Washington frappe un aéroport et des ponts en Iran lors de la sixième nuit de combats
Téhéran vise le Qatar, la Jordanie, le Koweït et Bahreïn et menace des infrastructures civiles ; sept morts signalés dans le sud de l’Iran
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Les échanges de frappes se sont poursuivis jeudi, les États-Unis visant de nouveau l’Iran tandis que Téhéran a riposté contre les alliés américains dans le Golfe, dans un contexte de tensions croissantes autour du détroit stratégique d’Ormuz.
Cette reprise des combats intervient un mois après la signature d’un accord préliminaire censé mettre un terme au conflit, qui avait été déclenché fin février par des frappes américaines et israéliennes d’envergure contre la République islamique d’Iran. Jusqu’à présent, Israël est resté à l’écart de cette nouvelle escalade et Téhéran n’a pas directement pris pour cible l’État hébreu.
Lors de son discours consacré à la sécurité électorale jeudi soir, le président américain Donald Trump a déclaré que les États-Unis « étaient en train de remporter une grande victoire en Iran » et que « les fruits de cet effort seraient visibles très, très prochainement ».
Washington a intensifié sa campagne de frappes aériennes, ciblant notamment des ponts, après les menaces de Trump de s’en prendre aux infrastructures afin de contraindre Téhéran à desserrer son emprise sur le détroit d’Ormuz. En réponse, le régime iranien a lancé de nouvelles attaques de missiles contre plusieurs pays alliés des États-Unis au Moyen-Orient et il a averti que ces frappes allaient s’intensifier.
Au Qatar, les autorités ont appelé la population à se mettre à l’abri alors que des missiles iraniens s’abattaient sur le pays. Des explosions ont retenti dans le ciel, les systèmes de défense aérienne ayant été activés pour intercepter les projectiles. Plus tôt dans la journée, l’Iran avait également lancé des attaques contre Bahreïn, le Koweït et la Jordanie.
L’armée américaine a indiqué que sa dernière vague de frappes avait « touché des dizaines de cibles militaires iraniennes, notamment des sites de surveillance côtière et de défense aérienne, des infrastructures logistiques militaires ainsi que des capacités navales », selon le Commandement central américain (CENTCOM).
U.S. Air Force F-35A stealth fighter aircraft are refueled by a KC-135 Stratotanker while flying patrols over the Middle East. pic.twitter.com/KSbmYTH2LT
— U.S. Central Command (@CENTCOM) July 16, 2026
Dans la nuit de jeudi à vendredi, des frappes aériennes américaines ont visé plusieurs ponts dans la province méridionale d’Hormozgan, faisant au moins sept morts, selon la télévision d’État iranienne. Les attaques ont notamment touché Bandar Khamir, ville côtière située sur les rives du détroit d’Ormuz.
Jeudi, Téhéran avait averti qu’il prendrait pour cible des infrastructures dans toute la région si Donald Trump mettait à exécution sa menace de frapper des centrales électriques et des ponts en Iran. La Maison Blanche a toutefois assuré que le président américain restait « ouvert à la voie diplomatique ».
Plus tôt dans la journée, le Corps des gardiens de la Révolution islamique (CGRI) avait affirmé avoir visé une base aérienne américaine en Jordanie à l’aide de missiles balistiques, en représailles à ce qu’il avait présenté comme une attaque américaine menée à proximité d’un hôpital pédiatrique spécialisé dans le traitement du cancer en Iran.
Selon les médias officiels du pays, l’hôpital d’Ahvaz, dans le sud-ouest du pays, aurait été évacué à la suite des frappes aériennes américaines sur la région, des frappes qui ont été qualifiées de « barbares » par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei.
Hani, un enseignant de 34 ans originaire d’Ahvaz, a décrit des bombardements « très intenses », ajoutant : « Mes mains tremblent. Il y a eu au moins 11 ou 12 explosions. J’ai les oreilles qui sifflent ».
U.S. Marines from the 11th Marine Expeditionary Unit conduct a verification boarding aboard M/T Wen Yao in the Gulf of Oman, July 16.
As of today, American forces have redirected 3 commercial vessels trying to run the blockade, disabled 1 that didn’t comply, and boarded 1 to… pic.twitter.com/vbjArHuLaO
— U.S. Central Command (@CENTCOM) July 16, 2026
Le CENTCOM a indiqué que ses forces avaient frappé plusieurs objectifs militaires afin de « réduire la capacité de l’Iran à menacer des marins innocents » dans le détroit d’Ormuz.
L’agence de presse officielle iranienne, l’IRNA, a indiqué qu’un projectile avait touché une partie de l’aéroport de Semnan, dans le nord du pays, sans faire de blessés. Elle a également fait état d’explosions dans plusieurs autres régions, tandis que les systèmes de défense aérienne étaient activés dans certains quartiers de Téhéran.
Les alliés des États-Unis dans le Golfe ont activé leurs systèmes de défense ; le Koweït a intercepté des drones iraniens, tandis que Bahreïn a déclenché ses sirènes d’alerte aérienne.
Les agences de presse iraniennes ont ensuite indiqué que les États-Unis avaient mené de nouvelles frappes aux abords de l’île de Qeshm, dans le golfe Persique, près du détroit d’Ormuz, ainsi que contre la ville portuaire de Bandar Abbas.
La télévision d’État a dit qu’il y avait eu deux explosions à Bushehr, ville qui abrite la seule centrale nucléaire civile d’Iran, évoquant une « poursuite de l’agression de l’ennemi américain ». Elle a également signalé une série d’explosions, dont l’origine n’a pas été précisée, dans la ville côtière de Bandar Abbas.
L’IRNA a par ailleurs fait état « d’attaques de l’ennemi américain contre des zones situées autour d’Ahvaz », où des habitants, interrogés par l’AFP, ont déclaré avoir entendu de violentes explosions pour la deuxième nuit consécutive.
Un haut responsable militaire iranien a ensuite appelé les États-Unis à se retirer de la région, affirmant : « Nous ne céderons jamais sur le détroit d’Ormuz », selon la télévision d’État.
La chaîne israélienne N12 a rapporté jeudi qu’Israël se préparait à une nouvelle escalade des affrontements entre les États-Unis et l’Iran dès la semaine prochaine.
Israël estimerait que les États-Unis pourraient bientôt élargir leur campagne à des infrastructures civiles iraniennes, conformément aux menaces qui ont été récemment formulées par Donald Trump, selon N12. Jusqu’à présent, les frappes américaines ont essentiellement visé des installations militaires.
Interrogé mardi soir par Fox News dans l’émission Special Report with Bret Baier, Donald Trump a réaffirmé sa volonté d’intensifier les frappes contre l’Iran.
« Nous allons les frapper très fort ce soir. Nous allons les frapper très fort demain soir. Nous allons les frapper très fort après-demain soir, et puis la semaine prochaine, ça va vraiment mal tourner pour eux, car la semaine prochaine, ce sera le tour des centrales électriques. Et la semaine prochaine, ce sera aussi le tour des ponts. Nous allons détruire toutes leurs centrales électriques. Nous allons détruire tous leurs ponts, sauf s’ils acceptent de s’asseoir à la table des négociations. »
Il a ajouté qu’il garderait « les cibles énergétiques pour la fin, mais au final, nous frapperons ces cibles énergétiques ».
N12 a également rapporté, citant deux diplomates arabes, que le Qatar avait soumis à Washington et à Téhéran une nouvelle proposition destinée à relancer les négociations entre les deux pays et à apaiser les tensions. Selon la chaîne, les responsables iraniens la jugeraient relativement favorable à leurs intérêts. Les attaques contre le Qatar auraient d’ailleurs cessé depuis sa présentation.
« Aucune raison de s’y conformer »
Le détroit d’Ormuz est au cœur des derniers affrontements et demeure une voie de passage essentielle pour le commerce mondial du pétrole et du gaz.
Il avait brièvement rouvert après l’accord conclu au mois de juin dernier entre les États-Unis et la République islamique, mais Téhéran a annoncé la semaine dernière qu’il resterait de nouveau fermé « jusqu’à ce que les États-Unis mettent fin à leur agression ».
Washington a également rétabli le blocus des ports iraniens.
Le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères, Tahir Andrabi, a déclaré qu’Islamabad « continuerait à encourager toutes les parties à mettre fin à la violence et à reprendre les pourparlers techniques » tels qu’ils ont été prévus dans le cadre du mémorandum d’entente qu’il avait contribué à négocier le mois dernier.
Mais le principal négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a averti qu’un accord « n’a de sens que lorsque ses clauses sont valides et mises en œuvre ».
La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré jeudi aux journalistes que Donald Trump tiendrait l’Iran « pour responsable » s’il revenait sur sa parole, « mais qu’il restait toujours ouvert à la voie diplomatique ».
« Ils ont fait savoir au président qu’ils souhaitaient toujours conclure un accord. Nous sommes en pourparlers avec eux, mais, je le répète, le président ne leur permettra pas de tirer sur des navires dans le détroit sans qu’ils en paient le prix », a-t-elle déclaré.
« Geste de bonne volonté »
La CGRI a déclaré que les forces américaines avaient « utilisé des bases aériennes situées en Jordanie pour frapper » la République islamique et que leurs forces aérospatiales avaient riposté en « lançant deux vagues de frappes de missiles » contre une base dans ce pays.
L’armée iranienne a par ailleurs déclaré avoir pris pour cible des installations américaines en Jordanie à l’aide de drones.
Plus tôt, l’armée américaine avait indiqué que l’un de ses appareils avait tiré sur un pétrolier vide qui tentait de briser le blocus naval imposé aux ports iraniens, le mettant hors d’état de naviguer.
En Irak, les forces kurdes ont affirmé que la coalition dirigée par les États-Unis avait abattu huit drones chargés d’explosifs au-dessus d’Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan, où des journalistes de l’AFP ont entendu des explosions et vu de la fumée près du consulat américain.
Trump a déclaré mercredi qu’une citoyenne américaine, identifiée par son avocat comme étant Dena Karari, avait quitté l’Iran « en bonne santé », après y avoir été détenue depuis décembre 2024.
Il a ajouté que les États-Unis appréciaient « ce geste de bonne volonté de la part de l’Iran ».
Le pouvoir judiciaire iranien a toutefois déclaré jeudi qu’aucun prisonnier américain n’avait été libéré ou échangé, selon les médias officiels iraniens. Il a indiqué que les vérifications menées n’avaient permis d’identifier ni prisonnier américain condamné ni personne accusée d’espionnage pour le compte des États-Unis correspondant à la description donnée par Trump ni aucun autre détenu américain ayant été libéré ou échangé.
Depuis la semaine dernière, les nouvelles frappes américaines ont fait au moins 30 morts en Iran, a déclaré la porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani.
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