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Epstein a tenté de bâtir un réseau au Moyen-Orient et d’influencer le Qatar

Des documents révèlent les liens entre le délinquant sexuel et le patron de DP World, évincé, et montrent ses tentatives de conseiller Doha sur le blocus subi entre 2017 et 2021

Des documents inclus dans les dossiers publiés par le ministère américain de la Justice concernant le financier déchu et délinquant sexuel Jeffrey Epstein sont photographiés le 2 janvier 2026. (Crédit : Jon Elswick/AP)
Des documents inclus dans les dossiers publiés par le ministère américain de la Justice concernant le financier déchu et délinquant sexuel Jeffrey Epstein sont photographiés le 2 janvier 2026. (Crédit : Jon Elswick/AP)

DUBAÏ, Émirats arabes unis (Reuters) – Le départ du directeur-général du géant portuaire de Dubaï DP World constitue la principale retombée au Moyen-Orient des documents publiés par le ministère américain de la Justice, qui montrent que le financier déchu Jeffrey Epstein a tenté de bâtir un puissant réseau composé de personnalités politiques et de chefs d’entreprise à travers la région.

DP World a annoncé vendredi que Sultan Ahmed bin Sulayem avait démissionné de ses fonctions de directeur général et de président. Selon deux sources directement au fait du dossier, cette décision a été prise après que le nom de bin Sulayem est apparu dans les dossiers Epstein, alors que ses relations avec le défunt délinquant sexuel condamné faisaient l’objet d’une attention croissante.

Dans leur correspondance, bin Sulayem évoquait ses relations sexuelles avec des femmes qu’Epstein l’avait aidé à rencontrer. Dans un email daté du 9 novembre 2007, bin Sulayem racontait à Epstein qu’il avait rencontré l’une de ces femmes à New York, dont il ne cite pas le nom, et avec laquelle il affirmait ne pas avoir eu de relations sexuelles.

« Oui, après plusieurs tentatives pendant plusieurs mois, nous avons réussi à nous rencontrer à New York », écrivait-il, ajoutant qu’il y avait eu un malentendu, car « elle voulait des AFFAIRES ! alors que moi je voulais seulement du SEXE ! »

Vendredi, le souverain de Dubaï a également publié un décret nommant un nouveau président pour la Dubaï Ports, Customs and Free Zone Corporation, l’un des nombreux postes occupés par bin Sulayem.

Reuters n’a pu examiner de manière indépendante qu’une partie des dossiers Epstein relatifs à bin Sulayem et n’a pas été en mesure de déterminer ce qui avait spécifiquement conduit à son départ de DP World, mais les sources ont déclaré, sans fournir plus de détails, que cela était lié à ces dossiers.

Sultan Ahmed bin Sulayem, président du groupe et PDG de l’opérateur portuaire DP World, soutenu par Dubaï, écoute lors d’une conférence de presse à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 14 mars 2019. Crédit : Jon Gambrell/AP)

Bin Sulayem n’a pas répondu aux demandes de commentaires de Reuters concernant son départ. DP World a refusé de commenter.

Cuisiner ensemble

Dans un échange d’emails, Epstein décrit bin Sulayem comme quelqu’un de drôle, de fiable et passionné de gastronomie. Epstein ajoute que bin Sulayem, musulman, ne boit pas d’alcool et prie cinq fois par jour.

Une photo non datée apparaissant dans un email et accessible au public montre Epstein en train de cuisiner avec bin Sulayem, les deux hommes semblant détendus. Le nom complet de la personne à qui Epstein a envoyé cette photo n’est pas indiqué.

Bin Sulayem n’a pas commenté publiquement la description d’Epstein ni les emails concernant leur relation.

Le fait d’être cité dans le dossier ne constitue pas une preuve d’activité criminelle. Mais après que des membres du Congrès américain ont déclaré que le nom de bin Sulayem figurait dans des dossiers publiés par le ministère américain de la Justice (DOJ), il a fait face à de nouvelles questions de la part de certains bailleurs de fonds de DP World concernant ses interactions passées.

Bin Sulayem n’a pas répondu publiquement à ces préoccupations.

L’agence britannique de financement du développement British International Investment et le deuxième plus grand fonds de pension du Canada ont déclaré la semaine dernière qu’ils suspendraient tout nouvel investissement avec DP World en raison des liens présumés entre bin Sulayem et Epstein.

« Nous sommes choqués par les allégations qui ressortent des dossiers Epstein concernant Sultan Ahmed bin Sulayem », a déclaré un porte-parole de BII, sans préciser à quelles allégations il faisait référence. « Au vu de ces allégations, nous suspendrons tout nouvel investissement auprès de DP World jusqu’à ce que les mesures requises aient été prises par l’entreprise. »

Jeffrey Epstein, sur une photo non datée, publiée en décembre 2025. (Crédit : Ministère américain de la Justice/AP)

Le fonds de pension canadien La Caisse a déclaré qu’il « suspendait tout nouveau déploiement de capital aux côtés de l’entreprise » jusqu’à ce que DP World clarifie la situation et prenne « les mesures nécessaires ».

Dans un communiqué publié après les changements de direction vendredi chez DP World, BII a salué la décision de DP World et déclaré qu’elle se réjouissait de poursuivre « notre partenariat pour faire progresser le développement des principaux ports commerciaux africains ». La Caisse a indiqué que « la société avait pris les mesures appropriées » et qu’elle « agirait rapidement pour travailler avec la nouvelle direction de DP World afin de poursuivre notre partenariat sur des projets portuaires à travers le monde ».

Bin Sulayem n’a pas immédiatement répondu lorsque Reuters lui a demandé de commenter les mesures prises par BII et La Caisse. DP World a refusé de commenter.

Réseau de contacts

Le vaste ensemble de documents publiés par le ministère américain de la Justice, notamment des SMS et des emails, montre également que le Moyen-Orient n’a pas échappé aux efforts déployés par Epstein pour utiliser sa fortune afin de nouer des relations avec des personnalités de premier plan des milieux politique, financier, universitaire et des affaires à travers le monde.

Reuters n’a pas été en mesure de déterminer dans quelle mesure Epstein est parvenu à influencer ses contacts au Moyen-Orient ni si ses conseils ont été suivis.

Les documents du ministère américain de la Justice examinés par Reuters montrent qu’Epstein a tenté de conseiller des chefs d’entreprise et des responsables politiques qataris pendant le blocus imposé au Qatar par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte entre 2017 et 2021, sur fond d’accusations selon lesquelles Doha n’aurait pas réduit ses liens avec l’Iran et soutenait le terrorisme, ce que le Qatar niait alors.

Lors d’échanges avec un homme d’affaires qatari et membre de la famille régnante, le cheikh Jabor Yousuf Jassim al-Thani, Epstein a exhorté le Qatar à « cesser de s’agiter et de se quereller… et à laisser retomber un peu la pression ». Il a ajouté que « l’équipe actuelle du Qatar est très faible » et que « le ministre des Affaires étrangères manque d’expérience, et cela se voit ».

Le ministre des Affaires étrangères du Qatar à l’époque était le cheikh Mohammed bin Abdulrahman al-Thani, qui cumule aujourd’hui les fonctions de ministre des Affaires étrangères et de Premier ministre. Le cheikh Mohammed n’a pas commenté publiquement la description qu’en fait Epstein. Interrogé sur cet échange, le Bureau international des médias du Qatar, qui traite les demandes des médias pour le Premier ministre, a refusé de commenter.

Vue générale du côté qatari du poste-frontière d’Abu Samrah avec l’Arabie saoudite, le 23 juin 2017. (Crédit : Karim Jaafar/AFP)

Il n’y a eu aucune réponse à la demande de commentaires envoyée par Reuters par email à trois sociétés au Qatar dont le cheikh Jabor est le président ni à un SMS envoyé à une personne qui, selon les dossiers publiés par le ministère américain de la Justice, travaille dans le bureau du cheikh Jabor.

Reuters n’a reçu aucune réponse à la demande de commentaires envoyée par email à trois sociétés au Qatar dont le cheikh Jabor est président ni au SMS adressé à une personne qui, selon les dossiers publiés par le ministère américain de la Justice, travaille dans son bureau.

Epstein a exhorté Doha à nouer des liens avec Israël afin de rester dans les bonnes grâces de Donald Trump, alors dans son premier mandat à la présidence des États-Unis. Il a suggéré à l’État du Golfe soit d’avancer vers une reconnaissance d’Israël, soit de s’engager à verser 1 milliard de dollars à un fonds destiné aux victimes du terrorisme.

Le Qatar s’en est finalement tenu à sa ligne politique indépendante. En 2021, les pays du blocus ont rétabli leurs relations avec Doha, et les liens entre l’administration Trump et le Qatar sont désormais solides.

Discussion sur l’introduction en bourse de Saudi Aramco

Epstein a évoqué l’introduction en bourse de Saudi Aramco dans des dizaines d’échanges par email. Dans un message daté du 10 septembre 2016 adressé à une personne nommée Aziza Alahmadi, avec l’ancien diplomate norvégien Terje Roed-Larson en copie, Epstein a averti qu’une introduction en bourse d’Aramco pourrait exposer l’Arabie saoudite à des poursuites judiciaires et à des saisies d’actifs. Saudi Aramco a refusé de commenter ces emails.

Alahmadi n’a pas pu être jointe pour commenter, et Reuters n’a pas été en mesure d’établir son rôle, le cas échéant, dans les activités d’Epstein.

Dans un email daté du 16 octobre 2017, également envoyé à Alahmadi, Epstein suggérait de vendre à la Chine une option d’achat portant sur une participation de 100 milliards de dollars dans Aramco plutôt que de procéder à une introduction en bourse traditionnelle, estimant que cela permettrait d’assurer la liquidité tout en limitant l’exposition aux marchés publics.

Saudi Aramco a refusé de commenter ces emails à Reuters. Roed-Larson n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaires envoyée par email via son avocat.

L’influence d’Epstein s’étendait également à l’Égypte, selon les documents publiés par le ministère américain de la Justice. Certains emails montrent une demande d’un membre de la famille de Hosni Moubarak, l’épouse de son fils Gamal Moubarak, transmise à Epstein, sollicitant de l’aide en 2011 après la destitution de l’ancien président et les problèmes judiciaires qui ont suivi.

Les messages ne précisent pas quel type d’aide était demandé, et Reuters n’a pas été en mesure de déterminer si Epstein avait tenté d’intercéder en faveur de la famille.

Reuters a envoyé une demande de commentaires par email à un avocat et un SMS à un autre, tous deux représentants de Gamal Moubarak. Il n’y a pas eu de réponse immédiate.

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