« Chaque jour est encore le 7-Octobre », dit une mère endeuillée à Tel Aviv
Près de 50 000 Israéliens ont rendu hommage aux victimes du pogrom et réclamé une commission d’enquête d’État sur les défaillances ayant permis l’attaque
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JTA – Quelque 50 000 Israéliens se sont rassemblés mercredi soir au parc Yarkon de Tel Aviv pour commémorer le troisième anniversaire du pogrom du 7 octobre 2023, lors d’une cérémonie organisée par les familles endeuillées, la première depuis qu’il ne reste plus aucun otage à Gaza.
Organisée pour la troisième année consécutive par le mouvement Kumu, une initiative lancée par les familles affectées par le pogrom du 7 octobre, la cérémonie a eu lieu plus de huit mois après le rapatriement en Israël de la dépouille de Ran Gvili, dernier otage détenu à Gaza. Les 20 derniers otages encore en vie avaient été libérés en octobre 2025. Un an plus tôt, 48 chaises jaunes avaient été suspendues au-dessus de cette même scène pour symboliser ceux qui se trouvaient encore à Gaza.
Cette année, alors que la mobilisation en faveur des otages, qui avait dominé la vie publique israélienne pendant plus de deux ans, ne pesait plus de la même manière sur cette date anniversaire, l’accent a été mis sur le souvenir et sur une autre revendication toujours insatisfaite de nombreuses familles endeuillées, la création d’une commission d’enquête sur les défaillances qui ont permis l’attaque.
L’ancien otage Eli Sharabi, qui a passé 491 jours en captivité à Gaza, a co-présenté la cérémonie avec l’actrice Shani Cohen. Le 7 octobre 2023, Sharabi a été enlevé à son domicile du kibboutz Beeri. Sa femme Lianne et leurs filles Noiya et Yahel ont été assassinées dans leur maison ce même jour après son rapt. Son frère Yossi a lui aussi été enlevé à Beeri et il est mort en captivité en janvier 2024. Il n’a appris leurs morts qu’à son retour en Israël.
« Il faut se rappeler ce qui s’est passé ; enquêter pour comprendre comment cela a pu se produire ; il ne faut prendre aucun raccourci, ni laisser le temps brouiller la vérité, ni réécrire l’histoire, ni permettre qu’elle se répète », a déclaré Sharabi.
Omri Shifroni, l’un des fondateurs du mouvement Kumu, dont les proches, Liel et Yanai Hetzroni, ainsi qu’Avia et Ayala Hetzroni, ont été assassinés au kibboutz Beeri, a lui aussi réclamé une enquête approfondie.
« Ce matin-là, les systèmes se sont effondrés et l’État a cessé de fonctionner », a-t-il déclaré. « Mais la responsabilité mutuelle ne suffit pas. Pour rétablir la confiance, nous avons aussi besoin de la vérité. Nous devons savoir ce qui s’est passé. Sans véritable enquête, nous ne pourrons ni réparer ce qui doit l’être ni nous assurer qu’une telle catastrophe ne se reproduira jamais. »
Le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est opposé à la création d’une commission d’enquête d’État sur les défaillances liées au 7-Octobre, lui préférant un projet de loi prévoyant une commission dont les membres seraient nommés par des responsables politiques.
La première cérémonie organisée par Kumu s’était tenue à l’occasion du premier anniversaire du 7-Octobre, en réponse à la commémoration officielle de l’État, à laquelle de nombreuses familles de victimes et d’otages avaient refusé de participer.
Netanyahu a quant à lui assisté lundi à la cérémonie officielle organisée au mont Herzl, à la date du calendrier hébraïque retenue par le gouvernement pour commémorer l’attaque.
Pour Eliot Young, dont le frère Nathanel, un soldat à la double nationalité anglaise et israélienne, a été tué en combattant le Hamas le 7-Octobre, cette cérémonie est devenue un rendez-vous annuel et une source de soutien. Il était présent avec son épouse, Rena, et leur fils en bas âge, qui porte le prénom de Nathanel.
« Ces sont des journées très difficiles, mais la présence de toutes ces personnes ici me donne énormément de force », a-t-il confié à la Jewish Telegraphic Agency. « Certains ont perdu de nombreux membres de leur famille et pourtant, ils sont là, ils sourient, ils discutent. C’est une source d’inspiration pour tous ceux qui ont connu le deuil. »
Young a raconté comment Nathanel parlait de rejoindre les rangs de l’armée israélienne dès l’âge de 10 ans, alors qu’il vivait au Royaume-Uni. À 15 ans, a-t-il poursuivi, Nathanel allait à la salle de sport afin de pouvoir intégrer la meilleure unité possible.
« Il nous a appris, et continue de nous apprendre, à persévérer pour réaliser nos rêves », a déclaré Young.
Nathanel, soldat du 13ᵉ bataillon de la brigade Golani, a été tué au combat à la base militaire de Yiftach, près de Zikim, près de la frontière de Gaza, dans le sud d’Israël. Avec d’autres soldats, il avait repoussé les terroristes du Hamas, et ainsi contribué à protéger les militaires présents sur la base, mais aussi à empêcher une infiltration dans le kibboutz voisin.
Sa sœur, Gaby Young Shalev, a expliqué que, trois ans plus tard, le souvenir de Nathanel faisait désormais partie de leur quotidien.
« Pas un jour ne passe sans que quelqu’un dans ma famille ne fasse quelque chose pour honorer la mémoire de Nathanel », a-t-elle déclaré à la JTA.
Parmi les initiatives lancées en sa mémoire figure un studio professionnel de musique et de DJ destiné aux jeunes en difficulté dans une école de la WIZO à Jérusalem. Nathanel était lui-même DJ. Le projet a été financé grâce aux dizaines de milliers de shekels recueillis par Young Shalev. Un vin et une bière ont également été créés en son honneur.
« Nous essayons de vivre comme Nathanel l’aurait souhaité. Il ne voudrait certainement pas que nous restions là à broyer du noir », a déclaré Young Shalev.
D’autres cérémonies commémoratives se sont tenues tout au long de la journée à travers Israël, notamment dans les localités attaquées le 7-Octobre. Sur le site du festival Nova, près de Reïm, des survivants et des familles endeuillées se sont réunis à 18 h 29. Cette heure avait été choisie pour faire écho à 6 h 29 du matin, lorsque l’attaque avait commencé et que la musique s’était arrêtée.
Eyal Golan, dont la sœur Shirel a survécu au massacre de Nova avant de se suicider par la suite, est revenu dans la région de Reïm pour la première fois depuis cinq ans. Il a expliqué qu’il n’y était pas retourné depuis qu’il avait développé un trouble de stress post-traumatique (TSPT) pendant son service de réserve, lors du conflit de Gaza de 2021. Depuis, il avait même évité de traverser la région en voiture.
Pendant la cérémonie, Eyal Golan a choisi de rester près d’une plaque commémorative portant la photo de Shirel.
« Je voulais veiller sur ma petite sœur », a-t-il déclaré.
Il a passé une grande partie de la journée à parler de Shirel et à distribuer des balles sensorielles destinées à aider les personnes à se recentrer lors de crises d’anxiété ou d’épisodes de TSPT. Cette initiative fait partie d’un projet qu’il a créé en mémoire de sa sœur.
La situation contrastait fortement avec celle de l’année précédente. Golan avait alors confié à la JTA qu’il n’avait pas pu se résoudre à assister à une cérémonie commémorative et qu’il avait passé cet anniversaire aux prises avec un sentiment de « vide » et son propre TSPT.
« Pour la première fois depuis des années, j’ai eu l’impression d’avoir retrouvé la pièce manquante du puzzle de ma vie », a-t-il déclaré après la cérémonie de mercredi. « Je me suis senti beaucoup plus entier. »
Leur mère, Yaffa Golan, a expliqué que le fait de se retrouver entourée d’autres personnes « en peine, les larmes aux yeux, en pleurs » montrait combien la douleur de cette perte restait vive.
« Vous savez, pour nous, chaque jour reste le 7-Octobre. Même aujourd’hui », a-t-elle déclaré.
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