En visite à Moscou cette semaine, le patriarche grec orthodoxe de Jérusalem a pressé le président russe Vladimir Poutine, ainsi que les hauts dignitaires du clergé, à réagir à ce qu’il considère comme une menace d’Israël sur l’indépendance de l’église en Terre Sainte.

Lors d’un dîner lundi, Théophile III a demandé à Poutine d’intervenir dans l’accord très controversé qui a été réalisé par son prédécesseur, l’ancien patriarche, selon lequel trois biens de la Vieille Ville appartenant à l’église sont loués à des sociétés écrans opérant pour une organisation juive de droite, consacrée à l’acquisition de propriétés pour les Juifs.

Parmi ces propriétés, se trouvent deux hôtels situés entre la porte de Jaffa et l’entrée du marché de la Vieille Ville, dans une des parties les plus visibles du quartier chrétien.

Le contrat, réalisé par un ancien employé de l’église, est très controversé parmi les Palestiniens qui considèrent Jérusalem-Est, dont la Vieille Ville forme une partie, comme la capitale de leur futur Etat.

A la fin du 19e siècle, l’Hôtel Impérial était l’endroit le plus chic pour se loger en ville. (Crédits : Shmuel Bar-Am)

En août, un tribunal de district a confirmé la légalité des contrats, ce qui a conduit à la chute du prédécesseur de Théophile, Irénée, et qui selon Théophile ont été conclus sous de faux prétextes. Il a fait appel de la décision auprès de la Cour suprême.

Avec le soutien de toutes les églises en Terre Sainte, Théophile a déjà rendu visite au roi de Jordanie, au pape, à l’archevêque de Cantorbéry et à de hauts responsables politiques en Grèce et à Chypre pour faire pression contre le contrat de location.

Sa visite de cinq jours en Russie lui a permis de rencontrer et de demander le soutien de la plupart des chefs des églises orthodoxes orientales.

Théophile s’inquiète également d’un projet de loi de la Knesset qui confisquerait les terres que le patriarcat a vendues à des investisseurs privés pour équilibrer ses comptes, considérant cette initiative comme une tentative inacceptable de l’Etat d’interférer dans le droit de l’église de gérer librement ses biens immobiliers.

Le projet de loi a été proposé par Rachel Azaria (Koulanou) après qu’il a été révélé au cours de l’été que l’église avait vendu ses terres dans le centre de Jérusalem sur lesquelles 1 500 maisons en location ont été construites, à des hommes d’affaires restés anonymes.

Rachel Azaria, membre de la Knesset. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Les propriétaires de ces maisons sur ces terres ont été plongés dans l’incertitude, ne sachant pas qui étaient leurs nouveaux propriétaires, s’ils allaient être disposés à renouveler les baux, et si oui à quel prix.

Azaria a déclaré mardi au Times of Israel qu’elle avait mis sa proposition de loi de côté le temps qu’une commission nommée par la ministre de la Justice, Ayelet Shaked, essaie de trouver une solution pour protéger les propriétaires.

Alors qu’il y avait des craintes initiales que les acheteurs anonymes incluent des éléments ennemis de pays comme l’Iran et le Qatar, on sait maintenant que tous les investisseurs sont juifs et que l’un des actionnaires principaux des sociétés impliqués est David Sofer, un homme d’affaires juif israélien vivant à Londres.

David Sofer (C) photographié avec sa femme Cindy (g) lors de la réception d’ouverture du Jewish Museum de Londres le 16 mars 2010. (Crédit : Desmond O’Neill Features Ltd)

« J’ai toujours dit que j’espérais que nous n’aurions pas besoin d’une telle loi [pour confisquer les terres vendues et verser une compensation aux investisseurs privés], mais le problème des résidents existe toujours », a déclaré Azaria.

« L’un des objectifs de ma proposition de loi était de faire bouger les choses et les choses bougent », s’est-elle réjouie avant d’ajouter : « j’attends de voir ce que la commission va proposer. »

Les maisons et appartements en question sont situés sur des terres qui appartenaient anciennement à l’église dans les quartiers de Jérusalem de Givat Oranim (maintenant détenue par David Sofer et le milliardaire américain Michael Steinhardt, via Oranim Ltd.), Abu Tor (où Sofer possède une demi-rue avec un autre Juif anglais, par le biais d’une compagnie appelée Kronty Investments Ltd) et à Talbieh, Rehavia et Nayot, où les habitants de Jérusalem Noam a acheté de vastes étendues de terre avec un Australien et un Américain vivant maintenant en Israël via Nayot Komemiyut Investments.

Le mois dernier, le comité exécutif du Conseil œcuménique des Églises, qui représente plus de 560 millions de chrétiens dans plus de 100 pays, a publié une déclaration très ferme disant qu’il avait « entendu parlé avec préoccupation par les chefs des Eglises de Jérusalem de la manière dont les institutions ecclésiastiques et les propriétés à Jérusalem sont menacées à la suite d’une combinaison de contrats dont la légalité est contestée et des efforts des groupes de colons radicaux et des politiques du gouvernement d’Israël. »