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Analyse

Accord Israël-Liban : vers l’enlisement plutôt que la fin de la guerre

Le désarmement de Hezbollah étant irréalisable en raison des tensions sectaires, l'armée israélienne pourrait se maintenir sine die au Liban

Des véhicules militaires et du personnel israéliens à un point de passage frontalier vers le Liban, le 28 juin 2026. (Ayal Margolin/FLASH90)
Des véhicules militaires et du personnel israéliens à un point de passage frontalier vers le Liban, le 28 juin 2026. (Ayal Margolin/FLASH90)

BEYROUTH (Reuters) — En liant le retrait israélien du Sud-Liban au désarmement du groupe terroriste soutenu par l’Iran, une condition que les analystes et politiciens régionaux jugent irréaliste, l’accord de sécurité entre Israël et le Liban est-il en train de consacrer une impasse au lieu de résoudre le conflit sous-jacent d’Israël avec le Hezbollah.

Au cœur de cet accord se trouve un compromis que bien peu de personnes estiment viable, le Hezbollah refusant catégoriquement de désarmer et nul gouvernement libanais n’ayant la faculté de le lui imposer.

Le Hezbollah n’étant pas disposé à désarmer, les analystes affirment qu’Israël dispose d’une couverture politique pour maintenir une présence militaire permanente dans le sud-Liban, où il a pénétré après que le Hezbollah a commencé à tirer des missiles et des drones sur Israël, le 2 mars dernier, en solidarité avec Téhéran au début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran.

Cet accord prend au piège l’État libanais, entre les obligations qu’il ne peut remplir et une souveraineté qu’il ne peut pas pleinement reconquérir, estiment les spécialistes.

Ce texte-cadre se heurte également aux réalités politiques du Liban, en demandant à un État confessionnel fragile d’affronter la faction armée la plus puissante du pays, malgré un système post-guerre civile fondé sur le partage du pouvoir plutôt que sur la coercition.

« Ce n’est pas un accord, c’est un règlement imposé », estime un haut responsable politique libanais sous couvert d’anonymat. Selon lui, l’armée libanaise n’est ni structurée ni équipée pour désarmer le Hezbollah, et s’attendre à ce qu’elle le fasse revient à ignorer à la fois les capacités militaires bien ancrées du groupe et l’équilibre confessionnel fragile sur lequel repose la stabilité du Liban.

« Cet accord fait peser tout le fardeau sur le Liban »

Les analystes politiques soulignent que ce déséquilibre est inscrit dans les termes mêmes de l’accord, lequel impose de lourdes obligations au Liban sans garantie réciproque de retrait israélien.

Des soldats de Tsahal sur un site commémoratif à la frontière avec le Liban, dans le nord d’Israël, le 28 juin 2026. (AP Photo/Ohad Zwigenberg)

« Cet accord fait peser tout le fardeau sur le Liban », estime Michael Young, analyste à Beyrouth, ajoutant qu’il « crée une structure qui permet aux Israéliens de rester [au Sud-Liban] indéfiniment ».

Selon Fawaz Gerges, un universitaire libanais de la London School of Economics and Political Science, cet accord est « mort-né » et structurellement défaillant, car il repose sur une condition impossible à remplir en pratique.

Il estime en effet qu’Israël a déjà consolidé une zone tampon d’environ huit à dix kilomètres de profondeur dans le sud-Liban, tout en conditionnant tout retrait futur au désarmement du Hezbollah. Les termes de l’accord risquent, selon son point de vue, de pérenniser cette zone tampon et de lui donner une légitimité diplomatique, à ses yeux un véritable « cadeau » politique pour Israël.

Le conflit au Liban a été au cœur de la diplomatie visant à mettre fin au conflit ouvert entre les États-Unis et l’Iran. Selon Gerges, le découplage délibéré des conflits par Washington confère à Israël une plus grande liberté d’action au Liban.

Crainte d’un conflit civil

L’accord-cadre entre Israël et le Liban signé à Washington réaffirme qu’Israël n’a aucune revendication sur le territoire libanais et il conditionne l’autorité des Forces armées libanaises dans le sud au désarmement avéré des groupes armés non étatiques, à commencer par le Hezbollah.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio et d’autres personnalités assistant, assis de gauche à droite, à la signature d’un accord-cadre par l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter, le conseiller Dan Holler et l’ambassadrice du Liban aux États-Unis, Nada Hamadeh, au département d’État, à Washington, le 26 juin 2026. (Crédit : Kevin Wolf/AP)

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu présente cet accord comme une réussite historique susceptible de mener à une paix plus globale, avec des soldats israéliens toujours déployés dans une zone de sécurité qu’Israël dit conçue pour protéger le nord de son territoire d’une attaque.

Le Hezbollah et Israël continuent d’échanger des tirs.

« Nous continuerons à la tenir jusqu’à ce que le Hezbollah et les autres organisations terroristes soient désarmés, et jusqu’à ce que le Liban ne représente plus aucune menace pour Israël », a déclaré Netanyahu samedi.

Trois hauts responsables israéliens ont indiqué qu’Israël avait peu confiance dans la capacité du Liban à désarmer le Hezbollah, mais qu’il voyait dans cet accord une étape diplomatique vitale vers l’établissement d’une paix de long terme avec le Liban.

Près de 4 000 personnes ont été tuées au Liban, un bilan qui inclut des hommes armés et des civils, et un million ont été déplacées au cours de la campagne militaire d’Israël contre le Hezbollah.

Lors des combats avec le Hezbollah, depuis mars dernier, 38 soldats de l’armée israélienne et un sous-traitant civil du ministère de la Défense ont été tués dans le sud-Liban. Deux civils ont également été tués par des roquettes du Hezbollah, et un civil israélien a été tué par erreur dans le nord par des tirs d’artillerie israéliens.

Au Liban, depuis début mars, l’armée israélienne revendique la mort de plus de 2 500 terroristes du Hezbollah, dont des centaines de membres de la force d’élite Radwan.

Le président libanais Joseph Aoun s’est réjoui de cet accord en lequel il voit un premier pas vers la restauration de la souveraineté du Liban, affirmant qu’il devrait permettre au peuple libanais de retourner sur des terres totalement libérées.

Des soldats libanais regardent les lieux d’une frappe aérienne israélienne à Beyrouth, au Liban, le 8 avril 2026. (Photo AP/Emilio Morenatti)

Selon le président du Parlement, Nabih Berri, un allié du Hezbollah, il s’agit d’un « accord fait de diktats, et non d’un accord protecteur des droits du Liban » : il estime qu’il ne sera pas mis en œuvre.

Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a déclaré l’accord « nul et non avenu » et l’a qualifié de « reddition », affirmant que son groupe continuerait à se battre jusqu’à ce qu’Israël soit contraint de partir.

Le député du Hezbollah, Hassan Fadlallah, a quant à lui mis en garde contre un « conflit interne » au Liban.

Toute tentative de désarmer le Hezbollah par la force risque d’aggraver les tensions confessionnelles. Young estime pour sa part que l’accord « ne mène nulle part, si ce n’est un conflit civil, et peut-être même une insurrection de la communauté chiite ».

L’accord sera-t-il appliqué ?

Danny Citrinowicz, analyste régional et ex-officier du renseignement militaire israélien, est d’avis que le démantèlement du Hezbollah « ne se fera jamais » et que l’accord ne fait qu’entériner une présence militaire israélienne illimitée dans le temps.

« Il ne va rien se passer. Israël ne va pas se retirer, et le Hezbollah ne va pas être démantelé », assure-t-il.

Des partisans du Hezbollah se frappent la poitrine alors qu’ils défilent pendant le jour saint de l’Achoura, qui commémore le martyre au VIIe siècle de Hussein, petit-fils du prophète Mahomet, dans la Dahiyeh, la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 26 juin 2026. (Photo AP/Hussein Malla)

Citrinowicz ajoute qu’aucun Premier ministre israélien ne dispose de l’assise politique intérieure pour se retirer tant que le Hezbollah restera armé et que les communautés du nord d’Israël resteront déplacées.

Un accord plus limité, axé sur le retrait du Hezbollah au sud du fleuve Litani, un déploiement élargi de l’armée libanaise et une extension de l’autorité de l’État, aurait, selon lui, davantage de chances de réussir.

L’analyste pro-Hezbollah Mohammed Obeid estime pour sa part que l’accord a peu de chances d’être mis en oeuvre et que ses dispositions sont « ni plus ni moins des explosifs » capables de faire sauter la stabilité interne du Liban puisqu’elles dépendent d’une action de l’État pour désarmer le Hezbollah.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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