La clé, dans la lutte contre l’obésité, est un régime équilibré et un mode de vie sain, conviennent les spécialistes. Mais une nouvelle injection de « fonte de graisse » développée par une start-up israélienne pourrait aider à faire disparaître nos rondeurs alors que nous nous efforçons péniblement de respecter au mieux nos régimes diététiques et nos plages d’exercice.

Raziel Therapeutics, une start-up basée à Jérusalem, a annoncé avoir développé un traitement médical qui fait fondre les cellules graisseuses grâce à une nouvelle molécule chimique synthétique, via une injection sous-cutanée. Des traitements médicaux similaires existent d’ores et déjà, mais Raziel Therapeutics affirme que des études récentes ont donné un avantage marqué à son produit.

L’injection produit de la chaleur, brûlant les cellules graisseuses et ajournant leur régénération jusqu’à neuf mois – un délai au bout duquel une nouvelle injection est nécessaire. Le traitement est plus sûr qu’une chirurgie, disent ses créateurs, mais ne sera efficace à long-terme que s’il entre dans le cadre d’un changement de mode de vie plus large.

« Nous pensons qu’il faut répéter [l’injection] tous les 9 à 12 mois… afin de soutenir l’effet de la réduction des graisses », explique Alon Bloomenfeld, directeur-général de Raziel, lors d’un entretien téléphonique. « Bien sûr, cela dépend de chaque individu ».

L’histoire de Raziel Therapeutics est une combinaison de recherche médicale, d’entrepreneuriat – et de pur hasard.

Raziel Therapeutics, start-up de Jérusalem, dit que son injection « fonte de graisse » ajourne la régénération de la graisse jusqu’à neuf mois (Crédit : Pixfly, iStock by Getty Images)

Le professeur Shmuel Ben-Sasson de l’Université hébraïque faisait des recherches sans lien avec l’obésité lorsqu’il a réalisé qu’un traitement particulier entraînait une perte de poids chez les souris, leurs cellules graisseuses disparaissant.

Avec Bloomenfeld, qui travaillait depuis 20 ans dans des entreprises biomédicales et de haute technologie, il a lancé en 2012 une nouvelle entreprise qui a établi l’infrastructure nécessaire pour tester et, avec un peu de chance, commercialiser à terme le traitement.

Cette équipe de sept personnes est financée par l’Autorité de l’innovation israélienne, l’incubateur de technologie Van Leer et Pontifax, une société de capital-risque qui se concentre sur les investissements relatifs à la santé. Ils se trouvent au centre médical Hadassah de l’Université hébraïque, là même où Ben-Sasson travaillait lorsqu’il a fait sa découverte.

Le produit – une molécule à laquelle leur recherche se réfère en tant que nouvelle entité chimique – fait actuellement l’objet d’un essai clinique de phase 2a aux Etats-Unis, avec 32 patients. Des tests anticipés sur des cochons ont montré que l’injection pouvait supprimer entre 40 et 60 % des tissus graisseux dans les zones ayant reçu les injections, a dit Bloomenfeld.

« La compagnie est dans une position où elle peut capturer une part significative d’un marché qui pèse plusieurs milliards de dollars pour des applications cliniques et esthétiques », a indiqué la firme dans une présentation.

La première application esthétique du médicament pourrait aider à ôter les parties graisseuses de la poitrine chez les femmes et la première application médicale de l’injection pourrait être pour traiter le lipoedème, un état potentiellement douloureux qui apparaît souvent à la puberté, lors d’une grossesse ou de la ménopause, au cours duquel les jambes deviennent anormalement grosses en raison de dépôts graisseux irréguliers, a indiqué la firme.

Les essais cliniques réalisés sur 24 malades aux Etats-Unis ont montré une réduction des graisses de 30 à 50 % aux alentours du lieu de l’injection sous-cutanée unique.

Raziel Therapeutics, une entreprise basée à Jérusalem, espère capturer une partie du marché de l’amincissement qui pèse des milliards de dollars (Crédit : iStock by Getty Images)

L’étude d’un journal de médecine de Nouvelle Angleterre publiée au mois de juin a révélé qu’en 2015, plus de 10 % de la population mondiale était obèse, causant des millions de morts chaque année. Ces chiffres globaux représentent un doublement du problème au cours des 37 dernières années, avec un pic de l’obésité infantile. Ce sont la Chine et l’Inde qui sont plus touchés et on assiste à une hausse massive des maladies liées à l’indice de masse corporelle.

En Israël, environ 25 % des femmes et 17 % des hommes seraient obèses – une augmentation de 5,4 % et de 6,2 % depuis 1980, respectivement. Les dépenses médicales liées à l’obésité sont estimées à 190,2 milliards par an aux Etats-Unis, et représentent à peu près 21 % des dépenses médicales annuelles pour le pays, avec notamment la somme de 14 milliards de dollars seulement pour les coûts liés à l’obésité infantile.

Raziel suppose avoir la capacité de capturer 10 % des parts de marché aux Etats-Unis pour la gynécomastie, une prolifération bénigne des tissus de la poitrine chez les hommes, et faire un profit de 1 000 dollars par traitement, avec un revenu annuel projeté de 2 milliards de dollars aux Etats-Unis et un revenu similaire dans l’Union européenne.

L’entreprise s’attend à capter une part de marché similaire concernant le traitement des lipoedèmes, avec un revenu annuel projeté de 1,3 milliard de dollars aux Etats-Unis et un revenu similaire dans l’Union européenne, a fait savoir la présentation.

Bloomenfeld explique qu’il est prématuré de déterminer le prix final des injections pour les utilisateurs. Toutefois, le prix d’un traitement par injection contre le double menton fait par Allergan Inc. coûte à peu près 1 000 à 1 500 dollars, et il faut 4 à 5 injections. Ainsi, pour se débarrasser d’un double menton, des patients, aujourd’hui, sont prêts à débourser 7 500 dollars.

Aussi prometteurs qu’ont pu être les résultats des tests de Raziel, l’injection n’est pas en soi un remède à l’obésité.

Le directeur-général de Raziel Therapeutics Alon Bloomenfeld (Autorisation)

« Ça ne marchera pas si vous ne changez pas votre mode de vie », dit Bloomenfeld. « Bien sûr, vous pouvez revenir chaque année pour prendre le traitement. Mais ne pensez pas que ce soit la meilleure solution ».

« Ils doivent coopérer et… changer leurs vies ».

Daniela Jakubowicz, médecin et endocrinologue, enseignante à l’université de Tel Aviv et à la Virginia Commonwealth University, partage le même point de vue. Elle soutient les injections comme celle-là, à partir du moment où elles « s’associent à un régime ». Elle affirme qu’en tandem avec un régime et un changement de mode de vie, les injections peuvent aider les gens à mieux lutter contre l’obésité.

Les recherches de Jakubowicz se concentrent sur des domaines essentiels liés à l’obésité, notamment l’addiction aux glucides et le moment choisi pour les repas, en dehors des rythmes naturels du corps humain. Elle explique que les personnes souffrant d’obésité ont souvent de médiocres habitudes au petit-déjeuner mais qu’elles consommeront beaucoup de glucides et de sucre dans la soirée – autrement dit le pire moment pour que nos corps parviennent à les métaboliser. Ce sont des habitudes comme celles-là, dit-elle, qui sont « au centre du problème » et qui doivent changer.

« Vous pouvez ajouter quelque médicament que ce soit mais si vous ne faites pas le régime approprié, aucun médicament, aucune injection ne fonctionnera ».