changement de ton majeur pour un mouvement qui a longtemps considéré les mariages mixtes comme une menace pour la continuité juive. L’interdiction de longue date faite aux membres du clergé de célébrer de tels mariages reste toutefois en vigueur.

Les dirigeants du mouvement ont annoncé ce changement dans un rapport publié jeudi par un groupe de travail qui représente les trois principales branches de la confession : la United Synagogue of Conservative Judaism, la Rabbinical Assembly et la Cantors Assembly.

« Pendant des décennies, l’approche de notre mouvement envers les familles dont l’un des partenaires est juif et l’autre non était fondée sur la désapprobation, et façonnée par les inquiétudes concernant la continuité juive », ont écrit les dirigeants dans un communiqué accompagnant le rapport. « Mais aujourd’hui, alors que nous sommes en contact avec d’innombrables familles qui souhaitent apprendre, participer et appartenir à notre communauté, nous nous engageons à accueillir les gens comme ils sont. »

Dans le rapport, le mouvement signale également qu’il accepte la responsabilité des conséquences de cette approche.

« La position historique de notre mouvement a pu, nous le reconnaissons, provoquer des blessures, une aliénation et une déconnexion de notre communauté. Nous présentons nos sincères excuses », peut-on lire dans le rapport.

Le rapport ne modifie pas en soi les règles contraignantes. Il demande plutôt au Comité sur la loi et les normes juives (CJLS) du mouvement de revoir la manière dont les règles sont interprétées, tout en recommandant de nouvelles approches éducatives, pastorales et rituelles destinées aux familles mixtes.

De droite à gauche, le rabbin Mauricio Balter, directeur exécutif de Masorti Olami, le Dr. Yizhar Hess, le rabbin Ashira Konigsberg, le rabbin Jacob Blumenthal, PDG de l’Assemblée rabbinique et de la Synagogue unie du judaïsme conservateur, regardant la plaque de la rue portant le nom de Shalom Zvi (Harry) Davidowitz, à Herzliya, 11 décembre 2024. (Crédit : Municipalité de Herzliya)

« L’idée que nous puissions décourager des gens de se marier entre eux en leur exprimant notre désapprobation n’a fait que repousser des personnes qui auraient dû faire partie de nos communautés », a indiqué le rabbin Jacob Blumenthal, PDG de la Rabbinical Assembly et de la United Synagogue of Conservative Judaism, lors d’une interview.

L’interdiction officielle, par le mouvement masorti, de célébrer des mariages interconfessionnels remonte à une « norme de pratique » adoptée en 1973 par la Rabbinical Assembly, qui interdisait également aux membres du clergé de prendre la parole durant de telles cérémonies. Si cette règle est toujours en vigueur, le rapport explique toutefois que c’est elle qui a gelé le débat pendant des décennies, alors même que les mariages mixtes se généralisaient dans la communauté juive américaine.

« Ce que nous avons décrété en 1973 n’a manifestement pas dissuadé les mariages mixtes. Comment, à l’avenir, pouvons-nous donc, vraiment, accueillir ces personnes » qui font partie de familles mixtes ? a demandé Shirley Davidoff, membre du groupe de travail et vice-présidente du conseil d’administration de l’USCJ.

Shirley Davidoff, vice-présidente du conseil d’administration de l’USCJ. (Crédit : Autorisation)

Cette interdiction a longtemps été présentée par le mouvement comme une question relevant de la loi juive, ou halakha, qui, traditionnellement, considère le mariage comme étant une alliance entre deux Juifs. Si le mouvement masorti a toujours adhéré à l’idée que la halakha évolue avec le temps, ses dirigeants ont néanmoins fait remarquer que le fait de célébrer des mariages interconfessionnels soulève des questions juridiques et rituelles complexes, qui vont bien au-delà des préoccupations liées à la continuité.

Le rapport, toutefois, rappelle que la halakha elle-même contient des ressources « vastes et créatives » pour accueillir les familles interconfessionnelles.

« Nous pensons que notre processus halakhique inclut déjà tous les ingrédients nécessaires pour répondre aux besoins de nos membres », indique ainsi le rapport, utilisant une autre translittération du terme hébreu.

Ce rapport est l’aboutissement d’un processus de près de deux ans, au cours duquel 1 200 personnes ont rempli un questionnaire, et qui a impliqué des séances d’écoute, des groupes de discussion et des commandes d’articles à des universitaires et à des rabbins. Le groupe de travail, composé de 17 personnes, comprenait des membres du clergé et des dirigeants laïcs d’Amérique du Nord et d’Israël, avec un fonctionnement par consensus plutôt que par vote officiel.

Le nouveau rapport s’appuie sur une étude menée en 2024 par le clergé, qui a maintenu l’interdiction de célébrer les mariages mais a appelé à davantage d’engagement auprès des familles interconfessionnelles. Il étend ainsi ce travail à un processus à l’échelle du mouvement, incluant des dirigeants laïcs et se concentrant sur le rétablissement de la confiance et l’élargissement des voies d’accès à la vie juive.

Dans sa section sur les rituels du mariage, le rapport note explicitement l’absence d’unanimité entre les membres, signe d’un désaccord interne persistant, notamment sur la question de savoir si et comment le clergé masorti devrait participer aux mariages entre juifs et non-juifs.

Le groupe de travail s’abstient en outre de recommander la fin immédiate de l’interdiction de célébrer des mariages. Il demande plutôt au CJLS de clarifier des termes ambigus, notamment « célébration » et « mariage », et d’examiner si les rabbins pourraient proposer des bénédictions ou d’autres formes de participation avant ou après une cérémonie de mariage.

Le rabbin Aaron Weininger de la congrégation Adath Jeshurun dans le Minnesota, qui a annoncé en juillet 2025 qu’elle autoriserait les membres du clergé à participer à des mariages interconfessionnels, mais pas à les célébrer. (Crédit : Ethan Roberts/Avec l’aimable autorisation d’Adath Jeshurun via JTA)

La publication de ce rapport intervient dans un contexte de remise en question plus large des mariages mixtes dans certains milieux du judaïsme américain. Les mouvements réformé et reconstructionniste autorisent depuis longtemps la célébration de tels mariages. Certaines congrégations conservatrices testent les limites, comme dans le cas très médiatisé, cette année, d’une synagogue masorti du Minnesota qui a annoncé qu’elle autoriserait la participation du clergé – mais pas la célébration. Dans un autre cas, un rabbin a préféré quitté le mouvement plutôt que de risquer l’expulsion après qu’une plainte a été déposée auprès de son association rabbinique au motif qu’il avait célébré des mariages interconfessionnels.

Blumenthal a refusé de commenter la question des éventuelles mesures disciplinaires internes, soulignant que le rapport visait à définir une orientation et non à imposer le respect des règles.

« Ce que nous espérons, a-t-il déclaré, c’est que les rabbins et les congrégations réfléchiront plus profondément à ce que signifie réellement impliquer les personnes qui veulent construire une vie juive. »

Le rabbin Dan Horwitz de la congrégation Beth Yeshurun, de Houston, fait partie de ceux qui s’opposent à une politique plus permissive. Il rappelle que les attitudes, aux États-Unis, sont généralement moins traditionnelles qu’ailleurs dans le mouvement.

« D’après ce que je sais de la Rabbinical Assembly dans son ensemble, un changement de politique pourrait provoquer une rupture au sein de l’assemblée, en particulier parmi les membres plus âgés et parmi ceux qui vivent en Israël ou en Amérique latine », a fait savoir Horwitz, qui n’a pas participé au groupe de travail et n’a pas eu l’occasion d’examiner son rapport avant sa publication.

Mais pour Keren McGinity, qui a occupé le poste de directrice de l’engagement et de l’inclusion des mariages mixtes à l’USCJ jusqu’à la suppression de son poste, au début de l’année, les craintes d’une défection massive ont longtemps été exagérées.

« J’entends depuis des années ces mêmes inquiétudes concernant la fracture du mouvement », a déclaré McGinity. « Je ne veux pas dire que personne ne partirait, mais d’une manière générale, lorsque quelqu’un profère cette menace, c’est souvent exagéré. »

Tout en reconnaissant les profondes divisions au sein du mouvement, McGinity avoue ne pas être convaincue que la levée des restrictions entraînerait une fracture au sein du judaïsme conservateur. Le fait d’éviter le changement comporte également des risques, ajoute-t-elle, citant l’étude Pew de 2020 selon laquelle moins de la moitié des Juifs élevés dans la tradition masorti s’identifient encore à ce mouvement. « C’est cela qui est extrêmement préoccupant », souligne-t-elle.

Malgré des désaccords inévitables sur la politique et le rythme à suivre, les membres du groupe de travail ont fait part de leur souhait de voir leur rapport considéré comme un signe de sérieux institutionnel et comme un moment d’unité pour le mouvement.

« J’espère que les gens seront fiers de nous voir aborder ces sujets de la manière dont nous le faisons », a déclaré Davidoff. « Que nous soyons prêts à lever le voile, à écouter attentivement et à intégrer celles et ceux qui veulent construire un foyer juif. »

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