Une artiste juive américaine s’interroge : « Et si les femmes dirigeaient le monde ? »
La Fondation d'art Nassima LandauNassima Landau et le Musée d'art de Tel Aviv ont inauguré une exposition conjointe consacrée à Judy Chicago, avec notamment une œuvre réalisée en collaboration avec une artiste de Pussy Riot
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Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »
Les œuvres et les idées de l’artiste féministe juive américaine Judy Chicago, 86 ans, sont actuellement à découvrir dans le cadre de deux expositions collaboratives à Tel Aviv : l’une est présentée au Musée d’art de Tel Aviv, et l’autre, plus complète, à la Fondation d’art Nassima Landau.
Intitulée « Judy Chicago : Et si les femmes dirigeaient le monde ? », l’exposition proposée par la Fondation Nassima Landau a été organisée par trois conservateurs, Steve Nassima, Daria Alufi et Levi Frombaum, qui se sont donnés pour objectif de passer en revue le travail accompli par Chicago au cours des 60 dernières années, avec notamment des dessins, des pièces textiles issues de son installation « The Dinner Party » et des œuvres plus récentes qui abordent son identité juive.
Le Musée de Tel Aviv accueille deux œuvres. L’une d’entre elles met en scène l’artiste et militante Nadya Tolokonnikova, membre du groupe de protestation Pussy Riot. Un mur est orné d’une immense courtepointe, qui fait partie de l’œuvre textile continue de Chicago – l’autre mur présentant une vidéo réalisée en 2022 par l’artiste et qui présente Tolokonnikova, l’une des premières participantes à son projet.
Les deux expositions ont ouvert leurs portes le 18 septembre.
Toutes les œuvres exposées à la Fondation et au musée d’art ont été prêtées par une collection privée, sans la participation active de Chicago elle-même.
Chicago est une artiste féministe américaine et une enseignante en art particulièrement connue pour ses installations consacrées aux thèmes de la naissance et de la création, ainsi que pour ses œuvres plus récentes qui explorent ses origines juives.
Si elle est reconnue pour son art depuis les années 1970, elle a passé une grande partie de sa carrière en marge du milieu artistique international. Ces dernières années toutefois, son travail a suscité un regain d’intérêt dans le monde – notamment grâce à sa quête répétée d’une réponse à une question obsédante pour elle : A quoi ressemblerait donc le monde s’il était dirigé par des femmes ?
Les deux expositions organisées à Tel Aviv constituent une introduction vivante et dynamique à l’œuvre de Chicago, née Cohen, qui a changé son nom à l’âge adulte pour opter pour celui de sa ville natale, avec pour objectif de mieux refléter sa personnalité et son caractère indépendant.
Pendant cinq ans, Chicago a collaboré avec la maison de couture Dior, réalisant de nombreux projets tels que « The Female Divine », qui avait été mis en scène à l’arrière du musée Rodin à Paris et qui avait impliqué la concrétisation d’un concept qui occupait depuis longtemps l’esprit de l’artiste : une figure monumentale de déesse.
L’espace de la Fondation d’art Nassima Landau propose plusieurs salles consacrées à l’œuvre de Chicago, en commençant par ses gravures, avec notamment des œuvres des années 1960 à nos jours.
La partie centrale de l’exposition permet de contempler plus longuement une installation de Chicago appelée « The Dinner Party », qui bénéficie d’une exposition permanente au Brooklyn Museum of Art.
La version de Nassima présente une vidéo et des croquis originaux de la table triangulaire aux 39 couverts, chacun dédié à des femmes réelles ou imaginaires.
Une autre partie de l’exposition se concentre sur la chronologie personnelle de Chicago – sa naissance, son enfance à Chicago, ses mariages et ses réalisations professionnelles.
La dernière salle est consacrée à ses œuvres véhiculant les valeurs juives, qui sont présentées sous forme de textiles brodés de citations en hébreu, en anglais et en arabe, et qui appellent l’Humanité à provoquer un changement politique et social.
À quelques minutes en voiture, au Musée d’art de Tel Aviv, se trouvent l’exposition et le projet du même nom : « Judy Chicago : Et si les femmes dirigeaient le monde ? »
Elle comprend une courtepointe tissée à partir de milliers de voix répondant à cette question.
La courtepointe a fait le tour des États-Unis, du Mexique, de l’Argentine, du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne – et elle fait maintenant ses débuts au Moyen-Orient. L’exposition du musée comprend un stand interactif qui offre aux visiteurs la possibilité de répondre aux questions posées et de prendre activement part au dernier chapitre de l’œuvre.
Les femmes figurant sur la courtepointe et sur les images ont ajouté leurs propres réponses à la question de l’artiste, affirmant, entre autres, que si les femmes dirigeaient le monde, ce dernier serait plus bienveillant et plus apaisé ; qu’il n’y aurait pas de plateformes de réseaux sociaux aussi massives et gérées par de soi-disant génies de la technologie ; que davantage de personnes auraient leur mot à dire ; qu’il y aurait des emplois plus honnêtes ou que le monde serait plus sincère.
Une plateforme liée à l’œuvre offre à tout le monde la possibilité de lire, de répondre ou de partager des images liées à l’une des questions posées par Tolokonnikova et Chicago, une plateforme disponible à l’adresse suivante :
Lors du vernissage de de l’exposition, une douzaine d’Israéliens, hommes et femmes, ont chacun pris la parole pendant plusieurs minutes pour apporter leur propre réponse à la fameuse question.
Parmi les intervenants figuraient Tania Coen-Uzzieli, directrice du Musée d’art de Tel Aviv, Miki Haimovich, ancien membre de la Knesset, des enseignants, des militants, des comédiens et une policière.
Les œuvres de Judy Chicago resteront exposées à la Fondation Nassima Landau jusqu’au 30 janvier 2026. Eles peuvent être admirées gratuitement par le public.
Les visiteurs pourront découvrir les œuvres présentées au Musée d’art de Tel Aviv dans la première galerie du bâtiment Herta et Paul Amir jusqu’au 27 décembre. Les billets permettant d’accéder au musée sont disponibles ici.
Fondation d’art Nassima Landau, 55 rue Ahad Haam, Tel Aviv.
Musée d’art de Tel Aviv, 27 Sderot Shaul Hamelech, Tel Aviv.
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