Un reportage raconte l’enhardissement du Hezbollah sur fond des tensions entre Netanyahu et Gallant en 2023
Une enquête a révélé que le Premier ministre avait annulé une réunion sur la riposte à apporter à une infiltration en provenance du Liban le jour où il avait renvoyé Gallant
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Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait annulé une rencontre de premier plan au mois de mars 2023 – la riposte à l’infiltration d’un membre du Hezbollah sur le sol israélien, deux semaines auparavant, devait être décidée lors de cette réunion qui devait avoir lieu en présence des hauts-responsables de la sécurité. Dans la même soirée, Netanyahu devait ensuite limoger le ministre de la Défense Yoav Gallant, a fait savoir un reportage d’investigation diffusé samedi soir, affirmant que le Premier ministre avait placé « son agenda politique » avant les besoins sécuritaires du pays.
Selon de nombreux observateurs, Netanyahu réfléchirait encore actuellement à renvoyer son ministre de la Défense.
Le reportage qui a été diffusé sur la Douzième chaîne a aussi dit qu’Israël avait eu « des dizaines d’opportunités » d’assassiner le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, ces dernières années, mais que le pays avait décidé de ne rien faire de crainte de déclencher un conflit majeur.
Il a aussi raconté que plusieurs agents des services de renseignement avaient passé la nuit du 6 octobre 2023 « en état d’alerte élevé » au siège de l’armée israélienne, à Tel Aviv, parvenant à venir à bout avec succès d’une menace « significative » qui émanait du Hamas mais qui était sans lien avec le pogrom qui devait être commis par le groupe terroriste dans le sud du pays, dès le lendemain matin. Le massacre perpétré par les hommes armés, dont les renseignements militaires avaient manqué tous les signes avant-coureurs, avait commencé à l’aube du 7 octobre.
Dans ce reportage d’investigation qui s’est attardé sur « l’érosion des capacités de dissuasion » d’Israël face au Hezbollah et face au Hamas, les journalistes ont indiqué qu’un tournant déterminant de cet affaiblissement, de la part de l’État juif, avait été un attentat à la bombe qui avait été commis au carrefour Megiddo, à environ 70 kilomètres de la frontière nord, par un membre du Hezbollah qui était entré dans le pays – et la réponse qui avait été apportée par l’État juif à cette attaque. Un bus en circulation avait manqué d’être touché par l’explosion et le conducteur d’un véhicule qui passait par là avait été grièvement blessé. Le terroriste du Hezbollah avait été tué.
Le reportage a fait savoir que les agents des renseignements militaires avaient eu des informations portant sur cette infiltration programmée mais qu’ils avaient pensé que le groupe terroriste y avait renoncé. Il s’était avéré que l’homme avait escaladé la frontière à l’aide d’une échelle, le 30 mars, et qu’il avait pénétré sur le territoire israélien.
Après cette attaque très inhabituelle, des officiers de Tsahal – et notamment le dirigeant du Commandement du nord, Ori Gordin – avaient recommandé une réponse forte de la part d’Israël avec une frappe aérienne contre une cible du Hezbollah, considérant cet attentat comme une escalade significative de la part du groupe terroriste.
Le responsable de l’administration des renseignements militaires, le général Aharon Haliva, avait privilégié une réponse « plus tiède » par crainte d’une escalade susceptible d’entraîner un conflit majeur. De son côté, le chef d’état-major Herzi Halevi avait dit être favorable à une approche plus forte.
Le 20 mars, après l’incident, le ministre de la Défense Gallant avait, semble-t-il, rencontré Netanyahu et il l’avait averti que le Hezbollah avait identifié des faiblesses en raison des divisions profondes, en Israël, qui étaient mises à nu par le projet de refonte radicale du système judiciaire israélien qui était avancé par la coalition et que le groupe terroriste osait, en conséquence, agir de façon plus audacieuse.
Le 25 mars, 24 heures avant une réunion prévue entre Netanyahu et des responsables de la sécurité de premier plan qui devait déterminer l’approche à adopter face au Hezbollah, Gallant avait ouvertement mis en garde le pays en affirmant que ce plan de réforme qui venait bouleverser l’équilibre des pouvoirs en Israël causait des clivages dans l’armée, ce qui faisait planer une menace tangible sur la sécurité nationale.
Netanyahu, qui avait passé le week-end à Londres, était revenu en date du 26 mars. Il avait annulé la rencontre sans explication et il avait limogé Gallant de son poste.
La réunion avait été reprogrammée le 28 mars. Lorsqu’elle avait eu lieu, le chef du Mossad, David Barnea, avait lui aussi recommandé une réponse forte contre le Hezbollah, selon le reportage. Mais Netanyahu et Gallant — dont le renvoi n’avait pas encore été mis en vigueur et il devait d’ailleurs, à terme, rester à son poste – avaient décidé de prendre pour cible une base iranienne en Syrie en guise de réponse à l’attaque.
Quelques jours plus tard, Netanyahu avait fait savoir devant les caméras de la Quatorzième chaîne que la riposte israélienne « a été au centre de l’attention du Hezbollah » et qu’Israël « a mené des frappes de nombreuses manières ».
Mais en réalité, a fait remarquer le reportage, Nasrallah n’avait nullement été dissuadé par les attaques israéliennes. Au cours des mois qui avaient suivi, il avait permis à des terroristes du Hamas d’ouvrir le feu en direction du sol israélien depuis le Liban ; il avait dressé deux tentes à la frontière de Har Dov et ses forces Radwan avait mené un entraînement en vue d’une invasion de la Galilée. Cette invasion prévue, selon l’ancien chef d’état-major et ancien observateur du cabinet de guerre Gadi Eisenkot, aurait consisté en l’envoi, par le Hezbollah, de milliers d’hommes armés dans le nord de l’État juif pour « créer une nouvelle réalité stratégique ».
Le reportage a aussi fait remarquer qu’Israël avait eu « des dizaines d’opportunités opérationnelles » qui lui auraient permis d’assassiner Nasrallah, ces dernières années, mais que le pays avait renoncé à le faire. La conséquence d’un tel assassinat aurait été une guerre majeure, avait craint le pays.
Les journalistes ont aussi indiqué que le Hezbollah avait franchi « toutes les lignes rouges », quelques semaines seulement avant le 7 octobre, dans le cadre « d’un incident dramatique » dont les détails ont été placés sous embargo. L’État juif, a poursuivi le reportage, n’avait pas réagi à cet incident.
Un incident différent à Gaza
Le même reportage de la Douzième chaîne a expliqué que des agents des renseignements se trouvaient au quartier-général de l’armée israélienne, la Kirya, à Tel Aviv, dans la nuit du 6 octobre 2023 – la nuit qui avait précédé l’invasion et le pogrom commis par les terroristes du Hamas – parce qu’ils avaient eu des informations « concrètes » portant sur une menace précise qui émanait de Gaza et qui était sans lien avec le massacre qui devait se dérouler quelques heures plus tard. En ce Shabbat noir du 7 octobre, près de 1 200 personnes avaient été tuées et 251 personnes avaient été kidnappées, prises en otage à Gaza.
Le reportage a précisé que les agents avaient passé la nuit à la Kirya « en état d’alerte élevé » et qu’ils étaient venus à bout, avec succès, de la menace « significative » posée par le groupe terroriste.
Les journalistes à l’origine du reportage ont expliqué qu’ils ne pouvaient pas donner d’autres détails, les médias étant limités dans leurs révélation par un embargo placé sur l’incident en question.
Le responsable de l’administration des renseignements de l’armée de l’époque, le général Aharon Haliva, avait annoncé sa démission au mois d’avril dernier.
Le 17 octobre 2023, Haliva avait reconnu à avoir échoué à tirer la sonnette d’alarme en amont du pogrom du Hamas : « L’administration des renseignements militaires, placée sous mon commandement, a échoué à mettre en garde face à l’attaque qui a été commise par le Hamas », avait-il dit. « Nous avons échoué dans la mission qui est la plus importante pour nous et en tant que chef de l’administration des renseignements militaires, j’assume l’entière responsabilité de cet échec ».
Le responsable du Département de recherche des renseignements militaires, le général Amit Saar, a pour sa part fait savoir qu’il présenterait sa démission dès que l’armée aurait terminé l’enquête interne qui a été lancée sur ses manquements.
Le reportage de la Douzième chaîne a noté que Haliva, Saar et le chef d’état-major de l’époque, Aviv Kohavi, avaient tous déclaré ouvertement, lors d’une conférence sécuritaire qui était organisée au mois de décembre 2022, que le Hamas avait été dissuadé d’attaquer d’Israël et qu’il ne s’intéressait guère à une escalade des hostilités contre l’État juif, comme Netanyahu l’avait aussi affirmé de manière répétée avant le pogrom du 7 octobre.
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