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Israël bloque le lancement des travaux d’une base américaine à Gaza

Le COGAT accuse le Hamas d’être à l’origine de l’arrêt des livraisons commerciales à Gaza, tandis que les transporteurs palestiniens rejettent la responsabilité sur Israël

Des soldats israéliens le long de la frontière avec la bande de Gaza, le 6 septembre 2026. (Crédit : Tsafrir Abayov/Flash90)
Des soldats israéliens le long de la frontière avec la bande de Gaza, le 6 septembre 2026. (Crédit : Tsafrir Abayov/Flash90)

Israël retarderait la construction d’une base militaire destinée à accueillir des troupes internationales dans la bande de Gaza, dans le cadre du plan du Conseil de Paix, piloté par les États-Unis, pour l’enclave côtière, selon un article publié jeudi.

Selon The Guardian, qui cite une source proche du dossier, Israël n’a toujours pas autorisé le lancement des travaux, bien que l’appel d’offres pour la construction d’une base destinée à accueillir 150 soldats étrangers ait été remporté par une entreprise américaine il y a deux mois. Les entrepreneurs et les camions ne sont toujours pas autorisés à entrer dans la bande de Gaza.

« Israël refuse d’ouvrir la frontière », aurait déclaré cette source, déplorant l’impossibilité de reconstruire Gaza sans le déploiement de la Force internationale de stabilisation (ISF).

« Il n’y a aucune sécurité. Aucun matériel de construction n’est livré. Il est même impossible de commencer à installer les réseaux essentiels ou les infrastructures de base nécessaires à la vie quotidienne, car sans l’ISF, on ne peut pas entrer », a poursuivi la source, ajoutant que le Conseil de Paix s’attendait à ce qu’Israël donne son feu vert au projet à l’issue des élections à la Knesset du 27 octobre.

Le Conseil de paix, Tsahal et le gouvernement israélien n’ont pas souhaité commenter les informations du quotidien britannique.

Par ailleurs, le Coordinateur des activités gouvernementales dans les Territoires (COGAT) a déclaré mercredi que des commerçants du secteur privé de Gaza avaient annoncé la suspension, jusqu’à nouvel ordre, de la coordination de l’entrée de marchandises dans l’enclave, à la suite de ce que le COGAT présente comme un système de taxation forcée imposé par le groupe terroriste palestinien du Hamas et une multiplication des menaces contre les commerçants.

Un responsable du secteur des transports routiers à Gaza a contesté l’affirmation israélienne.

Des Palestiniens se promènent dans un marché du camp de réfugiés d’Al-Shati, à Gaza-City, le 14 octobre 2026. (Crédit : Abdel Kareem Hana/AP)

Selon le COGAT, les forces de sécurité du Hamas ont arrêté et emprisonné mardi le fils d’un des commerçants à la suite du refus de son père de payer des taxes au groupe terroriste sur les marchandises acheminées à Gaza. Les commerçants ont alors annoncé qu’ils suspendraient leurs activités de coordination des livraisons.

Le COGAT a indiqué que, selon les commerçants, le Hamas exigeait environ 10 000 shekels par camion entrant dans la bande de Gaza et leur imposait de vendre environ 30 % de leurs marchandises au comptant, dans ce qui semble être une tentative du Hamas de s’emparer des recettes de ces ventes.

Ces exigences sont directement contraires aux engagements pris par les commerçants autorisés à exercer leurs activités, qui sont tenus d’effectuer et de recevoir leurs paiements exclusivement par virement bancaire.

Le président du syndicat des transporteurs routiers privés de Gaza, Nahed Sheheiber, a contesté les affirmations du COGAT, assurant que la décision avait été prise par Israël.

« Ce ne sont pas les commerçants qui ont interrompu les livraisons », a-t-il déclaré. « Le coordinateur israélien prétend que les commerçants de Gaza sont responsables, mais la vérité, c’est que ce sont les Israéliens qui ont imposé ces restrictions. »

À la suite de l’annonce du COGAT, le syndicat de Sheheiber a rencontré des représentants du ministère de l’Économie de Gaza, contrôlé par le Hamas, pour exprimer ses inquiétudes. Le syndicat a accusé Israël de prendre prétexte des sommes réclamées aux commerçants par le ministère pour bloquer l’entrée de marchandises dans la bande de Gaza.

Selon Sheheiber, le ministère réclamait 10 000 shekels par camion entrant dans la bande de Gaza. Lors de la réunion, Khaled Al-Raqab, sous-secrétaire au ministère de l’Économie, a toutefois affirmé qu’il ne s’agissait pas d’une taxe, mais d’un don demandé par le ministère pour contribuer au paiement des salaires des fonctionnaires de Gaza.

Des camions transportant de l’aide humanitaire attendant de passer par le poste-frontière de Rafah, côté égyptien, vers la bande de Gaza, le 19 mars 2026. (Crédit : Amr Adel/AFP)

Pendant la majeure partie de la guerre déclenchée par le pogrom perpétré par le Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, Israël a refusé d’autoriser l’entrée de marchandises à Gaza par l’intermédiaire de commerçants privés. En août 2025, il a commencé à autoriser les commerçants privés ayant passé des contrôles de sécurité à acheminer des marchandises, en complément des organisations humanitaires.

Selon le COGAT, le secteur privé représente actuellement 50 % des camions entrant dans la bande de Gaza. Dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu conclu en octobre dernier, Israël s’est engagé à autoriser l’entrée d’environ 600 camions par jour à Gaza.

La suspension annoncée mercredi pourrait entraîner une baisse immédiate des livraisons de marchandises à Gaza. L’enclave dépend en effet entièrement des approvisionnements qu’Israël autorise à entrer par les points de passage frontaliers. Cette interruption fait également craindre une hausse des prix. Selon les travailleurs humanitaires, l’aide internationale ne suffit pas à elle seule à stabiliser les prix et doit s’accompagner d’une activité commerciale suffisamment importante.

« Le secteur humanitaire ne peut à lui seul répondre aux besoins de toute la population », a souligné Shaina Low, porte-parole du Conseil norvégien pour les réfugiés, une organisation humanitaire. « Les marchés doivent être opérationnels. »

Le chef du COGAT, le général de division Yoram Halevi, a adressé une lettre à Nickolay Mladenov, haut représentant du Conseil de paix, ainsi qu’au commandant de la Force internationale de stabilisation et au coordinateur humanitaire de l’ONU pour la région afin de les informer de cette évolution et de les avertir que le Hamas chercherait à exploiter la suspension des activités du secteur privé pour diffuser de fausses déclarations suggérant qu’Israël ne respectait pas l’accord.

Le COGAT a également indiqué que, selon des estimations corroborées par des évaluations professionnelles menées par l’ONU et d’autres experts internationaux, l’entrée quotidienne de quelque 250 camions par l’intermédiaire d’organisations humanitaires était suffisante pour répondre aux besoins humanitaires de la population de Gaza.

L’annonce du COGAT ne précisait pas si les organisations humanitaires seraient autorisées à augmenter leurs livraisons vers Gaza afin de compenser la perte de marchandises commerciales.

Un vendeur palestinien dispose des fruits sur son étal dans un marché du camp de réfugiés d’Al-Shati, à Gaza, le 14 octobre 2026. (Crédit : AP Photo/Abdel Kareem Hana)

Plus tôt cette année, la principale autorité mondiale en matière d’insécurité alimentaire a indiqué que la situation à Gaza, même si elle restait à un niveau critique, s’était améliorée par rapport à la situation qui prévalait en août 2025, date à laquelle elle avait déclaré un état de famine dans ce territoire. Israël a fermement rejeté l’affirmation relative à la famine, émise à l’époque par le système de classification intégrée des phases de sécurité alimentaire (IPC).

Mais, selon le rapport, la situation alimentaire de la plupart des familles de cette enclave ravagée par la guerre était loin d’être suffisante, ajoutant que « même de légères perturbations de l’accès humanitaire pourraient rapidement réduire à néant les progrès récents ».

« Comme je l’ai répété à maintes reprises, de telles pratiques sont inacceptables. Elles doivent cesser immédiatement », a réagi Mladenov à l’annonce par le COGAT de la suspension de la coordination concernant l’entrée de marchandises dans la bande de Gaza. « L’intimidation des commerçants et l’ingérence dans la chaîne d’approvisionnement ne font qu’aggraver les souffrances des civils de Gaza. »

Mladenov a appelé à ce que le comité technocratique palestinien soutenu par le Conseil de la paix, le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), prenne les rênes de la bande de Gaza, sous la protection d’une force multinationale de maintien de la paix.

« Ces événements démontrent pourquoi le déploiement rapide du Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), soutenu par la Force internationale de stabilisation (ISF), est urgent et nécessaire », a poursuivi Mladenov sur X. « L’approvisionnement des civils, l’aide humanitaire et toute activité commerciale doivent être protégés contre la violence, l’exploitation et l’ingérence. »

Mladenov a demandé la mise en œuvre du plan de paix pour Gaza, « notamment les dispositions nécessaires aux opérations du NCAG et de la Force internationale de stabilisation (ISF) à Gaza.

Cela comprend le désarmement, la transition vers une gouvernance transitoire légitime, ainsi que la protection des chaînes d’approvisionnement humanitaires et commerciales. »

Seuls 19 % des Palestiniens soutiennent le Hamas – sondage

Le soutien des Palestiniens au Hamas continue de baisser, a révélé un sondage qui a été publié mercredi par le Centre palestinien de recherche politique et d’enquêtes (PCPARS), dirigé par Khalil Shikaki à Ramallah.

Au total, 19 % des personnes interrogées ont dit soutenir le Hamas, contre 24 % lors d’un sondage réalisé en août dernier et 35 % en août 2025.

Parmi les habitants de Gaza, 27 % ont déclaré soutenir le Hamas, contre 33 % en août et 41 % en octobre de l’année dernière. C’est en Cisjordanie que le soutien est le plus faible : seuls 13 % des personnes interrogées ont indiqué soutenir le Hamas, contre 32 % en octobre de l’année dernière.

De même, la proportion de Palestiniens convaincus que le Hamas est sorti vainqueur de la guerre contre Israël, qui a éclaté suite au pogrom perpétré par le groupe terroriste le 7 octobre 2023, a continué de baisser. Seuls 16 % des personnes interrogées ont déclaré que le Hamas avait gagné, contre 39 % en octobre 2025 et 70 % en décembre 2023, au début de la guerre. Par ailleurs, 17 % estiment désormais qu’Israël est sorti vainqueur. 62 % considèrent toutefois qu’aucun des deux camps n’a gagné.

Près de 53 % des personnes interrogées se sont déclarées favorables à une solution à deux États prévoyant la création d’un État palestinien dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale – 56 % en Cisjordanie et 48 % à Gaza -, tandis que 44 % s’y sont opposées.

Des jeunes Palestiniens jouent au ballon à côté d’un bâtiment détruit pendant la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza, le 14 octobre 2026. (Crédit : AP Photo/Jehad Alshrafi)

Ce sondage a été réalisé du 7 au 11 octobre 2026 auprès de 1 400 personnes interrogées en face à face, dont 909 en Cisjordanie et 488 à Gaza.

Un tunnel du Hamas démoli

Un tunnel du Hamas qui traversait la partie de la bande de Gaza sous contrôle israélien a été récemment démoli par des ingénieurs militaires, a annoncé l’armée jeudi.

Selon l’armée israélienne, ce tunnel, qui comprenait plusieurs pièces destinées à héberger des membres du Hamas, s’étendait sur un kilomètre et demi et franchissait la Ligne jaune.

Lors d’une opération récente, des ingénieurs de combat de la division de Gaza et de l’unité d’élite Yahalom ont fait sauter puis scellé cette galerie souterraine, a précisé l’armée.

Si le cessez-le-feu conclu en octobre 2025 sous l’égide des États-Unis a permis de mettre fin aux combats majeurs dans ce territoire dévasté, il n’a toutefois pas réussi à faire cesser les frappes de l’armée israélienne, lesquelles visent, selon cette dernière, à contrer les attaques du Hamas et d’autres groupes terroristes de Gaza. L’enclave palestinienne reste divisée en deux zones distinctes, l’une contrôlée par Israël et l’autre, par le Hamas.

Les efforts déployés par les États-Unis pour parvenir à un accord global prévoyant le désarmement du Hamas et le retrait d’Israël sont au point mort, en raison de désaccords sur la marche à suivre.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, qui est administré par le Hamas, près de 1 500 personnes ont été tuées par des frappes et des tirs de l’armée israélienne dans la bande de Gaza depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, le 11 octobre 2025.Un bilan qui ne fait pas la distinction entre civils et hommes armés.

L’armée israélienne n’a pas communiqué de chiffres concernant le nombre de frappes menées ni le nombre de terroristes tués dans la bande de Gaza depuis le début du cessez-le-feu.

Gadi Eisenkot, président de Yashar, s’entretient avec son garde du corps alors qu’il s’apprête à prononcer un discours de campagne à la frontière entre Israël et la bande de Gaza, le 15 octobre 2026. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

L’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, Gadi Eisenkot, s’est engagé jeudi à mettre fin au régime du Hamas dans la bande de Gaza dans les 18 mois suivant son entrée en fonction en tant que Premier ministre. Il a accusé le Premier ministre Benjamin Netanyahu de ne pas avoir atteint ses propres objectifs de guerre, trois ans après le pogrom du 7-Octobre.

« Dans les 18 mois qui suivront mon investiture au poste de Premier ministre, le Hamas ne règnera plus sur la bande de Gaza. Nous détruirons la branche armée du Hamas », a promis Eisenkot dans une déclaration qu’il a prononcée à la frontière avec Gaza.

Le président de Yashar a déclaré qu’il atteindrait cet objectif dans le cadre du plan du président américain Donald Trump pour démilitariser et reconstruire Gaza, lequel a été accepté par le gouvernement Netanyahu, ou bien par le biais d’une action militaire.

Le Hamas contrôle toujours près d’un tiers de la bande de Gaza et conserve des capacités militaires, alors même qu’Israël détient plus de 60 % du territoire, d’après les chiffres publiés par l’armée israélienne en juin.

Ariela Karmel a contribué à cet article.

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