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Échange tendu entre Adam Friedland et Ritchie Torres, interpellé sur son soutien à Israël

Une interview conflictuelle avec le député démocrate pro-israélien a suscité la controverse, le comédien accusant les "brutalités" israéliennes d'être responsables de l'explosion de l'antisémitisme aux États-Unis

L'animateur de podcast Adam Friedland, à droite, interviewe le représentant Ritchie Torres dans "The Adam Friedland Show", le 28 août 2025. (Capture d'écran via JTA)
L'animateur de podcast Adam Friedland, à droite, interviewe le représentant Ritchie Torres dans "The Adam Friedland Show", le 28 août 2025. (Capture d'écran via JTA)

JTA — Un comédien juif s’est heurté au représentant Ritchie Torres s’agissant du soutien indéfectible que ce dernier apporte à Israël lors d’une interview à la fois tendue et remplie d’émotion, jeudi.

« Vous pensez sincèrement que ce que vous dites est vrai ? » a demandé Adam Friedland à Torres, qui venait d’affirmer avec conviction qu’Israël ne tuait pas intentionnellement les civils dans la bande de Gaza.

Friedland, 38 ans, s’était d’abord fait connaître du grand public en tant que coanimateur du podcast « Cum Town », un programme devenu culte et qui s’était démarqué par son humour subversif. En 2022, il avait lancé « The Adam Friedland Show », une émission à la fois portée aux nues et fustigée en raison de ses entretiens incendiaires avec divers invités. Parmi ces derniers, le streamer Hasan Piker — qui a déjà tenu des propos jugés offensants par de nombreux Juifs — le représentant démocrate de Californie Ro Khanna ou le fondateur de Barstool Sports, Dave Portnoy.

Le style décalé, parfois déconcertant, des interviews du présentateur est devenu la marque de fabrique de l’émission, qui se présente comme une version déconstruite et ironique des talk-shows traditionnels de fin de soirée. Plus de 300 000 abonnés suivent ce podcast sur YouTube – qui est dorénavant considéré un point de passage obligé pour les personnalités qui cherchent à se faire connaître auprès d’un public de gauche appartenant à la « manosphère ».

Le New Yorker a récemment dressé le portrait de Friedland, et le magazine GQ a récemment estimé qu’il « pourrait bien être le Jon Stewart de la génération Y ». Comme Stewart, qui a récemment discuté d’Israël et de Gaza à l’antenne avec l’écrivain juif de gauche Peter Beinart, Friedland s’est montré ouvertement ému lors de sa conversation avec Torres.

« Le fait que je m’inquiète encore d’être Juif est embarrassant », a-t-il dit à un moment donné. « Je devrais juste être un type comme tous les autres. C’est comme une tache sur notre Histoire et j’ai l’impression que ça a changé ce que signifie être juif ».

Au cours de l’entretien, Friedland a souvent interrompu le député alors que les deux hommes débattaient du soutien indéfectible qu’apporte Torres à Israël dans un contexte d’antisémitisme devenu endémique aux États-Unis. Il a également exprimé une profonde douleur concernant ses propres sentiments à l’égard d’Israël, qui, selon lui, l’éloignent du judaïsme.

« Le fait que je vous dise ça, ça va blesser des membres de ma propre famille, d’accord ? », a déclaré Friedland à Torres en déplorant les actions d’Israël à Gaza, en remettant en question la gravité de l’antisémitisme présumé qui sévirait sur les campus universitaires et en affirmant qu’il pensait qu’Israël alimentait une explosion d’antisémitisme aux États-Unis.

« Je pense que la haine à l’égard des Juifs a explosé dans ce pays. Et… je pense que c’est à cause de notre soutien à ce qui paraît être une brutalité absolue », a ajouté Friedland, âgé de 38 ans, qui a grandi dans le sud de la Californie et qui a passé un an en Israël après ses études secondaires.

Il a été un critique virulent de l’État juif au cours de ces dernières années.

« Vous pensez que les politiques du gouvernement israélien justifient l’antisémitisme ? » a rétorqué Torres. « Mon avis, c’est que rien ne peut justifier l’antisémitisme ».

Accusant Torres de « détourner à nouveau la conversation », Friedland a insisté.

« Je vous dis en tant que Juif que nous sommes actuellement victimes d’une haine beaucoup plus forte à cause de ce que font actuellement à d’autres personnes ceux qui arborent le drapeau avec l’étoile de David », a-t-il martelé. « Et je vous dis en tant que Juif à quel point il est douloureux pour nous de dire – ça me fait mal au ventre de le dire, et vous allez me répondre que vous n’êtes pas d’accord – mais il s’agit d’un génocide ».

Friedland a souligné à plusieurs reprises qu’il avait rarement eu l’occasion d’interviewer des membres du Congrès, alors qu’il recevait Torres pour une conversation qui a commencé par une évocation du parcours personnel du politicien – depuis les logements sociaux qu’il occupait avec sa famille dans le Bronx, jusqu’au Congrès. L’entretien s’est toutefois rapidement concentré sur la guerre à Gaza.

Au mois de juin, Friedland avait reçu Khanna, qui avait lancé une initiative, à la Chambre des représentants, qui visait à pousser l’administration Trump à reconnaître un état palestinien, exerçant également des pressions en faveur de la non-implication des États-Unis dans le conflit israélo-iranien. Au cours de cet entretien, Friedland n’avait pas interpellé Khanna sur la question d’Israël.

L’interview de Torres a commencé et s’est terminée par une remarque faite par le duo qui soulignait que Torres n’était pas certain du bien-fondé de sa participation à l’émission.

Torres a refusé de commenter ce passage dans le podcast. Une source dans son entourage proche a noté que lors des échanges qui avaient conditionné son apparition sur la chaîne YouTube de Friedland, les deux hommes avaient décidé que la conversation ne porterait pas sur Israël.

Friedland n’avait pas répondu à une demande de commentaire au moment de l’écriture de cet article. Mais même si c’est lui qui a lancé le débat sur Israël – un débat qu’il a ensuite prolongé à plusieurs reprises – il a signalé au cours de sa conversation avec Torres qu’il n’avait pas prévu de s’attarder sur le sujet, disant un moment donné : « Je ne veux pas me montrer aussi irrespectueux ».

Torres bénéficie du soutien du lobby pro-israélien AIPAC et il est apprécié par de nombreux Juifs de sa circonscription pour sa défense d’Israël à un moment où de nombreux démocrates se montrent de plus en plus critiques à l’égard d’Israël et de sa guerre à Gaza. Il n’a pas cédé aux pressions exercées par Friedland, même s’il a reconnu que ce dernier avait soulevé un « point valable » lorsqu’il lui a demandé pourquoi Netanyahu avait soutenu le Hamas dans le passé.

Le représentant américain Ritchie Torres, à droite, rencontre Daniel Lifshitz dont le grand-père Oded Lifshitz est retenu en otage à Gaza sur la Place des Otages de Tel Aviv, le 31 mars 2024. (Crédit : Forum des Familles d’Otages et de Portés-Disparus)

« Il me semble que les États-Unis et Israël auraient pu fermer le robinet et ils ne l’ont pas fait », a déclaré Torres. « Je ne sais pas pourquoi, mais ça a été un échec. Aucun doute là-dessus ».

Lors de la discussion, Friedland a aussi donné des idées susceptibles, selon lui, de résoudre le conflit israélo-palestinien. Alors que Torres lui demandait comment trouver une solution, Friedland, dont les parents sont originaires d’Afrique du Sud, a immédiatement présenté sa vision des choses.

« Je propose une démocratie », a-t-il dit. « Je propose une étude approfondie de ce qui a été pris et de ce qui a été perdu, des réparations importantes pour ce qui a été pris, et un processus de vérité et de réconciliation qui nous permettrait de sortir de toute cette merde ».

Les deux hommes ont parfois semblé frustrés, Friedland allant même jusqu’à dire à Torres de « se taire ». Et chacun a semblé au moins une fois ne pas comprendre ce dont l’autre parlait : Friedland lorsque Torres a mentionné « l’enveloppe de Gaza », une formule désignant la région d’Israël qui avait été prise d’assaut par le Hamas et que Friedland a déclaré ne jamais avoir entendue, et Torres lorsque Friedland a révélé que les Proud Boys, un groupe suprémaciste blanc, avait rejoint le combat, sur les campus américains, aux côtés des pro-israéliens.

À la fin de l’échange, les deux hommes se sont levés et ils ont commencé à s’éloigner de la caméra avant de continuer à se quereller. A la fin de la vidéo YouTube, la voix de Torres se fait entendre, disant à Friedland : « Je pense simplement que vous ne savez pas de quoi vous parlez ».

L’interview a suscité des réactions mitigées sur les réseaux sociaux, un grand nombre saluant Friedland pour avoir ouvertement contesté le soutien de Torres à Israël. D’autres l’ont critiqué pour avoir parfois paru prendre le parti du Hamas.

« Adam veut que @RitchieTorres soit ‘humain’, là où ‘humain’ signifie mettre de côté son esprit critique et accepter la propagande d’un groupe terroriste comme une vérité », a écrit le rabbin Samuel Stern, qui dirige une synagogue du mouvement réformé, le Temple Beth Sholom à Topeka, dans le Kansas, dans un message qui a été diffusé sur X.

Friedland a laissé entendre, de son côté, que les réactions, immédiatement après l’émission, avaient été majoritairement positives. Sur X, il a écrit : » Merci à tous pour vos commentaires positifs, sauf à mon père ».

Le représentant démocrate de New York Ritchie Torres au kibboutz Nir Oz, le 31 mars 2024. (Crédit : Gabriel Sod, Courtesy of UJA-Federation)

Comme cela avait aussi été le cas avec Stewart, Friedland a reçu les éloges d’autres juifs libéraux qui ont indiqué qu’il avait su exprimer leur angoisse déchirante à propos d’Israël.

« En regardant ces extraits, j’ai moi aussi eu les larmes aux yeux. En faisant abstraction des réponses mécaniques de Torres, Friedland a exprimé en public des émotions que beaucoup d’entre nous avons ressenties », a tweeté le journaliste Jordan Weissmann.

Aaron Rugenberg, ancien membre de la Chambre des représentants du Rhode Island, a écrit que les commentaires de Friedland « m’ont vraiment touché ».

Il a écrit sur X que voir « Adam Friedland partager honnêtement et directement avec Ritchie Torres son angoisse de voir des atrocités commises sous l’étoile de David, en son nom, est honnêtement la meilleure incarnation de ce que le judaïsme devrait signifier et de ce qu’il peut signifier ».

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