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Des enseignants juifs de NY se disent « trahis » par le soutien de leur syndicat à Mamdani

Ils espéraient que le collectif ne soutiendrait pas sa candidature aux municipales, lesquelles s'annoncent conflictuelles ; ils envisagent de ne plus payer leur cotisation

Le président de l'UFT, Michael Mulgrew, prend la parole aux côtés du candidat aux élections municipales à New York, Zohran Mamdani, lors d'une conférence de presse annonçant le soutien de l'UFT à la candidature de Mamdani, au siège de l'UFT, le 9 juillet 2025, à New York. (Michael M. Santiago/Getty Images via la JTA)
Le président de l'UFT, Michael Mulgrew, prend la parole aux côtés du candidat aux élections municipales à New York, Zohran Mamdani, lors d'une conférence de presse annonçant le soutien de l'UFT à la candidature de Mamdani, au siège de l'UFT, le 9 juillet 2025, à New York. (Michael M. Santiago/Getty Images via la JTA)

JTA — Moshe Spern pensait que Michael Mulgrew l’écouterait.

Membre depuis 14 ans de la United Federation of Teachers, le syndicat des enseignants de la ville de New York, il s’est démené pour que le président sortant de l’UFT soit réélu en mai dernier et a écrit dans une lettre ouverte qu’il pensait que Mulgrew « comprenait les problèmes urgents auxquels sont confrontés les enseignants juifs en 2025 ».

Mulgrew a finalement remporté l’élection la plus serrée de toute l’histoire de l’UFT contre deux rivaux progressistes qui avaient publiquement critiqué Israël.

Aussi, lorsqu’il s’est agi pour le syndicat de se positionner en faveur de l’un des candidats aux municipales de New York, Spern a pensé que Mulgrew tiendrait compte de son conseil de s’abstenir de tout choix. C’est surtout Zohran Mamdani, le favori, qui l’inquiétait, lui qui est critiqué par les organisations et dirigeants juifs pour ses reproches incessants envers Israël et son soutien au mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions.

« Je ne dirais jamais au grand jamais que Mamdani est antisémite », assure Spern en expliquant que, pour dire une pareille chose, il faut « parler avec une personne ou être témoins de certaines choses. En revanche, Mamdani est un antisioniste déclaré, c’est indubitable. »

Le mois dernier, l’UFT a pris sa décision : elle soutient Mamdani pour les municipales.

Pour Spern, qui est à la tête d’une organisation de défense de 250 membres – United Jewish Teachers -, c’est un coup dur.

« Nous avons aidé Mulgrew à se faire élire, ce qui nous donne aujourd’hui l’impression d’une trahison », affirme Spern, qui est professeur d’éducation spécialisée et d’histoire dans un lycée du Queens et administrateur d’une école juive l’après-midi.

Il n’est pas le seul membre de l’UFT à penser de la sorte. Au sein de ce syndicat fort de 200 000 membres, un temps bastion des enseignants juifs, lesquels lui ont donné plusieurs présidents depuis sa création en 1960 jusqu’à l’élection de Mulgrew, en 2009, des enseignants juifs ressentent un sentiment mêlé de trahison et de peur depuis que leur syndicat s’est rangé derrière un candidat qu’ils estiment dangereux pour eux.

« L’inquiétude n’est pas seulement d’ordre politique », explique Karen Feldman, ex-enseignante dans une école publique de New York et cofondatrice de NYCPS Alliance, une organisation de protection des enseignants juifs qui compte plus de 2 500 membres. « Il en va aussi de la sécurité des enseignants juifs, de la politisation des salles de classe et de l’érosion de la confiance en un syndicat supposé protéger les enseignants – et non promouvoir un programme radical. Nous espérions que notre syndicat ne prendrait position pour personne pour ces élections particulièrement conflictuelles et houleuses. »

Moshe Spern et Karen Feldman prennent la parole lors d’un webinaire organisé le 18 juillet 2025, suivi par 100 participants, pour expliquer de quelle manière les enseignants peuvent refuser de payer leur cotisation à la United Federation of Teachers. (Capture d’écran via la JTA)

Mais il existe des enseignants juifs qui se réjouissent de la prise de position de leur syndicat et pensent que Mamdani est le meilleur candidat – lorsqu’ils ne partagent pas purement et simplement leurs vues sur Israël.

L’UFT ne s’est finalement pas déterminée au moment des primaires, alors qu’elle en avait initialement l’intention, en raison des dissensions entre ses membres qui ne lui ont pas permis de parvenir à un consensus, notamment sur les questions liées à Israël et à la guerre à Gaza.

A bien y regarder, ce soutien à Mamdani n’est pas vraiment surprenant : il est en effet le candidat du parti démocrate et se dit favorable à un interventionnisme réduit de la mairie dans les questions d’éducation – très décrié par le syndicat – de façon à redonner du pouvoir aux enseignants. Il a en outre fait ses études dans le secteur public new-yorkais et sa campagne tourne autour des problèmes de portefeuille qui touchent les employés municipaux, enseignants compris.

Le candidat démocrate à la mairie, Zohran Mamdani, s’exprimant lors d’un rassemblement au siège du Hotel & Gaming Trades Council, à New York, le 2 juillet 2025. (Crédit : Richard Drew/AP)

« Nous devons faire de New York une ville plus sûre et plus abordable pour les familles de la classe ouvrière et de la classe moyenne. Nous devons rendre le travail des enseignants et infirmières plus attrayant, avec des salaires plus élevés et plus d’avantages sociaux, de façon à retenir ceux qui sont déjà en poste. Nous avons besoin d’un maire capable de comprendre la tâche qui nous attend, pour nous aider à y parvenir », a déclaré Mulgrew par voie de communiqué suite à l’annonce de l’organe décisionnel du syndicat concernant le soutien à Mamdani. « L’Assemblée des délégués de l’UFT a considéré que Zohran Mamdani pouvait être ce partenaire s’il parvenait à se faire élire à la mairie de New York. »

Par le passé, il est arrivé que le syndicat ne prenne pas position lors des élections municipales. Ce fut notamment le cas en 2005 et 2009, lorsque Michael Bloomberg s’est présenté à sa propre réélection, et avant cela, dans les années 1990, rappelle le média d’information sur les questions d’enseignement Chalkbeat.

Certains membres de l’UFT en veulent au syndicat et diffusent des messages sur la façon de ne pas régler leur cotisation à la branche politique du syndicat, connue sous le nom de Comité pour l’éducation politique ou COPE. D’autres envisagent carrément de ne pas régler leur cotisation, ce qui leur est permis depuis une décision de la Cour suprême de 2018 qui interdit l’inscription obligatoire dans les registres des syndicats du secteur public.

Sur les réseaux sociaux, certains enseignants renvoient à un site Internet UFT expliquant aux enseignants comment ne pas régler leur cotisation au COPE.

Selon Spern – qui a soutenu le maire Eric Adams lors des élections –, des « centaines » d’enseignants ont refusé de verser leur cotisation au programme COPE et une centaine d’autres envisagent de ne pas payer leur cotisation.

Illustration : Des enseignants, lors d’un déjeuner de l’UFT, posent pour une photo à l’Empire State Plaza Convention Center, le 4 mars 2015, à Albany, dans l’État de New York. (Crédit : AP Photo/Mike Groll)

Il estime que leur nombre va encore augmenter.

Le mois dernier, il a organisé un webinaire avec Feldman qui a attiré plus de 100 participants auxquels il a expliqué que faire pour ne plus régler leur cotisation. Et la semaine dernière, il a publié un article dans 5 Towns Central, lu dans la région de Long Island, très fréquentée par de nombreux Juifs et membres du syndicat. Il y a annoncé que les membres de l’UFT organisaient un mouvement pour peser sur les cotisations suite à la décision de soutenir Mamdani.

« De nombreux enseignements ne savent pas s’ils doivent continuer ou non à payer leur cotisation, maintenant qu’ils voient que le syndicat les a en quelque sorte abandonnés », explique Spern lors d’une interview. « Ce sont les émotions bien bien réelles et brutales des enseignants juifs, qui se demandent s’ils versent des cotisations à la bonne organisation. »

Certains enseignants ont envoyé une lettre au syndicat pour dire leur intention de ne pas verser leur cotisation pour l’année scolaire à venir : c’est le cas de cette ergothérapeute orthodoxe moderne qui travaille dans les écoles de la ville depuis neuf ans et a un fils qui sert dans l’armée israélienne.

« Cela montre non seulement qu’ils sont sans doute stupides et corrompus, mais aussi qu’ils n’ont absolument aucun respect pour les gens comme moi, aucun respect pour mes besoins », confie l’éducatrice qui témoigne sous couvert d’anonymat, lors d’une interview sur le syndicat, de peur de perdre son emploi. « C’est une personne qui me déteste et qui menace mon peuple et ma patrie qui a été choisi. »

D’autres enseignants juifs new-yorkais ne voient aucun problème à rester dans ce syndicat, du moins sur la question du soutien aux municipales.

Melissa Turoff, qui enseigne au Bard High School Early College de Manhattan, se dit « ravie » d’apprendre le soutien apporté par le syndicat à Mamdani.

« Je pense que les syndicats doivent soutenir des candidats avec des projets clairement progressistes pour New York, comme c’est le cas de Mamdani », commente-t-elle.

Turoff, dont la grand-mère était israélienne, a étudié l’histoire de l’impérialisme en Israël et au Moyen-Orient, assisté à des réunions de Jewish Voice for Peace, une organisation antisioniste, et de Jews for Racial and Economic Justice, et signé une lettre ouverte condamnant Israël pour sa guerre de 2021 contre le Hamas à Gaza. Elle assure comprendre les inquiétudes de certains enseignants juifs mais estime injuste de focaliser sur les seules déclarations de Mamdani à propos d’Israël.

Des candidats à la mairie de New York lors d’un forum organisé par la synagogue B’nai Jeshurun, dans l’Upper West Side de Manhattan, le 8 juin 2025. De gauche à droite : le contrôleur de la ville de New York, Brad Lander, le membre de l’Assemblée de l’État de New York, Zohran Mamdani et l’ex-contrôleur Scott Stringer. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

« Ces craintes peuvent être fondées, mais les accusations d’antisémitisme ne sont pas justes de mon point de vue », poursuit Turoff. « J’ai l’impression que nos véritables ennemis sont la droite fasciste et que le fait de semer les divisions entre personnes progressistes partageant les mêmes idées est porteur de divisions. En tant qu’enseignants juifs épris de droits de l’homme et conscients de notre histoire, nous ne devrions pas tomber dans ce piège. »

D’autres se disent plus pragmatiques sur la question.

« Nous représentons ces enfants et cette ville et Mamdani est sans doute le meilleur choix pour les écoles », estime Arthur Goldstein, vice-président juif de la section des enseignants retraités du syndicat, avec droit de vote lors des élections.

« Je n’ai pas entendu beaucoup de choses sur ses intentions envers les écoles : il faudra voir, mais je le préfère aux autres candidats », ajoute Goldstein, militant aguerri d’une faction du syndicat qui a critiqué la récente décision. « Voyons les choses en face : Adams est redevable à Trump. André Cuomo est un sociopathe qui a fait des horreurs avec les écoles. (Cuomo s’est attiré les foudres de nombreux enseignants, il y a de cela une dizaine d’années, en tentant de rendre plus exigeante l’évaluation des enseignants.)

Dans l’établissement de Goldstein, le lycée Francis Lewis dans le Queens, où il enseigne à mi-temps depuis qu’il a fait valoir ses droits à la retraite après 38 ans de bons et loyaux services en tant qu’enseignant, la plupart des enseignants juifs ressentaient la même chose.

« Je crois que la plupart des enseignants juifs sont un peu comme moi : ils n’ont rien en particulier contre Mamdani et ils ne le présentent pas comme un antisémite – ce que je ne crois pas qu’il soit », ajoute-t-il encore.

Selon les sondages, Mamdani serait en tête au sein de l’électorat juif, mais d’autres candidats rallient la majorité des suffrages. Selon un sondage publié la semaine dernière, de nombreux électeurs juifs s’inquiètent des prises de position de Mamdani à propos d’Israël et des risques liés à leur sécurité, s’il venait à être lu.

Spern précise que ses réserves portent tout autant sur le processus d’approbation du syndicat que sur la personne sur laquelle a porté son choix. Il estime que les enseignants juifs auraient dû être davantage consultés.

Michael Mulgrew, président de la United Federation of Teachers, syndicat enseignant de New York, répond aux questions des journalistes lors d’une conférence de presse, le 4 octobre 2021, à Manhattan. (AP Photo/John Minchillo)

« C’est le processus au terme duquel l’UFT l’a approuvé qui nous fait que ce n’était pas une façon démocratique de prendre en compte les intérêts des enseignants juifs qui avaient soutenu le président actuel, Michael Mulgrew, au moment de sa réélection », poursuit Spern.

« Nous avons estimé que faute de dialogue et faute d’échange permettant de s’assurer que les enseignants juifs seraient en sécurité en cas d’élection de Mamdani, ce message devait être envoyé à l’UFT. La seule et unique façon de le faire passe par le portefeuille », ajoute-t-il.

Le porte-parole de l’UFT a fait savoir, par voie de communiqué, que le choix de Mamdani avait été précédé d’une discussion entre délégués sur le candidat susceptible d’être le « meilleur partenaire pour porter les priorités des membres de l’UFT ». Ce qui ne veut pas dire que le syndicat ne s’occupera pas de ceux qui ont une autre opinion, assure le porte-parole.

« L’UFT est une instance qui fonctionne selon les principes de la démocratie représentative, avec pour conséquence le fait que ce soit la majorité qui l’emporte », peut-on lire dans ce communiqué.

« Mais nous restons vigilants afin de prendre les mesures qui s’imposent pour protéger les droits des personnes dont le vote est minoritaire sur une question. La protection de nos membres, de leurs proches et des communautés dont ils sont issus est au cœur-même de notre mission. »

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