Israël condamne les « attaques » syriennes contre la minorité kurde à Alep
La Turquie prête à "soutenir" l'armée syrienne contre les combattants kurdes à Alep ; les civils autorisés à fuir les quartiers kurdes avant de nouveaux bombardements
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Israël a condamné jeudi le pouvoir syrien pour ce qu’il a présenté comme des « attaques » contre la minorité kurde d’Alep, quelques jours après qu’Israël et la Syrie ont convenu d’un mécanisme de communication, une initiative inédite après des décennies de conflit entre les deux pays.
« Les attaques menées par les forces du régime syrien contre la minorité kurde dans la ville d’Alep sont graves et dangereuses », a écrit le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar sur X, ajoutant que « la répression systématique et meurtrière exercée contre les différentes minorités de Syrie contredit les promesses d’une ’nouvelle Syrie’ ».
En juillet, Israël avait bombardé Damas lors de violences entre les autorités islamistes et les druzes dans le sud de la Syrie, affirmant vouloir protéger cette autre minorité.
Les autorités syriennes ont autorisé les civils à sortir jeudi matin de deux quartiers kurdes d’Alep avant de reprendre le bombardement de ces zones encerclées par l’armée, au troisième jour des violences dans la grande ville du nord de la Syrie.
Dans le reste de la ville, les commerces, les universités et les écoles sont fermés pour le deuxième jour consécutif, selon les correspondants de l’AFP sur place.
Les affrontements qui ont éclaté mardi sont les plus graves dans la ville entre les autorités islamistes et les Kurdes, et ont fait 17 morts.
Ils surviennent alors que les deux parties peinent à appliquer un accord conclu en mars pour intégrer les institutions de l’administration autonome kurde au sein du nouvel Etat syrien.
Mercredi, des milliers de civils avaient déjà fui les deux quartiers kurdes de Cheikh Maqsoud et Achrafieh en empruntant deux « couloirs humanitaires » mis en place par l’armée, avant que ces zones soient pilonnées à l’artillerie.
Jeudi, les autorités ont de nouveau annoncé que les civils pourraient emprunter, entre 10h00 et 13h00 (07h00 GMT et 10H00 GMT) des couloirs sûrs pour sortir, l’armée prévenant qu’elle reprendrait le bombardement une demi-heure après l’expiration de ce délai.
Un responsable militaire sur place a affirmé à l’AFP mercredi que l’opération de l’armée était « limitée » et visait à « faire pression sur les combattants kurdes pour qu’ils quittent la région et que les autorités étendent leur contrôle sur l’ensemble de la ville ».
A Qamishli, principale ville de la zone autonome kurde dans le nord-est de la Syrie, des centaines de personnes ont manifesté jeudi à l’appel des autorités locales pour protester contre ces violences, selon des correspondants de l’AFP.
« Non à la guerre », « Non à l’épuration ethnique », proclamaient les banderoles brandies par les manifestants.
« Nous appelons la communauté internationale à intervenir », a déclaré Salaheddine Cheikhmous, un manifestant de 61 ans.
« Nous ne savons pas où aller », a dit à l’AFP Ahmad, un homme de 38 ans portant son fils sur le dos. « Quatorze ans de guerre, cela suffit ».
« Nous avons été forcés de partir car la situation est très difficile », a pour sa part affirmé Ammar Raji, son chat sous le bras.
« J’ai six enfants, dont deux en bas âge », a expliqué cet homme de 41 ans, déjà forcé de fuir il y a six ans les combats dans sa région de Manbej, pour se réfugier à Alep.
Une haute responsable kurde, Elham Ahmed, a accusé les autorités syriennes de mener « une guerre génocidaire » contre les Kurdes, les appelant à « résoudre les problèmes à travers le dialogue ».
Les autorités ont prolongé jusqu’à jeudi 23h00 (20h00 GMT) la fermeture de l’aéroport d’Alep, décrétée mardi soir.
« Nous n’avons nulle part où fuir », a déclaré à l’AFP Joud Serjian, une mère de famille de 53 ans habitant le quartier syriaque, sous contrôle gouvernemental.
Au cours de la guerre civile (2011-2024), Alep avait connu de violents combats avant que les forces du président d’alors, Bachar al-Assad, reprennent le contrôle des quartiers tenus par les rebelles fin 2016, provoquant l’exode d’une partie de leurs habitants.
Les FDS ont affirmé dans un communiqué qu’elles n’avaient aucune présence à Alep depuis le retrait de leurs combattants en avril, en vertu d’un accord avec les autorités, et que les quartiers kurdes étaient tenus par les forces de sécurité intérieures kurdes (Assayish).
Les deux quartiers « ne représentent en aucun cas une menace militaire et ne peuvent servir de base à aucune attaque contre la ville d’Alep », a assuré le communiqué.
Appelant à « mettre fin immédiatement au siège, aux bombardements et à l’attaque militaire visant les civils (..) », les FDS ont averti que « la poursuite de cette agression (..) pourrait replonger l’ensemble de la Syrie dans une guerre ouverte ».
Les Kurdes, une importante minorité ethnique en Syrie, contrôlent de vastes étendues dans le nord-est du pays, riches en pétrole et en blé.
Soutenues par les Etats-Unis, les FDS ont été le fer de lance de la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique, défait en Syrie en 2019.
Les combats en cours sont les plus violents à Alep entre les Kurdes et les autorités syriennes depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024.
Le nouveau pouvoir s’est engagé à protéger les minorités mais a été confronté à des massacres d’alaouites sur la côte en mars et des violences avec les druzes dans le sud en juillet.
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé mercredi soir les parties à la « retenue » et à la reprise « rapide des négociations » pour la mise en œuvre de l’accord de mars, par la voix de son porte-parole Stéphane Dujarric.
La Turquie s’est dite prête jeudi à « soutenir » l’armée syrienne dans son « opération antiterroriste » contre les combattants kurdes à Alep, principale ville du nord de la Syrie, a annoncé le ministère turc de la Défense.
« Si la Syrie sollicite notre assistance, la Turquie lui apportera le soutien nécessaire », a indiqué le ministère turc évoquant pour sa part une « opération anti-terroriste », au lendemain de combats meurtriers entre forces gouvernementales et kurdes.
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