En Israël, des failles bloquent l’accès de survivants de la Shoah aux soins médicaux – étude
Selon l'organisation LeMaanam, 28 % des 110 000 survivants israéliens sont confinés chez eux, avec des difficultés à accéder aux services, une situation aggravée par la transition numérique
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Betty Boiangiu, 93 ans, survivante de la Shoah originaire de Roumanie, passe la plus grande partie de sa journée assise près de la fenêtre de son salon, à contempler la rue, deux étages plus bas.
Souffrant de différentes affections, elle a besoin de soins médicaux constants. Mais, affirme-t-elle, sans l’aide de ses deux enfants et de son aide-soignante, elle ne serait pas en mesure de se rendre chez le médecin, ni d’utiliser les outils numériques pour prendre des rendez-vous médicaux.
« Je n’ai pas d’application, et quand on me demande de cliquer ici ou là, je suis perdue », a déclaré mardi au Times of Israel Boiangiu, interrogée à son domicile, dans la ville côtière de Nahariya. « Ou alors ils parlent si vite que je ne comprends pas ce qu’ils disent. »
Alors que le monde entier célèbre la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, Raz Avitan Katz, PDG de l’organisation à but non lucratif LeMaanam (« Pour leur bien » en hébreu), qui propose des visites médicales gratuites à domicile aux survivants de la Shoah, a indiqué que, selon une récente étude médicale de l’organisation qui a porté sur les quelque 110 000 survivants de la Shoah qui vivent en Israël, beaucoup renoncent à se faire soigner, en raison d’une hausse de 30 % des difficultés qu’ils rencontrent pour accéder aux soins médicaux, les coordonner et les mettre en œuvre.
« L’âge moyen des rescapés est de 86 ans », a précisé Katz au Times of Israel par téléphone. « Environ 28 % des survivants sont considérés comme confinés à domicile. Nombre d’entre eux vivent dans des bâtiments sans ascenseur. Pour les personnes qui vivent seules, l’organisation d’un transport chez le médecin est un véritable casse-tête. Elles ont peur de tomber, et elles renoncent donc complètement à se faire soigner. »
D’après Katz, la transition vers les systèmes numériques a laissé sur le bord de la route des personnes comme Boiangiu, créant « une exclusion de facto d’une population qui rencontre des difficultés à utiliser les applications et les outils en ligne ».
L’accumulation des obstacles provoque le report des examens, l’absence de suivi médical et l’aggravation de l’état de santé.
Le fait de vivre dans les régions périphériques du pays crée également des difficultés, a ajouté Katz. Dans le nord et dans le sud d’Israël, on ne dénombre en effet que 2,7 médecins spécialistes pour 1 000 habitants, contre 5,5 dans le centre.
L’étude souligne également une tendance observée dans le domaine de la gériatrie.
« Quand il s’agit de consulter un spécialiste, les personnes âgées de 80 ans et plus attendent en moyenne trois semaines de plus que les personnes âgées de 20 ans, pour un même besoin médical », a expliqué Katz. En cas d’urgence, les délais d’attente et la complexité opérationnelle peuvent s’allonger encore davantage. Le retard lui-même devient alors un facteur de risque.
« Les données révèlent que la pénurie de spécialistes, les failles en matière d’accessibilité et la négligence médicale poussent de nombreux survivants à renoncer à se faire soigner. Il s’agit d’une réalité, qui ne doit pas être acceptée », a-t-il poursuivi.
413 survivants israéliens de la Shoah ont plus de 100 ans
Selon les estimations actuelles du Bureau central des statistiques, quelque 12 000 survivants sont décédés en 2025. L’âge moyen des rescapés de la Shoah bénéficiant des services du ministère des Affaires sociales et des Services sociaux est de 87 ans. Quatre-cent-treize d’entre eux ont plus de 100 ans.
Les données montrent qu’environ 37 % des survivants de la Shoah, soit un total d’environ 41 800 personnes, sont reconnus dans le système des services sociaux, et bénéficient des services du ministère et des autorités locales.
Après le pogrom du 7 octobre 2023 perpétré par les terroristes du Hamas et la guerre qui a suivi à Gaza, le ministère des Affaires sociales et des Services sociaux a entrepris de mettre en place des services d’aide spéciaux pour les personnes âgées, notamment les survivants de la Shoah, ayant été blessées ou contraintes d’évacuer leur domicile.
Le ministère et les autorités locales s’efforcent également de contacter tous les survivants de la Shoah afin d’évaluer leurs besoins, de leur faciliter l’accès aux services et de les aider à faire valoir leurs droits.
Outre les autorités gouvernementales, des organisations comme Latet envoient des bénévoles chez les rescapés de la Shoah afin de leur fournir des repas nutritifs et des soins dentaires, s’assurant également que leur domicile leur reste accessible et qu’il est adapté à leurs capacités physiques, notamment en effectuant des rénovations à cette fin.
L’organisation LeMaanam a vu le jour en 2020, lorsque la Dr Tamara Kolitz a pris conscience des difficultés rencontrées par les rescapés de la Shoah confinés et isolés chez eux dans le contexte de la pandémie de COVID-19.
Endocrinologue à l’hôpital de Tel Aviv-Sourasky et dans les services de santé Maccabi, elle a demandé à certains de ses collègues s’ils accepteraient de faire du bénévolat pour effectuer des visites à domicile. C’est ainsi qu’est née son initiative.
Depuis lors, l’organisation à but non lucratif s’est développée. Elle compte aujourd’hui quelque 2 000 bénévoles médicaux, parmi lesquels des médecins, des ergothérapeutes et des travailleurs sociaux, qui ont prodigué plus de 20 000 soins et traitements.
Des ophtalmologues, par exemple, se rendent au domicile de survivants pour les examiner. Un centre d’appel ouvert en novembre 2020 et géré par des étudiants en médecine répond aux questions des appelants.
L’organisation bénéficie des soutiens de la Claims Conference, de donateurs privés et de fonds provenant de l’Institut national d’assurance d’Israël.
LeMaanam propose en outre un système de transport privé, qui a pris en charge plus de 5 000 transports médicaux de survivants de la Shoah depuis les régions périphériques vers des spécialistes situés dans le centre. Chaque trajet est « un événement médical en soi », a souligné Katz. En effet, l’effort physique, les problèmes de mobilité et les autres complications liés au transport vers un spécialiste médical pourraient, sans l’aide de l’organisation, mettre en danger la vie du patient.
« À l’occasion de la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, il est important de rappeler que notre responsabilité envers les survivants de la Shoah ne se limite pas au souvenir et à la commémoration », a affirmé Katz. « Notre responsabilité est mise à l’épreuve par notre capacité à garantir aux survivants des soins médicaux accessibles, continus et respectueux. »
Katz a exhorté tous les rescapés de la Shoah, ainsi que ceux qui connaissent leur situation, à faire appel à l’organisation s’ils n’ont personne pour les accompagner à leurs rendez-vous médicaux.
« S’il existe un obstacle géographique ou numérique, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour aider les survivants à ne pas renoncer à leur traitement ni à leurs soins », a promis Katz.
la Communauté du Times of Israël !







