Dossiers Epstein : Ehud Barak voulait compenser la croissance arabe avec l’immigration russe
Un enregistrement révèle une discussion entre l’ex-Premier ministre et le défunt pédocriminel sur la démographie en Israël et dans les territoires ainsi que sur l’échec du processus de paix

L’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, préoccupé par la croissance démographique de la population arabe en Israël, aurait déclaré avoir expliqué au président russe Vladimir Poutine que l’immigration russe pourrait contribuer à compenser cette évolution, selon un enregistrement qui a été diffusé cette semaine dans le cadre des dossiers Epstein.
Ces dossiers, publiés par le ministère américain de la Justice, rassemblent des documents compilés par les enquêteurs sur Jeffrey Epstein, le défunt délinquant sexuel qui entretenait un vaste réseau de relations influentes à travers le monde.
Les liens entre Ehud Barak et Epstein ont été établis de longue date. Aucune preuve d’actes répréhensibles de la part de Barak n’a été établie.
L’un des millions de dossiers publiés par le ministère de la Justice est un enregistrement audio d’une réunion à laquelle les deux hommes ont participé.
Les circonstances de la conversation restent floues, mais le bruit de fond laisse penser qu’elle s’est déroulée lors d’un repas. On ignore qui a réalisé l’enregistrement et dans quel but. Certaines parties de l’enregistrement audio sont inaudibles.
Dans l’enregistrement, Barak indique qu’il a 71 ans, ce qui situerait la réunion vers 2013 ou 2014. Premier ministre de 1999 à 2001 et ministre de la Défense de 2007 à 2013, il semblerait d’après l’enregistrement qu’il s’apprêtait à entrer dans le secteur privé au moment de la conversation.
Interrogé sur la démographie en Israël, Barak y exprime ses inquiétudes face à la croissance de la population arabe en Israël, en Cisjordanie et à Gaza.
« Les haredim sont plus productifs que les Arabes », déclare-t-il, en référence à la forte croissance démographique de la communauté ultra-orthodoxe.
« L’avenir en Israël dépend de notre capacité à nous réveiller à temps, avant qu’il ne soit trop tard », ajoute-t-il.
« Il y aura une majorité arabe », poursuit-il, évoquant l’évolution démographique en Cisjordanie et à Gaza et l’échec de la solution à deux États avec les Palestiniens. « C’est un aveuglement collectif de notre société. »
Barak y exprime également ses inquiétudes face à l’augmentation proportionnelle de la population arabe en Israël.
« Même à l’intérieur des frontières du ‘petit’ Israël, le problème demeure. La population arabe augmente progressivement. Il y a quarante ans, elle représentait 16 % de la population, aujourd’hui elle en représente 20 % », l’entend-on dire.
Il mentionne ensuite la possibilité que d’autres groupes minoritaires, ainsi que des immigrants et des convertis, puissent compenser cette évolution démographique.
« À commencer par les Druzes, qui représentent environ 1 % de la population et qui ont un comportement totalement israélien », précise-t-il. « Ensuite, il y a la minorité chrétienne. Elle représente environ 2 % de la population. Son système éducatif est meilleur que le nôtre. »
« Nous devons briser le monopole du rabbinat orthodoxe sur le mariage et les funérailles, ainsi que sur la définition du juif », affirme-t-il. « Il faut ouvrir les portes à une conversion massive au judaïsme. C’est un pays prospère. Beaucoup de gens vont se porter candidats. »
Une référence apparemment faite aux immigrants originaires de l’ex-Union soviétique issus de familles mixtes. Il estime « qu’une deuxième génération est nécessaire pour l’intégration », évoquant des Israéliens portant des noms mêlant origines russes et israéliennes.
Plus d’un million de personnes ont fait leur alyah (ont émigré) en Israël lors des vagues d’immigration en provenance de l’ex-Union soviétique à la fin des années 1980 et au début des années 1990.
« Quand vous interrogez quelqu’un qui s’engage dans une unité de l’armée, vous lui demandez son nom et il répond : ‘Sergey Bitton’ ou ‘Vladimir Butbul’ », déclare Barak.
« Nous pouvons aujourd’hui mieux contrôler la qualité que ne le faisaient les pères fondateurs d’Israël », poursuit-il. « Ils acceptaient tout le monde, car ils devaient sauver des gens. Aujourd’hui, nous pouvons être plus sélectifs. »
« Avec une approche plus ouverte de la conversion au judaïsme, nous pourrions facilement absorber un million de personnes supplémentaires. Je dois sans cesse répéter à Poutine que ce dont nous avons besoin, ce n’est pas juste ‘un million de personnes supplémentaires’. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un million de Russes », dit-il encore. « Je constate que beaucoup préfèrent rester en Biélorussie, mais peut-être que de jeunes et jolies filles finiront par venir. »
Ces propos interviennent au cours d’une conversation qui aurait duré plus de trois heures.
Barak revient également sur les tentatives infructueuses de parvenir à un accord de paix durable avec les Palestiniens et sur la nécessité, selon lui, d’apaiser les tensions afin de renforcer les liens avec les États arabes modérés.
« Quand on se concentre uniquement sur la question israélo-palestinienne, les Israéliens se sentent freier, comme on dit en yiddish, un peu comme des pigeons si l’on choisit la voie de la paix », dit-il, rappelant que les retraits d’Israël de Gaza et du Liban ont été suivis d’une intensification des violences et des tirs de roquettes.
« Si Bibi [Netanyahu] se retire de Cisjordanie, en atterrissant à Ben Gurion [l’aéroport], on survolerait à 2 000 pieds un territoire occupé par des Arabes. Cela pourrait devenir fou », explique-t-il.
« Les gens pensent que nous ne faisons que donner sans rien recevoir en retour, et c’est vrai qu’on ne peut rien obtenir des Palestiniens », ajoute-t-il. « Mais si l’on considère l’ensemble du monde arabe modéré, il y a beaucoup à gagner, notamment une reconnaissance régionale. »
« Ces quatre dernières années, nous n’avons jamais vraiment essayé, nous n’étions pas prêts à prendre des décisions douloureuses pour avancer. Nous avons joué avec le feu. Abu Mazen porte aussi une part de responsabilité », dit-il, utilisant le nom de guerre du président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas.
« Les Américains ont commis des erreurs, les Européens aussi, mais cela n’excuse pas notre échec. Et il est vrai qu’Abu Mazen n’aide pas ; ce n’est pas un partenaire facile dans les négociations », a-t-il déclaré.
Les dossiers Epstein mentionnent également d’autres dirigeants mondiaux, dont l’ancien président américain Bill Clinton, le président américain Donald Trump et l’ancien prince Andrew du Royaume-Uni.







