Dans le nord d’Israël ravagé par la guerre, des agriculteurs misent sur un futur plus doux
Avec plus de 40 000 hectares de terres agricoles détruites, dans le nord, lors du conflit avec le Hezbollah, le difficile retour des agriculteurs, sommés de sauver leurs vergers ou de repartir de zéro
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DISHON – Joseph Fahima se tient debout sous un soleil éclatant. Un temps idéal pour récolter les pommes dans l’exploitation familiale nichée dans les montagnes Naftali, dans le nord d’Israël, pile à temps pour Rosh HaShana, le Nouvel An juif.
Les pommes sont généralement servies avec du miel et consommées pendant le repas de fête, symboles d’une nouvelle année remplie de douceur, rappelle Fahima, qui est âgé de 68 ans.
Mais ses 800 pommiers sont morts, leurs branches rabougries et feuilles fanées, brunies.
Ces arbres sont des victimes de la guerre contre le groupe terroriste libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran, qui a commencé le 8 octobre 2023, au lendemain du pogrom commis dans le sud d’Israël par le Hamas qui a fait plus de 1 200 victimes, essentiellement des civils, et 251 otages enlevés dans la bande de Gaza. Cette attaque a déclenché la guerre en cours contre le Hamas à Gaza.
Les attaques quasi quotidiennes de missiles et de drones du Hezbollah, depuis le Liban, ont forcé près de 60 000 habitants originaires de 32 communautés du nord d’Israël à un exil temporaire, à commencer par Fahima et les siens.
Pendant toute la durée du conflit contre le Hezbollah, Fahima n’a pas pu mettre un pied dans ses 6 hectares de vergers qui produisent pommes, nectarines, poires et prunes, à deux kilomètres du Liban.
À un moment, un missile du Hezbollah est tombé dans ses pruniers et il n’a pu ni fertiliser ni arroser ses arbres jusqu’au jour de son retour chez lui, au moshav Dishon, suite au cessez-le-feu survenu le 27 novembre 2024.
« Je ne pouvais pas venir à cause des roquettes qui pleuvaient ; j’ai laissé tomber », confie Fahima au Times of Israel, un jeudi après-midi récent, au volant de sa voiture, sur un chemin de terre cahoteux qui serpente entre ses vergers.
Depuis son retour, l’agriculteur, qui est né dans le moshav – village coopératif agricole – s’occupe des arbres qui ont survécu à la guerre. Il lui faut couper tous les pommiers et en replanter de nouveaux. Malgré tout, assure-t-il, il reste optimiste.
« La guerre ne nous fera pas plier », assure-t-il. « Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre espoir. »
Premiers secours aux agriculteurs après la guerre
La guerre contre le Hezbollah a ravagé près de 40 000 hectares de vergers, vignobles et pâturages dans le nord d’Israël, explique Danielle Abraham, fondatrice et directrice exécutive de Volcani International Partnerships, à l’origine de l’ONG ReGrow Israel, créée quelques jours après le pogrom du 7 octobre 2023 pour aider les agriculteurs à replanter ce qui a été détruit.
Près de 95 % des pommes israéliennes sont cultivées dans le nord du pays. Au-delà de la guerre, la récolte de cette année a multiplié les problèmes.
Selon un rapport de hauts responsables du ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, la récolte de cette année est estimée à 60 000 tonnes environ, en baisse de 8 % par rapport aux 65 000 tonnes de la saison précédente, en raison de phénomènes météorologiques extrêmes et de politiques restrictives en matière d’eau.
« Nous apportons des soins d’urgence aux agriculteurs », explique au Times of Israel Amit Fahima, agronome et responsable des projets nord de ReGrow Israel, tout en se dirigeant vers les pommeraies entretenues par Levav Weinberg, un agriculteur de la deuxième génération, à Metula. Amit, qui est lui aussi un agriculteur de la deuxième génération, est le fils de Joseph Fahima.
Amit précise que ReGrow Israel, qui reçoit le soutien des Jewish Federation of North America (JFNA), du ministère de l’Agriculture et d’autres donateurs, a dans un premier temps aidé les fermes du Neguev occidental avant de se consacrer aujourd’hui à celles du nord.
« Notre approche consiste à aider les agriculteurs à reprendre leurs activités plus forts que jamais et devenir plus résilients », poursuit-il « Pendant la guerre, j’ai été témoin du danger et de l’impuissance. Et aujourd’hui, je peux donner un coup de main aux agriculteurs. Le fait de pouvoir réparer est un privilège. »
Travailler la terre non loin d’une plaque tournante du Hezbollah
Avec son cousin, Lior Weinberg, Levav Weinberg s’occupe de 121 hectares de vergers, surtout des pommiers et des avocatiers. Un tiers environ de leurs vergers ont été endommagés pendant la guerre.
Weinberg passe devant des rangées de pommes Gala et Pink Lady avant d’arrêter sa camionnette rouge et d’en sortir pour cueillir des Granny Smith.
À moins de 100 mètres de là se trouve le mur frontalier en ciment qui sépare Israël du village libanais de Kafr Kila, lequel était, avant l’incursion israélienne de septembre dernier, une plaque tournante du Hezbollah et la rampe de lancement d’un projet d’invasion d’Israël.
Les attaques du Hezbollah contre Israël entre octobre 2023 et le cessez-le-feu de novembre 2024 ont entraîné la mort de 46 civils. En outre, 80 soldats et réservistes de Tsahal sont morts dans des escarmouches transfrontalières, des attaques contre Israël et l’opération terrestre qui s’en est suivi.
Il est étrange de se trouver en plein jour dans les vergers après plus d’un an d’attaques transfrontalières de roquettes et de drones, confie Weinberg, commandant d’un bataillon de réserve de Tsahal.
Pendant la guerre, il ne venait en effet dans les vergers pour s’occuper de ses arbres qu’une fois la nuit tombée, ou alors dans le brouillard – mais toujours en prenant des risques.
« Nous avons bravé les tirs pour pouvoir nous occuper au minimum de nos arbres », poursuit-il. « Ces arbres sont un peu comme mes enfants. Je ne pouvais pas m’imaginer les abandonner. »
Tout autour des vergers se trouvent des parcelles aujourd’hui vides, dans lesquelles se dressaient autrefois des arbres fertiles, détruits soit par les roquettes, soit faute de soins pendant la guerre. Certains agriculteurs ont risqué leur vie pour sauver leurs cultures. D’autres ont préféré jouer la carte de la sécurité.
Le grand ami de Weinberg, son collègue agriculteur Omer Weinstein, était parti cueillir des pommes dans ses vergers voisins, le 31 octobre 2024, lorsque ses quatre ouvriers thaïlandais et lui ont été tués par des roquettes du Hezbollah.
« La reconstruction, après la guerre, est longue », confie Weinberg, près du monument en hommage à Weinstein, au sommet d’une colline avec une vue qui s’étend au-delà des vergers détruits, dans la vallée de Hula en contrebas. « Nous sommes toujours en mode survie. Nous traitons les arbres, nous leur donnons de l’eau, nous les protégeons des maladies, mais il faudra pas moins de quatre à cinq ans avant que les vergers se rétablissent. Nous gérons les conséquences de la catastrophe. »
Pendant la durée de la guerre, sa femme, leurs trois enfants et lui ont déménagé à six reprises. Les enfants ont changé d’école six fois. Aujourdhui, la famille est revenue à Metula pour « reconstruire les vergers et la communauté, mieux qu’avant ».
C’est le fait de penser à l’après-guerre qui lui a donné des forces, pendant la guerre, confie Weinberg.
« A un jour comme celui-ci », conclut-il.
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