Ehud Barak: Je regrette d’avoir rencontré Epstein, j’aurais dû être « plus rigoureux »
Dans une interview, l'ex-Premier ministre dit que si séjourner dans l'appartement d'un délinquant sexuel n'était pas illégal, espérer que des filles russes "grandes et minces" émigrent en Israël était "un choix de mots malheureux"
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Dans une longue interview diffusée dans la soirée de jeudi, l’ancien Premier ministre Ehud Barak a déclaré qu’il regrettait d’avoir entretenu des relations étroites avec le pédocriminel Jeffrey Epstein après sa première condamnation pour crimes sexuels et avant l’ouverture de l’enquête plus large menée à son encontre en 2019, niant également avoir jamais pris part à des activités répréhensibles.
Interrogé par la chaîne d’information N12, Barak a été pressé de questions sur les révélations laissant entendre qu’il avait, à plusieurs reprises, séjourné dans un appartement appartenant à Epstein lors de visites aux États-Unis, ainsi que sur un enregistrement qui a été rendu public la semaine dernière dans le cadre de l’affaire des « dossiers Epstein » dans lequel on l’entend prononcer des termes prétendument sexistes et racistes tout en exprimant l’idée de compenser la croissance démographique arabe par une immigration russe.
Barak a indiqué qu’il assumait l’entière responsabilité de ses actes. « On peut également se demander si j’aurais dû faire preuve d’un jugement plus rigoureux » et chercher à obtenir davantage d’informations sur le comportement d’Epstein, a-t-il ajouté.
« Je peux affirmer sans hésiter que je regrette le moment où je l’ai rencontré en 2003 », a-t-il poursuivi.
« Au cours des 15 années où j’ai fréquenté [Epstein], je n’ai jamais été témoin d’aucun événement ou comportement déraisonnable », a souligné Barak.
« Ce n’est qu’en 2019 que j’ai réellement pris conscience de la nature de ses crimes – et vous n’en aviez probablement pas non plus connaissance », a-t-il fait remarquer.
BREAKING:
⚡EPSTEIN'S LIST:
???????? Ehud Barak, former Israeli Prime Minister, as he seemingly enters and leaves Jeffery Epstein's Manhattan mansion in 2016. pic.twitter.com/ilrpz4vAM1
— Megatron (@Megatron_ron) January 4, 2024
Questionné à propos d’un cliché datant de 2016 – sur lequel il apparaîssait le visage partiellement dissimulé par un cache-cou, entrant dans la maison d’Epstein à Manhattan – Barak a répondu qu’il s’était emmitouflé pour se protéger du froid et que, ce même jour, il avait été photographié quittant ce même immeuble, le visage découvert ; il était donc clairement évident qu’il n’essayait pas de cacher quoi que ce soit.
Interrogé sur les multiples séjours que lui et sa femme avaient, entre 2015 et 2019, effectués dans un appartement qui appartenait à Epstein, Barak a répondu qu’être ainsi hébergé lui était utile lorsqu’il se rendait à New York – il pouvait en effet y laisser ses affaires – soulignant en outre le « droit de chaque citoyen » de séjourner dans un logement appartenant à une personne de sa connaissance et insistant sur le fait qu’il n’y avait rien d’illégal à cela. De plus, à l’époque, il n’était pas Premier ministre à l’époque, a-t-il rappelé.
L’ancien Premier ministre a également été questionné sur des propos tenus dans un enregistrement datant de 2014 et récemment déclassifié, dans lequel il disait que « de nombreuses jeunes filles belles, grandes et minces » émigreraient de Russie en Israël, expliquant au financier déchu avoir déclaré au président Vladimir Poutine que l’immigration russe pourrait compenser la croissance démographique arabe.
Sur cette question, Barak a admis avoir utilisé « des mots malheureux, associés à des stéréotypes exagérés ». Néanmoins, il a ensuite invité les téléspectateurs à se demander s’il ne leur arrivait pas de s’exprimer de cette façon dans leur vie privée.
Rappelé à l’ordre par le journaliste, qui lui faisait remarquer qu’il n’était pas une personne ordinaire, l’ancien Premier ministre a insisté : « Quand elles échangent ‘en personne’, les personnes qui ne sont pas ordinaires peuvent également s’exprimer d’une manière légèrement différente. »
« Je ne suis pas fier de ce choix de mots, mais je n’ai pas dit cela à Poutine », a-t-il ajouté.
Dans l’enregistrement de 2014, Barak suggérait en outre de privilégier l’immigration russe afin de « contrôler la qualité » de la démographie israélienne « de manière bien plus efficace que ne l’ont fait les pères fondateurs d’Israël ». Des commentaires que les critiques ont interprété comme une déclaration raciste à l’égard des migrants nord-africains et moyen-orientaux arrivés en Israël après la création de l’État.
Réfutant toute remarque à caractère raciste dans la conversation, Barak a affirmé que les médias avaient « déformé » ses propos, qui s’inscrivaient dans le cadre d’une discussion plus large sur le défi démographique auquel Israël était confronté avec sa population arabe croissante.
« C’est un enregistrement de vos paroles », a rétorqué le journaliste.
« J’ai simplement émis l’idée que, d’une part, en facilitant les processus de conversion et, d’autre part, en proposant une immigration volontaire vers Israël, nous pouvions résoudre ce défi », a déclaré Barak. « Il n’y a aucun racisme là-dedans », a-t-il répété, ajoutant : « Je décris un fait. »
Lorsque le journaliste a fait savoir à Barak qu’il considérait ses propos comme racistes envers les migrants juifs mizrahim, l’ancien Premier ministre a vivement nié.
Son argument, a-t-il soutenu, était qu’à sa création, l’État d’Israël devait « sauver » tous les Juifs, quoi qu’il arrive.
Israël est désormais un pays développé. S’il souhaite encourager la « migration volontaire », a-t-il poursuivi, il doit se montrer sélectif et accueillir des personnes « de meilleure qualité », quelle que soit leur origine.
Barak a accusé la « machine à poison » d’avoir créé l’idée selon laquelle il était raciste, utilisant une expression généralement employée par les critiques du gouvernement pour désigner les efforts déployés par les alliés médiatiques du Premier ministre Benjamin Netanyahu pour façonner le discours public et faire tomber leurs adversaires.
Barak avait occupé le poste de Premier ministre de 1999 à 2001 et la fonction de ministre de la Défense de 2007 à 2013. L’enregistrement semblait indiquer qu’il se préparait à entrer dans le secteur privé au moment de cette conversation en date de 2014.
Barak a reconnu devant les caméras de la chaîne N12 que d’autres informations concernant ses relations avec Epstein pourraient être rendues publiques dans les prochaines semaines.
« On peut raisonnablement penser que dans les semaines à venir, nombre d’autres informations découlant de la même affaire seront dévoilées, compte tenu du fait que j’ai entretenu des relations professionnelles et sociales avec lui pendant 15 ans », a indiqué Barak, insistant toutefois sur le fait que rien « d’inapproprié » ne serait découvert.
Les derniers éléments publiés par le ministère américain de la Justice sont des documents compilés par les enquêteurs sur Epstein, qui disposait d’un vaste réseau mondial de relations influentes.
Les liens entre Barak et Epstein sont connus depuis des années. Il n’existe aucune preuve d’actes répréhensibles de la part de Barak.
D’autres dirigeants mondiaux figurent dans les dossiers Epstein. On peut notamment citer l’ancien président américain Bill Clinton, le président Donald Trump et l’ancien prince du Royaume-Uni, Andrew.
Epstein a plaidé coupable en 2008 pour avoir recruté et offer une enfant à des fins de prostitution. Il a purgé 13 mois de sa peine initiale de 18 mois.
Epstein s’est suicidé en prison en 2019. Il était alors accusé de trafic sexuel de mineures.
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