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Analyse

Israël reste en retrait du conflit entre les États-Unis et l’Iran, une situation qui convient pour l’instant à Jérusalem

Téhéran est déterminé à s'imposer dans le détroit d'Ormuz, et attaquer Israël ne sert en rien cet objectif ; si la situation semble revenir à la normale, aucune solution à la menace iranienne n'est toutefois en vue

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors d'une cérémonie de remise des diplômes organisée pour les pilotes à la base aérienne d'Hatzerim, le 9 juillet 2026. (Crédit : Maayan Toaf / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors d'une cérémonie de remise des diplômes organisée pour les pilotes à la base aérienne d'Hatzerim, le 9 juillet 2026. (Crédit : Maayan Toaf / GPO)

Les forces américaines ont à nouveau frappé l’Iran jeudi, pour la treizième nuit consécutive d’une escalade d’attaques réciproques – et au 37e jour du cessez-le-feu de 60 jours signé par les deux parties en juin.

Le Commandement central américain continue de concentrer ses efforts sur les centres de commandement militaires iraniens, les installations maritimes, les sites de lancement de missiles et de drones, ainsi que les systèmes de défense antiaérienne.

L’Iran, pour sa part, poursuit ses tirs de missiles et de drones contre les pays arabes, assurant qu’il vise des cibles américaines dans la région.

Si les combats sont encore relativement limités pour l’instant, une nouvelle escalade reste toujours possible. Deux soldats américains ont été tués dans une attaque iranienne en Jordanie ce week-end, et un autre a trouvé la mort en Irak.

À la surprise de certains, Israël est jusqu’à présent resté en retrait de cette nouvelle vague de combats. L’Iran, qui a attaqué la Jordanie voisine, n’a toutefois pas encore tiré sur l’État juif.

Rien ne garantit toutefois que cela restera le cas. Lors de la réunion de sécurité convoquée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans la soirée de lundi, des responsables de la défense ont indiqué aux participants qu’un débat animé avait lieu à Téhéran sur l’opportunité d’impliquer Israël dans les hostilités.

Mais pour l’instant, Jérusalem reste en retrait, observant attentivement la situation.

Un homme brandissant une photo géante du nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, à la Grande Mosquée Imam Khomeini (Mosalla), lors des cérémonies funéraires organisées en l’honneur du défunt guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, et des membres de sa famille, à Téhéran, en Iran, le 5 juillet 2026. (Crédit : Altaf Qadri/AP Photo)

« Israël n’a aucun intérêt à s’impliquer dans le conflit entre l’Iran et les États-Unis, qui reste pour l’instant circonscrit. La situation actuelle est celle qui nous convient le mieux », a affirmé le ministre des Finances, Bezalel Smotrich.

Et Smotrich a tout à fait raison. Après avoir été ébranlé par le protocole d’accord catastrophique signé par le président américain Donald Trump le 17 juin, Israël peut désormais voir les choses évoluer dans une direction plus favorable.

Pour autant, tant que la situation actuelle perdure, la menace iranienne ne sera pas écartée.

Ce n’est pas le combat d’Israël

Pour les nouveaux dirigeants iraniens, leur récente lutte contre les États-Unis et Israël (qu’ils considèrent comme victorieuse) a eu un effet qui prime sur tous les autres : le contrôle du détroit d’Ormuz.

L’Iran interprète le protocole d’accord comme lui conférant le pouvoir de contrôler quels navires transitent par cette voie navigable stratégique, et de leur faire payer les droits qu’il juge appropriés. Le pays est désormais déterminé à imposer cette interprétation au reste du monde.

Cette photographie aérienne montre des bateaux ancrés au large de la péninsule de Musandam, au nord d’Oman, près du détroit d’Ormuz, le 27 juin 2026 (Crédit: AFP)

Mais au début du mois, alors que des dizaines de navires traversaient chaque jour le détroit via un couloir sud situé dans les eaux omanaises, sous la conduite de la marine américaine, Téhéran a vu son pouvoir de négociation s’amenuiser – et avec lui la reconnaissance officielle de son contrôle permanent sur Ormuz.

Pour prouver sa détermination, l’Iran a repris le 6 juillet ses attaques contre les navires civils transitant par le détroit, dans l’espoir d’infliger un préjudice économique suffisant au monde et aux électeurs américains pour contraindre Trump à céder à ses exigences concernant Ormuz.

Israël n’est tout simplement pas pertinent pour le projet de l’Iran concernant Ormuz. Frapper Israël ne l’amènera pas à se tourner vers Trump pour le supplier de trouver une issue à l’escalade et de revenir à la table des négociations.

Le président américain Donald Trump s’adressant aux journalistes à sa descente d’Air Force One à la base militaire d’Andrews, dans le Maryland, après avoir assisté à la finale de la Coupe du monde de football, le 19 juillet 2026. (Crédit : Jacquelyn Martin/AP)

Au contraire, Israël se réjouirait de pouvoir entrer dans la bataille.

L’Iran mesure parfaitement de quoi Israël est capable. C’est Israël, et non les États-Unis, qui a éliminé des dizaines de dirigeants iraniens, dont le guide suprême Ali Khamenei, lors des deux guerres que l’État juif a menées contre Téhéran.

Comme l’a indiqué publiquement le ministre iranien des Affaires étrangères, Israël a démontré que ses services de renseignement avaient profondément infiltré le régime. Si Israël était contraint d’entrer en guerre à la suite d’une attaque iranienne, ou s’il recevait le feu vert de Trump, il pourrait bien réserver d’autres surprises, à l’image de la base secrète de drones qu’il avait mise en place en Iran avant l’opération Rising Lion de 2025.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi (à droite), arrive à Bagdad, en Irak, le 28 juin 2026, pour rencontrer son homologue irakien, Fouad Hussein. (Crédit : AP Photo/Hadi Mizban)

Par ailleurs, malgré le flot de menaces de Trump, les attaques américaines restent limitées, et se concentrent principalement sur les capacités qui permettent à l’Iran de menacer le détroit d’Ormuz. Israël ne s’imposerait probablement pas de telles limites – et ce facteur pourrait également entrer en ligne de compte dans les calculs iraniens.

Pour l’instant, Israël n’a guère de raisons de s’opposer à une évolution positive. Les États-Unis continuent d’affaiblir les capacités iraniennes – et refusent toujours de débloquer des milliards de dollars au profit de l’économie iranienne.

Même si le vice-président américain JD Vance pourrait reprocher à Israël l’enlisement des négociations avec l’Iran, cette position reste très marginale. Plus les jours passent, plus il apparaît clairement jusqu’où les dirigeants iraniens sont prêts à aller pour satisfaire leurs exigences, et plus il devient manifeste qu’ils ne sont pas les partenaires de bonne foi que Trump espérait.

Le vice-président américain JD Vance interviewé par Joe Rogan, pour le podcast de ce dernier, le 15 juillet 2026. (Crédit : Capture d’écran/X)

Les mesures visant à inciter les pays arabes à renforcer leur coopération avec Israël en matière de renseignement et de sécurité se multiplient également, alors que leur stratégie de protection par le biais de canaux diplomatiques avec l’Iran s’avère vaine.

Par ailleurs, les citoyens israéliens échappent désormais aux sirènes et aux courses tardives vers les abris anti-bombes. Les vols reprennent progressivement à l’aéroport Ben Gurion et un sentiment de normalité est revenu. Les Israéliens se concentrent à présent sur leurs projets de vacances d’été, et se disputent au sujet des prochaines élections.

Mais cette accalmie inattendue n’est que temporaire. L’Iran n’a fait aucune concession sur son programme nucléaire, et pourrait même se préparer activement à reprendre ses activités d’enrichissement.

De plus, les autres menaces que fait peser l’Iran sur Israël – son programme de missiles balistiques et le réseau de proxys armés à sa solde – ne sont toujours pas résolues ; elles ne font d’ailleurs pas partie des sujets à l’ordre du jour des négociations entre l’Iran et les États-Unis, actuellement suspendues.

Tant que la république islamique existera, ces menaces continueront de représenter un danger pour Israël et la région. Même si les frappes nocturnes des États-Unis contre l’Iran peuvent affaiblir le régime, elles ne suffiront pas à le renverser.

Israël aurait tout intérêt à profiter de cette accalmie tant qu’elle dure, car, tôt ou tard, la reprise des hostilités avec l’Iran paraît inévitable.

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