Des groupes juifs et LGBTQ américains dénoncent le harcèlement subi par Scott Wiener
Le candidat gay au Congrès a été attaqué par des anti-sionistes durant un événement transgenre, attisant encore les tensions au sein de la gauche autour des questions d'Israël et de l'antisémitisme
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JTA — De plus en plus de personnalités juives, démocrates et LGBTQ dénoncent le harcèlement dont a été victime Scott Wiener, candidat juif au Congrès, de la part d’anti-sionistes lors de la Trans March de San Francisco, vendredi.
Interrogé à ce sujet, l’adversaire politique de Wiener n’a toutefois pas condamné directement l’incident. Il s’est contenté de dénoncer plus généralement les « menaces de violence et les discours de haine ».
Wiener a été filmé pendant la marche, alors que plusieurs militants, dont l’homme qui le filmait, l’avaient encerclé et agressé verbalement au sujet de Gaza et d’Israël. Il a finalement quitté les lieux. Cet incident fait suite à un autre au cours duquel Wiener avait été accusé de soutien au « génocide » alors qu’il se trouvait dans un bar sportif, et précède le harcèlement anti-sioniste, filmé également, dont avait été victime un autre homme politique juif LGBTQ local lors d’une marche de la Fierté de San Francisco.
Ces incidents ont contribué à relancer le débat sur l’inclusion des Juifs dans les milieux LGBTQ et autres cercles de gauche, dans un contexte où les militants anti-sionistes sont de plus en plus nombreux et virulents.
Le site d’information Assigned Media, très suivi par la communauté trans, a qualifié d’ « antisémitisme de gauche » le harcèlement dont a été victime Wiener lors de la Trans March, mené par le militant local Dimitry Yakoushkin.
« Nous devons accepter le fait que Yakoushkin a réussi à provoquer un déferlement de rage contre un homme juif en évoquant Gaza », a écrit lundi l’auteur, Evan Urquhart. « La seule explication à cela est l’antisémitisme. Parmi les participants à la Trans Pride March, suffisamment de personnes étaient prêtes à considérer un homme juif comme un représentant d’Israël, ce qui a permis à Yakoushkin de les pousser à réagir avec virulence pour servir ses propres intérêts. »
Des dons ont également afflué vers la campagne de Wiener à la suite de cet incident. Son équipe de campagne a déclaré au San Francisco Standard qu’il avait enregistré son plus grand nombre de dons en une seule journée après cet épisode.
Wiener a estimé qu’Israël avait commis un « génocide » à Gaza sans pour autant renoncer à son identité sioniste libérale.
Wiener, qui est homosexuel, se présente pour le siège laissé vacant par l’ancienne présidente de la Chambre des représentants américaine, Nancy Pelosi. Il a écrit dans une longue déclaration qu’il avait été chassé de la Trans March, événement annuel, alors qu’il se rendait à un Pride Shabbat. C’était, a-t-il précisé, la première fois qu’il avait dû renoncer à participer à cet événement depuis sa création voici 22 ans.
« Ils se sont montrés si agressifs, aussi bien physiquement que verbalement, qu’il m’était impossible de rester en sécurité dans le parc », a expliqué Wiener dans son communiqué. Il a ajouté que les manifestants avaient « tenu des propos sur les ‘maîtres israéliens’ qui me manipulaient », entre autres déclarations fausses, excessives et ignobles.
Dans une interview accordée lundi à CNN, Wiener a indiqué qu’il pensait avoir été pris pour cible en raison de son appartenance à la communauté juive.
« Il y avait dans ce défilé des élus qui n’ont pas adopté les positions que j’ai prises, et eux n’ont pas été importunés. Je suis le seul à avoir été visé », a-t-il fait remarquer à CNN. « Alors, était-ce de l’antisémitisme ? Absolument. Et c’est véritablement tragique. »
Le groupe parlementaire démocrate du Sénat de Californie a condamné ces actes de harcèlement, qu’il a qualifiés d’ « inacceptables » et a décrit Wiener comme « un courageux défenseur de la communauté LGBTQ+, même quand cela n’était pas politiquement avantageux ». Le groupe parlementaire n’a toutefois fait aucune mention d’Israël ni d’antisémitisme dans son communiqué.
« Nous sommes profondément attristés et écœurés que le sénateur Scott Wiener ait été victime d’insultes antisémites, de harcèlement et d’intimidation physique alors qu’il souhaitait participer à la Trans March », a déploré Jaimie Krass, présidente de l’organisation juive LGBTQ Keshet, dans un communiqué adressé à la Jewish Telegraphic Agency.
Le maire juif de San Francisco, Daniel Lurie, le conseil local des relations communautaires juives (JCRC) et le Nexus Project, un groupe national de surveillance de l’antisémitisme moins intransigeant que l’Anti-Defamation League face aux critiques anti-sionistes, ont tous condamné le harcèlement dont a été victime Wiener, le qualifiant d’antisémite.
« Si nous nous sommes montrés critiques envers les déclarations de Wiener sur Israël, nous avons également constaté que même lui n’est pas à l’abri de la colère des militants du DSA, que rien ne peut apaiser », a déclaré Tali Klima, porte-parole de la Coalition juive de la Bay Area Jewish Coalition, dans un communiqué adressé à la JTA, dans lequel elle a utilisé l’abréviation désignant les Socialistes démocrates d’Amérique (DSA).
« Il ne s’agit pas de critiques envers Israël ni de préoccupations humanitaires. Il s’agit de haine des Juifs, pure et simple, qui vise à évincer les élus juifs de la vie publique », a ajouté Klima.
Lors d’un petit-déjeuner de la Pride organisé dans la matinée de dimanche par un groupe démocrate LGBTQ historique de San Francisco, d’autres dirigeants locaux et nationaux ont exprimé leur soutien à Wiener.
« La haine n’a pas sa place dans notre communauté », a affirmé Imani Rupert-Gordon, présidente du Centre national pour les droits LGBTQ, à l’adresse de Wiener au cours de ce petit-déjeuner, a rapporté le Bay Area Reporter, un site d’information LGBTQ local. « Scott, tu as été victime d’un traitement épouvantable. »
Le président du San Francisco Board of Supervisors, Rafael Mandelson, qui est gay et juif, a estimé que ce qui était arrivé à Wiener « touche bien trop souvent les élus juifs homosexuels. Il s’agit de haine envers les Juifs. C’est inacceptable. » Wiener lui-même n’a fait mention d’aucun de ces deux incidents de harcèlement dans le discours qu’il a prononcé lors du petit-déjeuner, a précisé le Reporter.
Un porte-parole de Wiener n’a pas souhaité répondre à la demande de commentaires supplémentaires de la JTA. Une demande de commentaires adressée à la Trans March est également restée sans réponse. L’organisation a publié un communiqué concernant un autre incident, au cours duquel plusieurs participants ont été arrêtés après une altercation avec les forces de l’ordre.
Le fait que Wiener ait été pris pour cible est d’autant plus remarquable qu’il est salué depuis des années au niveau local comme un parlementaire très engagé en faveur des droits des personnes trans – ce que reconnaît Yakoushkin, qui, dans une vidéo qu’il a filmée et diffusée, crie : « Votre politique sur le génocide à Gaza est terrible « , tandis que d’autres hurlent des injures au sénateur de l’État.
« C’est triste car, même s’il a proposé de bonnes lois en faveur des personnes queer, il reste en fin de compte un larbin du centre-droit partisan du génocide », a déclaré Yakoushkin sur les réseaux sociaux, dans le message accompagnant la vidéo dans laquelle on le voit harceler Wiener. Sur Instagram, Yakoushkin a traité Wiener de « sioniste Yimby », une abréviation désignant les militants qui revendiquent davantage de logements.
Yakoushkin n’a pas répondu à la demande de commentaires de la JTA. Ce coach de vie a déclaré à un critique sur X : « Même s’il avait parfaitement géré la question de Gaza, je lui aurais quand même mis une raclée. »
Au cours de sa campagne pour les primaires, au début du mois, à l’issue de laquelle il est arrivé en tête, Wiener avait estimé qu’Israël avait commis un « génocide » à Gaza – un revirement intervenu sous la pression de la gauche, qui lui a coûté son poste de direction au sein du groupe parlementaire juif de l’Assemblée de l’État et a suscité une vive réaction de la part de la communauté juive de la région de la Baie.
Les militants antisionistes locaux ont continué à le prendre pour cible. L’incident de la Trans March était le deuxième acte de harcèlement dont Wiener avait été victime en l’espace d’une semaine. Quelques jours plus tôt, un artiste local s’était filmé en train de provoquer le candidat dans un bar sportif, lui criant : « Wiener, tu dois dégager de mon quartier, mec », et « Ici, c’est la Palestine libre, tu sais déjà ce que ça veut dire – on est contre le génocide. »
L’artiste, Jesus « Frisco Lens » Coba, n’a pas répondu à la demande de commentaires de la JTA. Dans son communiqué, Wiener a déclaré que Coba l’avait, en 2023, « harcelé dans un avion et dans un aéroport, en [lui] criant dessus à propos de [sa] ‘lignée souillée' ».
Connie Chan, conseillère municipale de San Francisco, qui se présente contre Wiener aux élections législatives de novembre, n’a pas directement abordé le harcèlement subi par Wiener dans le communiqué qu’elle a envoyé après que la JTA lui a demandé de s’exprimer.
« En tant qu’élue et candidate à une fonction publique, j’ai connu les aléas de la politique à San Francisco, notamment lorsque des personnes expriment publiquement leur désaccord avec nous, parfois avec véhémence », a-t-elle expliqué. « J’accepte cette responsabilité et j’en comprends les enjeux. Et en tant que personne ayant fait l’objet de haine et de menaces de violence, je m’oppose fermement à ce type de comportements. La haine et la violence n’ont pas leur place dans notre ville. »
Chan a également participé à la Trans March, où elle a été acclamée, notamment par certains des militants qui ont harcelé Wiener devant les caméras. Interrogé par la JTA sur le caractère antisémite du harcèlement dont Wiener a été victime, un porte-parole de Chan a répondu : « À l’heure actuelle, ce qui importe, c’est ce que le sénateur d’État Scott Wiener a ressenti et continue de ressentir face à ces interactions. Nous devons faire preuve de solidarité contre la haine chaque fois qu’une victime nous fait part de ce qu’elle subit. »
Le député démocrate Ro Khanna, qui représente une autre circonscription de la région de la Baie de San Francisco, a qualifié le harcèlement subi par Wiener de « tout simplement révoltant ». Dans cette même déclaration, il a fait la promotion d’un projet de loi visant à mettre fin à la vente d’armes militaires à Israël.
« Le harcèlement [sic] ou la violence physique n’ont pas leur place dans notre démocratie », a écrit Khanna, qui est l’un des plus farouches détracteurs d’Israël à la Chambre des représentants, sur X. « Nous devons nous concentrer sur l’adoption de l’amendement de @RepThomasMassie visant à mettre fin à toute aide à Israël. Les élus doivent rendre des comptes. Mais cela doit se faire dans un esprit constructif d’une politique fondée sur la conviction et la dignité, et non sur l’insulte et l’agression. » Un représentant de Khanna n’a pas répondu à la demande de commentaires supplémentaires formulée par la JTA.
Par ailleurs, durant le week-end, un militant anti-sioniste s’est filmé en train de harceler Manny Yekutiel, un restaurateur juif local candidat au conseil municipal de San Francisco, tandis que ce dernier participait à un défilé de la Pride. Le militant a reproché à Yekutiel, qui est lui-même queer, d’avoir accueilli Hen Mazzig, un militant LGBTQ pro-israélien, dans son restaurant, au motif que Mazzig avait servi dans l’armée israélienne.
L’équipe de campagne de Yekutiel n’a pas répondu à la demande de commentaires de la JTA. Le restaurant de Yekutiel, Manny’s, a déjà été pris pour cible à plusieurs reprises par des anti-sionistes.
« La personne dont vous parlez était israélienne. Je ne savais pas qu’il s’agissait d’un soldat de l’armée israélienne », a-t-il répondu au militant qui l’avait interpellé dans une vidéo tournée lors de la marche. Le militant a rétorqué : « Alors peut-être que recevoir des Israéliens dans votre café n’est pas une bonne idée. C’est un État d’apartheid qui commet un génocide. »
Plusieurs responsables politiques locaux ont condamné conjointement le harcèlement dont ont été victimes Wiener et Yekutiel, pointant leur identité juive.
« La campagne de harcèlement contre les candidats juifs @Scott_Wiener et Manny Yekutiel est odieuse et inacceptable », a écrit Trevor Chandler, membre du comité central du comté de San Francisco du Parti démocrate, sur le réseau social X. Le groupe démocrate local « condamne l’antisémitisme », a ajouté Chandler.
Au lendemain du harcèlement subi par Wiener, ce sont des réactions contrastées qui ont accueilli deux groupes distincts de Juifs LGBTQ lors d’un défilé de la Pride à New York.
« Jew York Pride » lors de la Marche des fiertés de New York, le 28 juin 2026. (Grace Gilson/JTA)
Si l’un de ces groupes, la Jewish Queer Youth, a pu défiler dans un climat globalement serein, l’autre, mené par Zioness, une organisation plus explicitement sioniste, a été victime de harcèlement. Samedi, c’est un autre événement phare de la Pride, la NYC Dyke March, qui s’est déroulé en l’absence d’une grande partie de ses participants juifs de longue date, a rapporté le Forward, après que les organisateurs ont déclaré, pour la deuxième année consécutive, que l’anti-sionisme constituait une valeur fondamentale de l’événement. De nombreux anciens organisateurs juifs de la Dyke March se sont alors retirés pour former leur propre groupe.
Certains dirigeants juifs de la communauté LGBTQ affirment que la majeure partie de ces espaces reste accueillante. Krass, la présidente de Keshet, a indiqué dans sa réponse à la JTA que « la quasi-totalité » des « quelque 100 événements de la Pride organisés par Keshet cette année » avaient été « célébrés dans une ambiance presque exclusivement festive ».
Dans une lettre d’information publiée lundi, Krass a fait part aux abonnés de Keshet de sa « consternation » face à certaines réactions au harcèlement subi par Wiener.
« Certaines personnes refusent d’admettre que l’antisémitisme a joué un rôle. D’autres utilisent cet incident comme une occasion de diffuser des généralisations fausses et préjudiciables à l’ensemble de la communauté trans », a écrit Krass. « J’ai même vu des Juifs appeler leur communauté à abandonner les LGBTQ+ et notre combat commun pour l’égalité. Cette attitude n’est pas la bonne. »
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la Communauté du Times of Israël !







