Une Gazaouie répare les billets de banque déchirés de la bande de Gaza
Manal al-Saadani tient un stand au marché de Nuseirat où on lui apportent les billets trop usés pour être utilisés ; aucun nouveau billet n'est entré dans l'enclave depuis le début de la guerre
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Avec un peu de colle, un cutter et son regard aiguisé, la Gazaouie Manal al-Saadani répare les billets de banque détériorés dans la bande de Gaza, devenus un problème majeur pour l’économie locale ravagée.
Chaque jour, cette mère de famille transporte une petite table du camp d’Al-Bureij au marché de Nusseirat, dans le centre de l’enclave, où elle installe son atelier de fortune pour subvenir à ses besoins.
« J’ai décidé de travailler et j’ai commencé à réparer des billets de banque. Dieu merci, la plupart des gens dans la rue m’ont soutenue. Ils m’apportaient des billets de 20 shekels et me disaient : ‘On veut que vous répariez ça pour un ou deux shekels' », confie-t-elle à l’AFP entre deux clients.
Dans les Territoires palestiniens la principale devise utilisée est le shekel israélien.
Mais depuis le début de la guerre à Gaza, déclenchée par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, Israël a limité l’entrée de divers matériels, y compris de billets de banque.
Ceux en circulation, dans ce territoire ravagé par la guerre et dont la majorité des habitants ont subi des déplacements forcés, sont souvent abîmés au point où les commerçants les refusent.
C’est là qu’entrent en scène les petites mains de Saadani. Sur une plaque de verre, elle utilise la lame fine d’un cutter pour faire pénétrer de la colle dans les fentes des billets, puis polit la surface avec ses doigts.
Elle tend ensuite la coupure à la lumière, pour vérifier si une retouche est encore nécessaire, sous le regard de ses clients.
« Épuisée »
« Parce que je suis une femme, tout le monde est à mes côtés et me soutient, mais je suis épuisée […] En tant que femme, n’ai-je pas le droit de me reposer auprès de mes filles au lieu de souffrir ainsi ? », souffle-t-elle.
Un shekel vaut environ 25 centimes d’euro en ce moment. Les billets de 20 shekels sont rouges, ceux de 50 verts, ceux de 100 orangés et ceux de 200 bleus. Saadani utilise également des craies colorées pour leur redonner un peu d’éclat.
« Allez ! Va t’acheter des biscuits ! », lance-t-elle à un client en lui remettant ses deux coupures rafraîchies.
« La plupart des billets sont abîmés et irréparables. Si nous essayons de les utiliser dans les épiceries, on nous dit qu’ils sont inutilisables. Du coup, nous devons recourir à des réparateurs qui facturent deux shekels pour les billets de 20, et trois shekels pour ceux de 50 », explique Nabila Chenar, une cliente.
« Ils doivent trouver une solution à ce problème et nous fournir de l’argent pour que nous puissions vivre notre vie et acheter ce dont nous avons besoin », ajoute-t-elle, alors que la population de Gaza espère que le cessez-le-feu, entré en vigueur le 10 octobre, sera pérennisé.
Selon un rapport récent de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), les opérations militaires israéliennes ont fait basculer Gaza « d’une situation de sous-développement à celle d’une ruine totale ».
« Même dans un scénario optimiste, dans lequel la croissance atteindrait un taux à deux chiffres et l’aide étrangère affluerait, il faudrait plusieurs décennies pour que Gaza retrouve le niveau de vie d’avant octobre 2023 », souligne le rapport.
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