Après la décision de Trump sur Jérusalem, qu’en est-il de l’alliance régionale contre l’Iran ?
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Après la décision de Trump sur Jérusalem, qu’en est-il de l’alliance régionale contre l’Iran ?

La perception de progrès réalisés dans le processus de paix donnait une légitimité publique aux états arabes pour travailler avec Israël. Ils sont maintenant dans l'obligation d'adopter des positions dures

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Le président américain Donald Trump, le roi Salman bin Abdulaziz al-Saud d'Arabie saoudite, le roi de Jordanie Abdallah II, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et d'autres responsables prennent la pose pour une photo durant le sommet entre les Etats-Unis et le monde musulman au centre de conférences du roi Abdulaziz à Riyadh, le 21 mai 2017 (Crédit : Mandel NGAN/AFP)
Le président américain Donald Trump, le roi Salman bin Abdulaziz al-Saud d'Arabie saoudite, le roi de Jordanie Abdallah II, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et d'autres responsables prennent la pose pour une photo durant le sommet entre les Etats-Unis et le monde musulman au centre de conférences du roi Abdulaziz à Riyadh, le 21 mai 2017 (Crédit : Mandel NGAN/AFP)

Les états arabes sunnites et Israël partagent l’objectif déclaré de contrer l’influence croissante de l’Iran dans la région et les Etats-Unis ont travaillé sur un plan régional visant à rassembler ces parties sur ce même sujet – dont l’administration Trump s’inquiète également.

Mais la décision prise par le président américain Donald Trump, la semaine dernière, de reconnaître Jérusalem en tant que capitale d’Israël, complique la coopération au sein de l’alliance naissante anti-Iran, disent les experts.

Pour les états arabes sunnites, la coopération avec l’Etat juif est inextricablement liée à la réussite perçue d’un processus de paix entre Israël et les Palestiniens. Avec des avancées dans ce processus de paix, les états arabes, dont les populations affichent très largement leur sympathie pour les Palestiniens, peuvent justifier leur coopération avec Israël et les Etats-Unis. Sans avancées, cette coopération devient plus difficile à justifier.

Et cela, en effet, semble être également l’opinion du gendre et haut-conseiller de Trump Jared Kushner, qui a expliqué la semaine dernière au forum de Saban que la paix avec les Palestiniens était un aspect nécessaire à l’élaboration d’une vaste coalition régionale contre l’Iran.

Haim Saban, à droite, s’entretient avec Jared Kushner lors d’un forum sur les affaires israéliennes qu’il organise chaque année à Washington, le 3 décembre 2017 (Crédit : Drew Angerer/Getty Images)

Lorsque son beau-père a annoncé que les Etats-Unis reconnaissaient Jérusalem comme capitale d’Israël, cela a paru être un coup sérieux porté au processus de paix pour ceux qui se trouvent dans la région – un privilège sans précédent accordé à l’une des parties sur l’une des questions les plus sensibles du statut final.

Jusqu’à présent, aucun pays arabe ou musulman n’a publiquement tenu compte de l’assertion du président qui avait précisé ne pas spécifier les frontières de la souveraineté israélienne dans la ville, ni de son opposition déclarée au changement du statu-quo dans les lieux saints de Jérusalem.

Hussein Ibish, spécialiste de l’Institut des états arabes du Golfe à Washington (Autorisation)

Au contraire, les pays qui jouissent de relations historiques de proximité avec les Etats-Unis et qui maintiennent des liens sécuritaires (secrets ou rapportés) avec Israël – dont l’Egypte, la Jordanie et l’Arabie saoudite – ont tous condamné la déclaration de Trump, disant qu’elle sape le processus de paix et renforce les extrémistes.

« La décision de Jérusalem complique gravement les tensions entre l’intérêt stratégique représenté par la poursuite d’une relation avec Israël et les intérêts des pays en termes de politique nationale, en termes de valeurs et en termes d’équilibre stratégique nécessaire pour vivre heureux », estime Hussein Ibish, spécialiste à l’Institut des états du Golfe arabe de Washington.

Aux yeux du monde arabe, la décision de Trump a sapé le cadre convenu d’un processus de paix israélo-palestinien qui pouvait offrir « les raisons pour dire ‘Maintenant, nous avons mis 1948 derrière nous sur la base de toutes ces légitimités’ « , ajoute Ibish, se référant à l’année de création d’Israël, qui avait été immédiatement attaqué par ses voisins arabes.

Il explique que les leaders politiques des états arabes sunnites ont été « frustrés » par la décision de Trump, parce qu’en déstabilisant la région, elle vient aussi entraver les progrès sur deux objectifs étroitement liés.

Le premier est la résolution du conflit israélo-palestinien, qui est en soi un facteur de déstabilisation et qui est exploité par les groupes extrémistes pour gonfler leurs rangs et justifier leurs actions, indique-t-il. Le second, la confrontation avec l’Iran, va également dans le sens de la stabilité régionale.

Ghaith al-Omari, membre du Washington Institute. (Crédit : autorisation)

Ghaith al-Omari, spécialiste à l’Institut de Washington de la politique du Proche-Orient, affirme pour sa part que la décision de Trump a forcé les pays arabes à adopter des positionnements anti-israéliens et anti-américains qu’ils répugnaient à prendre auparavant.

« Cela a coincé tous les pays arabes, ceux qui voulaient commencer à construire des relations avec Israël comme ceux qui sont alliés aux Etats-Unis. Ils se sentent coincés. Ils ont le sentiment qu’ils doivent prendre des positionnements durs maintenant et que leur marge de manoeuvre a été limitée ».

Il souligne que les médias qataris et iraniens ont utilisé la déclaration de Jérusalem pour attaquer les Saoudiens pour les relations qu’ils entretiennent avec les Etats-Unis.

Dans des manifestations à Gaza et en Jordanie, la foule a scandé des slogans anti-saoudiens.

Une partie de ce ressentiment à l’égard de l’Arabie saoudite émane d’informations parues dans les médias, disant que Ryad aurait fait pression pour que les Palestiniens acceptent un plan de paix américain qui est considéré comme insupportable par Ramallah.

« Tout le monde doit dorénavant paraître être sur la ligne dure et tout le monde a peur de faire quelque chose qui pourrait être utilisé par un opposant politique régional », dit al-Omari. « Ils paient le prix de leur relation de proximité avec les Etats-Unis – pas un prix élevé, mais le prix ».

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