Une démocrate refuse le soutien de l’AIPAC, signe d’un changement vis-à-vis d’Israël
Valerie Foushee, soutenue par l'AIPAC en 2022, déclare qu'elle refusera ses dons pour la prochaine élection ; le DNC examine des résolutions appelant à un embargo sur les armes et à la reconnaissance de la Palestine
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JTA — La représentante américaine démocrate Valerie Foushee de Caroline du Nord, dont la campagne de 2022 a été soutenue par l’AIPAC, a annoncé cette semaine qu’elle « n’accepterait pas » de dons pour les élections de 2026 provenant de la PAC associée au lobby pro-israélien.
Cette annonce intervient alors que Foushee, avec cinq autres démocrates de la Chambre des représentants, a coparrainé cette semaine un projet de loi visant à suspendre le transfert d’armes offensives des États-Unis vers Israël. Sa décision illustre la volonté croissante des démocrates – parmi lesquels certains étaient auparavant soutenus par des groupes pro-israéliens – de remettre en question la politique pratiquée de longue date par les Etats-Unis à l’égard d’Israël.
Le Comité national démocrate devrait examiner à la fin du mois deux résolutions sur Gaza lors de sa réunion semestrielle. L’une, proposée par des membres progressistes du parti, réclame la mise en place d’un embargo sur les armes à destination d’Israël et la reconnaissance d’un État palestinien.
La loi « Block the Bombs Act » bénéficie désormais du soutien de 33 représentants démocrates. Elle a été présentée pour la première fois par la représentante de l’Illinois Delia Ramirez, et co-dirigée par les représentants Sara Jacobs de Californie, Pramila Jayapal de Washington et Mark Pocan du Wisconsin.
« Si nous voulons garantir au maximum la sécurité des civils à Gaza, nous ne pouvons tout simplement pas continuer à fournir des armes au gouvernement israélien, alors que ces armes seront utilisées en violation du droit international », a écrit Foushee dans un message publié sur Bluesky, annonçant sa décision de co-parrainer le projet de loi.
Selon WUNC, lors des élections de 2022, la campagne de Foushee a bénéficié d’environ 2 millions de dollars provenant des dépenses et des dons groupés de l’AIPAC. En avril 2024, elle a rencontré le Premier ministre Benjamin Netanyahu au cours d’un voyage en Israël financé par le lobby.
Valerie Foushee just returned from a trip to Israel paid for by AIPAC where she had this little photo op with Netanyahu: https://t.co/vzWz0sp6jv pic.twitter.com/GrCMFHQjaF
— AIPAC Tracker (@TrackAIPAC) April 11, 2024
Mais au début du mois, lors d’une réunion publique locale en Caroline du Nord, Foushee a indiqué qu’au cours de sa rencontre avec Netanyahu, elle avait « fait part de nos préoccupations quant à la manière dont la guerre était menée ».
« Vous savez tous que j’ai accepté les fonds de l’AIPAC. Mais prenez le temps de vérifier quels montants j’ai reçu depuis lors, et consultez mon historique de vote si vous souhaitez savoir comment et en faveur de quoi j’ai voté sur la question de la population de Gaza », a affirmé Foushee lors de la réunion publique, selon le journal Indy Week.
Le revirement de Foushee au sujet d’Israël intervient dans un contexte de forte diminution du soutien à l’Etat juif au sein du parti Démocrate au cours des 22 mois de la guerre à Gaza. Un récent sondage de Gallup a révélé que seuls 8 % des démocrates approuvaient la guerre menée par Israël à Gaza, soit une baisse significative par rapport aux 36 % de démocrates qui soutenaient l’offensive en novembre 2023.
Le mois dernier, un nombre record de sénateurs démocrates ont voté en faveur de deux résolutions visant à bloquer les ventes d’armes américaines à Israël, dont huit sénateurs qui n’avaient pas soutenu les précédentes initiatives de suspension de l’aide à Israël.
Le sénateur démocrate de Géorgie Jon Ossoff, l’un des premiers sénateurs juifs à critiquer le comportement d’Israël dans la guerre de novembre 2023, figurait parmi les sénateurs ayant voté en faveur de l’une des résolutions visant à bloquer la vente de dizaines de milliers de fusils d’assaut à Israël.
« Le Sénat américain ne devrait pas accepter sans protester la privation massive et extrême dont sont victimes les civils à Gaza, notamment la famine intolérable qui touche les enfants, découlant des politiques du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu », a fait savoir Ossoff dans un communiqué concernant son vote.
En novembre dernier, Ossoff a également soutenu deux résolutions visant à stopper les livraisons d’armes à Israël. Le mois suivant, alors qu’Ossoff évoquait sa candidature à sa réélection l’an prochain, l’AIPAC a lancé une campagne critiquant le sénateur pour son vote en faveur d’un « affaiblissement d’Israël ».
« Face à l’effroyable ampleur des souffrances des civils, des destructions et de la famine qui sévissent dans cette région, il m’apparaît clairement – et je le pense depuis longtemps – qu’il n’est ni dans l’intérêt de la sécurité intérieure américaine, ni conforme à nos valeurs de se contenter d’accepter cette politique sans émettre la moindre objection », a affirmé Ossoff lundi au Rotary Club d’Atlanta, selon le journal The Atlanta Journal-Constitution.
L’élection présidentielle de 2028 est encore lointaine, mais les démocrates qui envisagent de se présenter à la Maison Blanche semblent déjà faire preuve de prudence dans leur positionnement vis-à-vis d’Israël.
Un éventuel appel du DNC à reconnaître un État palestinien irait à l’encontre de la politique américaine réaffirmée lors de la manifestation en faveur de Biden, qui soutient en effet une solution à deux États, mais en aucun cas une déclaration unilatérale d’un État palestinien.
.@PeteButtigieg discusses Israel and Gaza. pic.twitter.com/jEvBSldrJW
— Pod Save America (@PodSaveAmerica) August 10, 2025
La semaine dernière, Pete Buttigieg, ancien secrétaire aux Transports sous l’administration Biden et potentiel candidat à la présidence en 2028, a indiqué à Jon Favreau, animateur du célèbre podcast libéral Pod Save America, que la reconnaissance d’un État palestinien était une « question profonde ». Il s’est portant abstenu de donner une réponse définitive.
« Je suis convaincu que, en tant que plus proche allié et ami d’Israël, nous devons, dans une telle situation, nous comporter en amis et discuter de ce que nous sommes prêts à faire ensemble », a poursuivi Buttigieg, lorsqu’on lui a demandé comment la prochaine administration devrait gérer les relations avec Israël.
En réponse aux Démocrates, qui espéraient qu’il se montre plus critique envers Israël, Buttigieg a déclaré à Politico : « Je comprends », ajoutant qu’il est « important d’être clair sur un sujet aussi important et sensible. Tellement important et tellement sensible que, parfois, les mots manquent ».
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