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9 procureurs démissionnent du ministère US de la Justice après une enquête « bidon » sur l’antisémitisme

"Je doute fortement que cette administration se soucie réellement du peuple juif", a dit un avocat impliqué dans une enquête sur la haine des Juifs dans les universités de Californie

Un campement sur le campus de l'UCLA après des affrontements entre manifestants opposés à la guerre contre le Hamas, à Los Angeles, le 1ᵉʳ mai 2024. (Crédit : Jae C. Hong/AP)
Un campement sur le campus de l'UCLA après des affrontements entre manifestants opposés à la guerre contre le Hamas, à Los Angeles, le 1ᵉʳ mai 2024. (Crédit : Jae C. Hong/AP)

JTA — Neuf procureurs fédéraux, dont l’un au moins est juif, ont récemment démissionné du ministère de la Justice, en raison de ce qu’ils ont qualifié de gestion « frauduleuse » par l’administration Trump de l’enquête en cours sur l’antisémitisme visant le système de l’université de Californie.

Interrogés par le Los Angeles Times, la semaine dernière, les avocats ont décrit un « simulacre » d’enquête, une initiative « peu sérieuse », principalement motivée par le désir de Trump de se venger de l’enseignement supérieur et de plus en plus déconnectée de toute base juridique.

« Je suis très sceptique quant à l’intérêt réel que porte cette administration au peuple juif ou à l’antisémitisme », a ainsi déclaré Dena Robinson, une ancienne premier substitut du procureur, juive et noire, qui s’était portée volontaire pour interroger des étudiants sur trois campus de l’UC dans le cadre de l’enquête. Plusieurs des procureurs affectés à l’UC ont fini par accepter une offre de démission différée en mai et ils ont quitté l’enquête.

Une enquête distincte publiée la semaine dernière par ProPublica et le Chronicle for Higher Education a également révélé que le ministère de la Justice de Trump exerçait une pression sur les enquêteurs pour qu’ils « découvrent » des preuves que l’UCLA avait toléré l’antisémitisme, au-delà des normes juridiques et procédurales établies pour de tels cas.

Ce rare aperçu des coulisses des affaires fédérales d’antisémitisme intervient alors que les groupes juifs, sur les campus et en dehors, sont de plus en plus mal à l’aise face à la manière dont l’administration Trump fait pression sur les universités au nom de la lutte contre l’antisémitisme.

Plusieurs prestigieux établissements, parmi lesquels des universités de l’Ivy League, ont conclu des accords avec l’administration, acceptant dans la plupart des cas de verser des sommes importantes et de modifier leurs règles en profondeur en échange du déblocage de centaines de millions de dollars de subventions fédérales.

Un manifestant tenant une affiche sur laquelle on peut lire « End Jew Hatred », sur le campus de l’Université de Californie (UCLA), à Los Angeles, le 28 avril 2024. (Crédit : Etienne Laurent/AFP)

L’enquête de l’UC, qui vise le système universitaire public de l’État, est considérée comme l’un des trophées les plus convoités par Trump. L’administration a gelé plus de 580 millions de dollars de fonds fédéraux — un montant ramené à 230 millions de dollars à la suite de procédures judiciaires — et fait pression sur le système d’enseignement pour qu’il règle l’affaire via un versement de 1,2 milliard de dollars. Un juge fédéral a toutefois récemment bloqué les efforts déployés pour imposer une amende d’un tel montant.

Les procureurs ont indiqué au Times que des preuves existaient que des étudiants juifs et israéliens sur les campus de l’UC, notamment à UCLA, avaient été victimes de discrimination, mais que les ressources et l’attention consacrées à cette affaire étaient disproportionnées.

« Je pense que certains Juifs, sur les campus, ont effectivement été victimes d’une authentique discrimination », a fait savoir au Times un procureur qui a préféré conserver l’anonymat, qui avait interrogé des étudiants de l’UCLA et de l’UC Davis. « Mais, compte tenu de la façon dont on nous a poussés à enquêter, il était clair pour beaucoup d’entre nous qu’il s’agissait d’une attaque politique – qui, en fin de compte, n’aiderait personne. »

Ron Avi Astor, un professeur juif sioniste de l’UCLA qui avait été pris pour cible par des manifestants pro-palestiniens en raison de ses recherches sur les initiatives de paix entre Israéliens et Palestiniens, a défendu les restrictions imposées aux manifestations mises en place par le campus avant la réélection de Trump. Son témoignage sur le fait d’avoir été pris pour cible par les manifestants pourrait constituer un élément de preuve essentiel pour l’enquête de l’UCLA. Astor a pourtant affirmé à ProPublica que les coupes budgétaires de Trump dans les fonds de recherche étaient très inquiétantes.

Des étudiants diplômés de l’UCLA agitent un drapeau palestinien lors de la cérémonie de remise des diplômes au Pauley Pavilion, sur le campus de l’UCLA, à Los Angeles, le 14 juin 2024. (Crédit : AP Photo/Damian Dovarganes)

« Ce sont des choses qui sauvent des vies. Pourquoi s’en mêler ? C’est un outil que tout universitaire détesterait », a-t-il souligné. « J’ai l’impression qu’on se sert de nous. »

D’après ProPublica, les enquêtes sur l’antisémitisme qui pouvaient prendre un an ou plus sous les administrations précédentes doivent désormais, sous Trump, être bouclées en beaucoup moins de temps, avec une conclusion attendue : celle d’une faute de la part de l’université. Des équipes d’avocats ont été envoyées sur plusieurs campus de l’UC pour interroger les étudiants dans un délai très court.

L’enquête s’est finalement concentrée sur l’UCLA, qui a fourni les preuves les plus convaincantes d’antisémitisme après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Sur ce campus, des manifestants pro-palestiniens ont empêché les « sionistes » d’accéder à certaines zones. Une bagarre a également opposé groupes pro-israéliens et groupes pro-palestiniens sur le campus.

Durant l’année, le système de l’UC a versé plus de 6 millions de dollars pour régler un procès pour antisémitisme intenté contre lui par des groupes juifs, selon lesquels des étudiants avaient été victimes de discrimination à l’UCLA en 2024. Une partie de l’argent du règlement a été versée à des groupes juifs. Cela n’a toutefois eu aucun effet sur l’enquête de Trump, qui a conclu que l’UCLA avait enfreint la loi sur les droits civils du titre VI pour les plaintes mêmes qu’elle venait de régler.

Le Pomona College, une école privée de Los Angeles qui avait connu des niveaux élevés d’antisémitisme après le 7-Octobre, a discrètement réglé sa propre enquête pour antisémitisme en vertu du Titre VI ce mois-ci, sans verser aucune indemnité à Trump.

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