Une survivante de la Shoah apporte son propre vécu au premier film de Scarlett Johansson
Rita Zohar voit dans le fait de raconter son expérience « un cadeau », dans un film où une femme s’approprie le récit de survie de son amie
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JTA – Lorsque Rita Zohar a endossé le rôle de Bessie Stern, une survivante de la Shoah dont la mort sert de point de départ au nouveau film de Scarlett Johansson, Eleanor the Great, elle faisait bien plus que jouer un rôle.
Zohar, 81 ans, a survécu à la Shoah lorsqu’elle était enfant. Elle a puisé dans son histoire personnelle de perte et de résilience pour donner vie à son personnage.
« Mon rôle dans ce film m’a donné une voix », a confié Zohar à la Jewish Telegraphic Agency. « Même si ce n’est pas mon histoire personnelle ni ce qui m’est arrivé, à moi ou à ma famille, le fait de pouvoir l’exprimer m’a permis de me connecter à Bessie, et, dans ce film, je suis devenue Bessie. »
Eleanor the Great, premier film réalisé par Johansson, met en scène June Squibb, actrice juive de 95 ans, dans le rôle d’Eleanor Morgenstein, une femme en quête de lien à New York après la mort de sa meilleure amie Bessie. Se sentant isolée, Eleanor finit par rejoindre un groupe de soutien pour survivants de la Shoah dans un centre communautaire juif.
Là, lorsque les membres du groupe l’encouragent à partager son histoire, elle raconte celle de Bessie comme si elle était la sienne, une histoire que Zohar, dans le film, prononce avec ses propres mots.
« À un moment donné, ils lui demandent de raconter son histoire, et ils la pressent un peu, et sans aucune intention de mentir, elle commence à raconter cette histoire qui n’est pas la sienne comme si elle l’avait vécue », explique Zohar. « Dans le film, elle dit la première phrase, puis j’apparais – et c’est moi qui raconte. »
Un choix délibéré, explique la scénariste Tory Kamen. Dans un entretien avec Hey Alma, elle dit avoir nommé Bessie en hommage à la meilleure amie de sa grand-mère en Floride, survivante de la Shoah.
« Il était très important pour moi qu’on ne voie jamais vraiment Eleanor raconter l’histoire de Bessie. Je voulais que cette histoire sorte de la bouche de Bessie elle-même », explique Kamen. « Et Rita Zohar, qui joue Bessie, est elle-même une survivante de la Shoah, et elle est absolument remarquable. »
Le récit d’Eleanor fait écho à d’autres cas de personnes s’étant faussement présentées comme survivants. En 2016, un homme de Pennsylvanie avait dû présenter des excuses publiques après avoir affirmé à tort avoir survécu à Auschwitz. En 2019, un historien allemand avait été démasqué pour avoir inventé une histoire familiale liée à la Shoah.
Plus tard dans le film, l’histoire racontée par Morgenstein est reprise par une étudiante en journalisme, interprétée par Erin Kellyman, dont le père, en cherchant à en savoir davantage, risque de révéler sa malhonnêteté.
Pour Johansson, qui avait fondu en larmes dans l’émission « Finding Your Roots » sur PBS en 2017 en découvrant que des membres de sa famille avaient péri dans le ghetto de Varsovie, le film a eu une résonance particulière.
« Une grande partie de l’histoire de ma famille avait disparu, et ce n’est que des années plus tard que j’ai réellement pu me reconnecter avec mon héritage », a confié Johansson dans une interview sur le tapis rouge du Festival du film de Toronto. « Je pense que c’est pour cette raison que cette histoire m’a profondément touchée. Les récits des survivants se perdent ; des organisations comme la Fondation Shoah travaillent à les documenter pour les générations futures, et leur rôle est essentiel. J’espère que ce film encouragera vraiment les gens à poser des questions à leurs proches et à faire vivre leurs histoires. »
Johansson a travaillé avec la USC Shoah Foundation ainsi qu’avec la Congregation Rodeph Sholom, une synagogue réformée de Manhattan, afin d’intégrer au film de véritables survivants de la Shoah.
Ce choix a également conduit au casting de Zohar, née en 1944 dans un camp de concentration en Ukraine, où elle avait été cachée, alors qu’elle n’était qu’un bébé, dans un étroit espace entre deux murs, sous une fenêtre. »
« Lorsque les Russes sont venus libérer le camp, j’avais quatre mois et demi, et cela m’a probablement sauvée, car je n’aurais pas pu survivre beaucoup plus longtemps », raconte-t-elle.
Alors que la majorité de sa famille a été assassinée, Zohar, sa mère et sa grand-mère ont survécu. Après la guerre, le reste de la famille a émigré en Roumanie, où ils ont vécu jusqu’à ce qu’elle et sa mère s’installent en Israël dans les années 1950.
« Arriver en Israël, c’était comme découvrir le soleil pour la première fois », se souvient Zohar. « C’était notre soleil, c’était notre pays, et à cette époque, tout le monde était si uni, nous étions portés, exaltés. »
À 14 ans, Zohar a commencé à voyager à travers le monde avec sa mère, qui jouait dans le théâtre yiddish israélien, avant de décrocher des rôles majeurs – notamment dans Amadeus, à Hollywood, dans les années 1980. Elle est ensuite retournée en Israël, où elle a joué dans plusieurs films acclamés par la critique, dont Laura Adler’s Last Love Affair et Mrs. Moskowitz and the Cats.
Si certains critiques d’Eleanor the Great se disent mal à l’aise avec l’usage d’un récit usurpé lié à la Shoah, Zohar estime que le film s’inscrit dans une longue tradition d’identification des Juifs à la souffrance de leurs ancêtres. Pour le personnage d’Eleanor, dit-elle, « c’est comme si elle y avait été ».
« Ils disent qu’Eleanor ment, mais je vois les choses un peu différemment », explique-t-elle. « Quand nous célébrons Pessah ou d’autres fêtes juives, quand nous évoquons notre histoire et le fait que nous avons été esclaves, nous le racontons toujours comme si nous y avions été. »
Alors que le nombre de survivants diminue rapidement, Zohar considère comme « un cadeau » la possibilité de continuer à transmettre l’histoire de la Shoah.
« C’est extrêmement important, surtout quand on regarde notre âge », dit-elle. « Il viendra un moment où il n’y aura plus de survivants. Qui racontera alors notre histoire ? »
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