Au cours des cinq dernières années, Israël a mené des douzaines de frappes aériennes en Syrie, et notamment – selon des informations étrangères – une attaque jeudi, en début de matinée, dans la province de Hama qui a tué deux Syriens.

Un grand nombre de ces frappes a été suivi par des dénonciations furieuses de la part de Damas et des promesses de « conséquences » mais, malgré toutes ces menaces, le leader syrien n’a jamais véritablement entrepris de représailles sérieuses à l’encontre d’Israël.

C’est vrai, à quelques occasions, l’armée syrienne a lancé des armes de défense aérienne vers des avions chasseurs israéliens – y-compris une fois où l’armée israélienne avait lancé un intercepteur de type Arrow pour s’assurer que le missile anti-aérien syrien n’irait pas frapper une communauté israélienne. Toutefois, Assad n’a jamais encore mené une attaque de représailles contre l’état juif quelques heures ou quelques jours après une frappe présumée.

Le Hezbollah non plus, à l’exception notable d’une agression au missile anti-tank en 2015 contre une jeep de l’armée israélienne qui avait tué deux soldats. Cette frappe était venue répondre à une attaque israélienne présumée qui avait tué le terroriste Jihad Mughniyeh et qui n’avait visé ni un convoi ni un entrepôt d’armes.

Et tandis que les analystes affirment qu’il y a de fortes chances que le président syrien, encore assailli par la guerre civile malgré des avancées récentes, se retiendra de riposter – conscient du fait qu’Israël peut le frapper plus fortement que lui et qu’il ne sera jamais en mesure de le faire – ils estiment qu’il serait plus sûr pour l’Etat juif de se préparer au cas où.

Une usine syrienne qui aurait été attaquée par un avion israélien tôt dans la matinée du jeudi 7 septembre 2017 (Capture d'écran : Twitter)

Une usine syrienne qui aurait été attaquée par un avion israélien tôt dans la matinée du jeudi 7 septembre 2017 (Capture d’écran : Twitter)

Suite à la frappe aérienne israélienne présumée de jeudi contre le bâtiment du centre d’études et de recherches scientifiques militaires syrien (CERS), à proximité de Masyaf, qui serait utilisé pour créer et stocker des armes chimiques et des missiles de précision, l’armée d’Assad a menacé d’éventuelles « conséquences graves ».

L’armée syrienne a indiqué que l’attaque était « une tentative désespérée visant à remonter le moral effondré » du groupe de l’Etat islamique « après les victoires écrasantes réalisées par l’armée syrienne arabe » et qu’elle prouve le « soutien direct » apporté par Israël à l’EI et à « d’autres organisations terroristes ».

La question en suspens, presque 18 heures après l’attaque, est de savoir si les paroles dures prononcées par le régime militaire d’Assad sont une menace sérieuse ou… de simples mots.

« Il est difficile de pénétrer dans l’esprit d’un dictateur qui a mis son propre pays à feu et à sang et qui a utilisé une arme de destruction massive contre son propre peuple »

Selon Bilal Saab, de l’Institut du Moyen-Orient de Washington, il est compliqué de déterminer quels plans Assad réserve à Israël au vu de son propre comportement vis-à-vis de la population syrienne.

Les membres du gouvernement syrien font le geste  du V de la victoire à bord d'un tank, dans le village de Kobajjep, au sud-ouest de la province de Deir Ezzor, le 6 septembre 2017 (Crédit : AFP/George OURFALIAN)

Les membres du gouvernement syrien font le geste du V de la victoire à bord d’un tank, dans le village de Kobajjep, au sud-ouest de la province de Deir Ezzor, le 6 septembre 2017 (Crédit : AFP/George OURFALIAN)

« Il est difficile de pénétrer dans l’esprit d’un dictateur qui a mis son propre pays à feu et à sang et qui a utilisé une arme de destruction massive contre son propre peuple », explique Saab, agrégé supérieur de recherches et directeur du programme défense et sécurité de l’Institut dans un courriel.

Toutefois, ajoute-t-il, « je soupçonne que les lois de dissuasion avec Israël, même si elles ne sont jamais infaillibles, continueront à être respectées tout simplement parce que le niveau de sanction qu’Israël infligerait à la Syrie serait sévère si Assad devait répondre au niveau militaire ».

Le général de division (réserviste) Yaakov Amidror, ancien conseiller à la sécurité nationale, partage le même point de vue.

« L’hypothèse qu’il y ait une forme de réaction est malgré tout valable et j’espère que l’armée israélienne est prête », précise-t-il.

Yaakov Amidror (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Yaakov Amidror (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

L’ancien général ajoute toutefois qu’il ne s’attend pas à une réaction puissante.

« J’espère pour Assad qu’il ne prendra pas d’initiative qui puisse le mettre dans une situation très mauvaise », a expliqué Amidror lors d’un entretien téléphonique avec les journalistes qui a été organisé par le Projet d’Israël.

Lignes rouges

A travers toute la guerre civile syrienne, Israël a maintenu qu’il n’interviendrait pas dans les combats sauf en cas de franchissement de certaines « lignes rouges », pour s’assurer en particulier que des armes avancées ne tombent pas entre les mains du Hezbollah, que l’Iran n’est pas autorisé à prendre position sur la frontière du Golan et que la souveraineté israélienne n’est pas violée, que ce soit délibérément ou accidentellement.

Ainsi, lorsqu’il est arrivé qu’un convoi de missiles de précision traverse la Syrie vers le Hezbollah au Liban, Israël l’a détruit par une frappe aérienne. Ou lorsqu’un tir de mortier a pu atterrir sur le Golan israélien, suite aux combats de l’autre côté de la frontière, un tank de l’armée israélienne a pris pour cible une position militaire syrienne.

Capture d'écran d'un satellite d'une zone située à proximité de Masyaf, dans la province syrienne de Hama, où le centre syrien de recherche et d'études scientifiques maintiendrait une structure d'armes chimiques (Capture d'écran : Google maps)

Capture d’écran d’un satellite d’une zone située à proximité de Masyaf, dans la province syrienne de Hama, où le centre syrien de recherche et d’études scientifiques maintiendrait une structure d’armes chimiques (Capture d’écran : Google maps)

Même si Israël n’a pas confirmé son rôle dans l’attaque de jeudi, la frappe a néanmoins été attribuée à l’Etat juif avec l’idée partagée parmi les analystes que cette infrastructure syrienne d’armement a été utilisée pour violer l’une de ces « lignes rouges ».

Mais quelles sont les « lignes rouges » d’Assad ? Que faudrait-il pour qu’il décide de frapper Israël ?

« Les lignes rouges d’Assad sont la survie du régime », a indiqué Saab.

La question qui se pose alors, a-t-il estimé, est « ce qui constitue la survie du régime de son propre point de vue et celui de ses alliés iraniens, au-delà de ce qui est évident (c’est-à-dire son assassinat ou le bombardement de ses quartiers-généraux).

Selon Saab, c’est « impossible à dire ».

Mais alors que la Syrie et le Hezbollah sont les deux groupes qui ont été frappés par l’attaque aérienne présumée, ils ne sont pas les seuls à opérer dans le pays.

Amos Yadlin, former director of military intelligence, Jan 2012. (photo credit: Gideon Markowicz/FLASH90)

Amos Yadlin

La Russie, qui agit comme le patron d’Assad, pourrait également faire part de sa préoccupation face à la frappe, selon le général de division Amos Yadlin, ancien chef des renseignements militaires israélien et directeur du think-tank l’Institut pour lesétudes de sécurité nationale.

Dans un tweet, Yadlin a averti qu’Israël pourrait devoir faire face à « l’opposition russe ».

Malgré tout, Amidror indique qu’Israël a fait preuve de clarté envers Moscou concernant ses politiques en Syrie et que les deux pays éprouvent un respect mutuel.

« Chaque partie comprend les intérêts de l’autre », note-t-il.

La relation d’Israël avec la Russie, dit-il, est « un exemple de bonne diplomatie : Nous ne somme pas d’accord avec eux mais nous les respectons ».