« Des avis différents, mais un cœur uni » : un rassemblement prône l’unité pour soutenir les otages
Quelque 150 personnes se sont réunies près de la porte de Jaffa pour exprimer leur solidarité avec les otages, au-delà des divisions politiques et idéologiques en Israël
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Depuis le pogrom perpétré le 7 octobre 2023 par le groupe terroriste palestinien du Hamas, Shaul Stampfer, 77 ans, a participé à de nombreuses manifestations pour attirer l’attention sur le sort des otages toujours aux mains des terroristes dans la bande de Gaza.
Mais il a confié qu’il se sentait souvent mal à l’aise face à ce qu’il qualifie « d’analyse simpliste de la situation » proposée par les organisateurs, ainsi qu’avec le ton conflictuel de certaines manifestations.
« Il existe aujourd’hui en Israël de nombreuses opinions politiques différentes, mais une seule préoccupation nous unit : celle du sort des otages », a-t-il déclaré. « Les désaccords portent sur les tactiques et les stratégies à adopter pour mettre fin aux combats, mais ce que nous voulons tous, c’est les voir rentrer chez eux. »
Alors que des manifestations réclamant un accord sur les otages et la fin de la guerre se tenaient mercredi à Jérusalem dans le cadre d’une « journée de perturbation », Stampfer a choisi de participer à un rassemblement destiné à offrir un espace à ceux qui souhaitaient exprimer leur solidarité avec les otages sans défendre de programme politique particulier.
« C’est un événement extraordinaire », a-t-il affirmé.
Stampfer, son épouse et les autres participants se sont rassemblés près de la porte de Jaffa, juste à l’extérieur de la Vieille Ville de Jérusalem, avec des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Des avis différents, mais un cœur uni — Tous les otages à la maison.
« Nous savions qu’aujourd’hui serait une journée de manifestations à Jérusalem et que les émotions seraient à fleur de peau, avec des gens de tous bords en colère », a expliqué Rachel Sharansky Danziger, éducatrice et militante à Jérusalem, organisatrice du rassemblement et fille de l’ancien dissident soviétique Natan Sharansky.
« Notre objectif était de créer un espace où des personnes aux opinions très différentes – qu’il s’agisse de la politique du gouvernement ou même de la légitimité de manifester – puissent se retrouver et exprimer ce qui nous unit : le désir de voir les otages rentrer chez eux », a-t-elle déclaré au Times of Israel lors d’un entretien téléphonique avant l’événement.
Sharansky Danziger a lancé cette initiative avec son collègue et activiste de Jérusalem, Zvi Zussman.
Zussman s’est engagé dans le mouvement pour la libération des otages aussitôt après le 7 octobre. Moins de deux mois plus tard, en décembre 2023, son fils Ben a été tué alors qu’il combattait à Gaza.
« À titre personnel, je pense qu’il est évident que les otages doivent être libérés. Obtenir leur libération constituerait à mes yeux notre véritable victoire sur le Hamas ; après cela, nous trouverons bien un moyen de les contraindre à déposer les armes et à renoncer au pouvoir », a-t-il déclaré au Times of Israel en marge du rassemblement « Des avis différents, mais un cœur uni ».
« Je m’oppose de différentes manières au gouvernement, dont les choix actuels mettent malheureusement les otages en danger », a-t-il ajouté.
De son côté, Sharansky Danziger s’est dite sceptique quant à l’efficacité des manifestations en pleine guerre.
« Je pense que les rassemblements dirigés contre le gouvernement, même s’ils peuvent avoir des effets positifs – comme redonner espoir aux otages encore détenus à Gaza, qui en entendent parler et savent qu’on ne les a pas oubliés –, risquent aussi d’encourager le Hamas à refuser de céder », a-t-elle déclaré. « Je crains que les effets négatifs ne l’emportent sur les bénéfices, et c’est pourquoi je ne participe pas à ces manifestations. »
Bien qu’ayant des opinions différentes, Zussman et Sharansky Danziger ont jugé essentiel, face à une société israélienne de plus en plus polarisée par la guerre à Gaza, de montrer que l’unité autour de valeurs communes restait possible.
« Nous voulions affirmer clairement et sans ambiguïté que oui, nous avons des opinions différentes et que nous ne sommes pas d’accord sur la manière d’obtenir la libération des otages, mais que nous sommes tous d’accord sur le fait que les ramener chez eux est primordial aux yeux de tous, et c’est pourquoi nous avons choisi de nous rassembler », a déclaré Sharansky Danziger.
« Tous se sont sentis les bienvenus »
Afin de ne pas détourner l’attention de l’événement, Zussman et Sharansky Danziger ont choisi de limiter les discours et de mettre l’accent sur le chant.
Les participants ont entonné des chansons emblématiques israéliennes, parmi lesquelles Yerushalaim shel zahav (Jérusalem en or), Al Kol Eleh (Pour toutes ces choses ) et la prière pour les captifs, Achenu (Nos frères).
Quelque 150 personnes ont assisté au rassemblement, et beaucoup portaient des kippas brodées ou tricotées, typiques du courant nationaliste religieux.
Jusqu’à récemment, Zussman, lui aussi issu du courant nationaliste religieux comme Sharansky Danziger, estimait que sa mission essentielle était de mobiliser sa communauté afin de soutenir la cause des otages.
« J’ai organisé des rassemblements de prière et publié un livret d’essais rédigés par d’éminentes personnalités religieuses nationales », a-t-il expliqué. « Mais ce n’est pas le but du rassemblement d’aujourd’hui. Il y a ici des participants laïques et religieux, de droite et de gauche, et l’important est que tout le monde se sente à l’aise pour venir. »
La mémoire de son fils est désormais une source de force pour Zussman.
« Cela me donne une voix plus forte et c’est un moyen de partager mes valeurs, celles avec lesquelles Ben a grandi et auxquelles il croyait », a-t-il déclaré.
Sharansky Danziger a estimé que l’urgence actuelle rappelait l’expérience tragique et rédemptrice de sa famille, lorsque la communauté juive mondiale s’était mobilisée pour faire libérer son père, Natan Sharansky, après neuf ans passés dans un goulag soviétique.
« Au nom de la responsabilité mutuelle, les Juifs du monde entier se sont battus pour les Juifs de l’Union soviétique, y compris mes parents, sans lesquels je n’aurais jamais vu le jour », a-t-elle déclaré.
Pour clôturer l’événement, Sharansky Danziger a lu les noms des 48 otages toujours détenus à Gaza. Vingt d’entre eux seraient toujours en vie, l’état de santé de deux suscitait de vives inquiétudes. Les dépouilles des 28 autres doivent être rapatriées afin qu’elles puissent recevoir une sépulture digne.
« Je suis venue à ce rassemblement parce que je m’identifie à ses valeurs », a confié Shosh, 75 ans, au Times of Israel, alors qu’elle quittait les lieux (elle a refusé de donner son nom de famille). « Je ne participe pas aux grandes manifestations, car je doute de leur efficacité et je n’en partage pas le caractère extrémiste, mais je ressens une profonde douleur face à tout ce qui se passe dans le pays. »
« Je pense que le message de cet événement est le bon : quelles que soient les opinions politiques, tous les otages auraient dû être libérés dès le 8 octobre 2023 », a-t-elle ajouté.
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