« Je veux réparer Tsahal » : Noam Tibon évoque l’impact du 7-Octobre et ses projets à la Knesset
Un général à la retraite qui a sauvé sa famille des mains du Hamas dévoile ses plans pour une politique de défense affirmée, appelle à renforcer les forces terrestres et à mettre fin à la politisation de l'armée
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Noam Tibon, au lendemain d’une mission périlleuse visant à sauver la famille de son fils des terroristes du Hamas, le 7 octobre 2023, dit s’être « réveillé transformé ».
Cette expérience, il y a plus de deux ans, a conduit ce général de division à la retraite à jouer un rôle de premier plan dans les manifestations anti-gouvernement organisées durant la guerre et, il y a trois semaines, à se lancer dans l’arène politique, en tant que dernier membre en date du parti centriste Yesh Atid, dirigé par le chef de l’opposition Yair Lapid.
Aujourd’hui, Tibon, 63 ans, affirme s’être fixé des objectifs très ambitieux pour ce qu’il espère être son mandat à la Knesset et au gouvernement : il souhaite, résume-t-il, « réparer l’armée israélienne » qui, selon lui, est désormais politisée et trop docile lorsqu’il s’agit de combattre ses ennemis au-delà de ses frontières.
Tibon, tout comme le Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, a servi dans l’unité d’élite Sayeret Matkal de l’armée israélienne. Il a ensuite gravi les échelons, pour finalement commander le Corps nord de l’armée.
Tibon a quitté l’armée il y a dix ans. Il a ensuite fondé le Defensive Shield of Israel Forum composé d’anciens chefs d’état-major de l’armée israélienne, de dirigeants du Shin Bet et d’autres généraux et responsables de la sécurité, qui a appelé au remplacement du gouvernement actuel. Il a également dirigé le Generals’ Project, une initiative lancée après le 7-Octobre qui a envoyé des généraux de réserve dans les communautés du sud.
Tibon s’est fait connaître en Israël et au-delà pour s’être rendu dans le sud lors du pogrom perpétré par le Hamas le 7-Octobre afin de sauver son fils, le journaliste de Haaretz Amir Tibon, sa belle-fille et leurs deux jeunes enfants dont la maison du kibboutz Nahal Oz avait été prise pour cible. Un documentaire primé a ensuite été réalisé sur ce sauvetage.
Au début du mois, attablé en compagnie du Times of Israel dans un café animé du nord de Tel Aviv, Tibon a évoqué l’impact de son expérience du 7-Octobre, sa décision de se présenter à la Knesset et ce qu’il espère faire une fois là-bas, notamment exiger l’enrôlement des haredim au sein de l’armée et modifier la manière dont celle-ci protège ses citoyens.
Cette interview a été éditée pour des raisons de longueur et de clarté.
Times of Israel : Au cours des deux dernières années, vous avez été très actif dans le mouvement de protestation anti-gouvernement. Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir un homme politique à plein temps ?
Noam Tibon : Je commencerai le 7-Octobre. C’est cette date qui a fondamentalement changé ma vie. Le 7-Octobre, alors que je partais au secours de ma famille, j’ai été témoin de l’échec de l’armée israélienne et du gouvernement.
Le 8 octobre, je me suis réveillé transformé. J’ai décrété que tous ceux qui étaient responsables de cet échec… et en particulier Benjamin Netanyahu, devaient assumer leurs responsabilités et s’en aller.
C’est aussi le 8 octobre que j’ai compris que l’armée israélienne était trop petite. Il nous manquait trois divisions ce jour-là. Et depuis, nous avons perdu une division supplémentaire, plus de 900 morts et 20 000 blessés… Et la seule population capable de combler ces vides, c’est celle des ultra-orthodoxes.
Et depuis lors, depuis ce jour terrible, je me bats pour ces questions… C’est pourquoi j’ai décidé de me lancer en politique une fois ma mission terminée, une fois la guerre terminée. La plupart des otages sont rentrés chez eux, et nous entrons dans une année électorale. J’ai choisi Yesh Atid parce que c’est le parti des fonctionnaires et de la classe moyenne.
Vous considérez-vous comme un politique centriste, comme Lapid ? Quelle a été votre orientation politique ?
Oui, je me positionne au centre, et je vais me concentrer sur la sécurité. C’est ma profession. J’apporterai la sécurité au peuple d’Israël. La sécurité des personnes — car ce qui se passe aujourd’hui sous le mandat de ce clown [le ministre de la Sécurité intérieure Itamar] Ben Gvir est terrible — mais aussi la sécurité des frontières. Je veux réformer l’armée israélienne. Je sais comment faire.
Quels types de réformes préconisez-vous ?
Je veux modifier toute la stratégie de sécurité israélienne. Je pense que nous ne pouvons pas [continuer avec] cette politique d’endiguement. Si, à l’avenir, quelqu’un, à notre frontière, en Judée-Samarie ou dans n’importe quel autre pays, menace l’État d’Israël, nous attaquerons. Nous n’attendrons pas.
La première chose sur laquelle je vais travailler et que je vais changer, c’est la doctrine israélienne. Je vais réintroduire la notion de « guerre préventive ».
Nous commencerons par la doctrine. Ensuite, nous passerons au renforcement de l’armée israélienne afin que, à chaque minute, chaque personne en Israël soit protégée. C’est pour cela que nous avons besoin de beaucoup de soldats… et nous réorganiserons les services de renseignement israéliens. Le problème n’est en effet pas d’obtenir des renseignements, mais plutôt de savoir comment les interpréter. Il y a donc beaucoup à faire.
Netanyahu et [l’ancien chef du Mossad] Yossi Cohen ont apporté de l’argent du Qatar, de l’argent liquide, entre les mains du Hamas afin que celui-ci reste tranquille. Nous savons que c’est cela qui a fait du Hamas un monstre. [Netanyahu pensait que] le Hamas était un atout, [et] qu’il jouait un rôle de dissuasion. C’est cela qui a conduit au 7-Octobre. C’est pourquoi, si nous voyons un monstre à notre frontière, nous devons l’attaquer. Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre.
Comment réorganiseriez-vous l’armée, tant en termes de structure que de composition des forces et de doctrine de défense ?
Nous devrons mettre en place des forces frontalières et trois divisions de manœuvre supplémentaires [chargées des offensives terrestres].
Certaines forces seront chargées d’assurer la sécurité et d’autres seront prêtes à intervenir. Nous devrons être prêts à combattre sur deux fronts simultanément.
[Mais] le plus important, c’est de séparer armée et politique. Ce dont nous sommes actuellement témoins avec le « ministre de l’exemption » Katz [le ministre de la Défense Israel Katz], c’est l’introduction de la politique dans l’armée.
Vous faites référence à sa querelle publique avec le chef d’état-major de l’armée israélienne Eyal Zamir ?
Oui. Tout cela relève de la politique. Sa mission consiste uniquement à soutenir l’armée israélienne et Zamir. Mais au lieu de cela, il se bat pour [le maintien] des exemptions [du service militaire pour la communauté ultra-orthodoxe].
Le Premier ministre Netanyahu a annoncé qu’il souhaitait renforcer la production militaire nationale. Pensez-vous que ce soit une bonne chose ?
D’abord, je vais vous dire quelque chose qui m’inquiète vraiment. Ensuite, je répondrai à votre question.
Aujourd’hui, à Gaza, le contrôle ne se trouve pas entre les mains d’Israël, mais entre celles des États-Unis. Une situation qui ne s’était jamais produite auparavant.
Nous avons, j’en suis convaincu, une industrie de la sécurité d’un excellent niveau, des chars d’assaut jusqu’à la cyber-sécurité. Et oui, nous avons besoin de toute l’artillerie et de presque tout ce que l’on peut construire ici, et nous devons le construire ici, afin qu’en cas d’embargo [sur les armes], nous ne soyons pas contraints d’arrêter [les opérations militaires]. Mais Bibi fait exactement le contraire. Il dit la même chose que moi, mais d’un autre côté, il donne davantage de contrôle aux États-Unis.
Êtes-vous en train de dire qu’Israël devrait essayer de réduire sa dépendance à l’aide militaire américaine ? Cela nous rend-il trop dépendants d’une puissance étrangère, même alliée ?
À mon sens, Israël doit être l’unique entité responsable de la sécurité de notre pays. Nous avons certes besoin d’une relation stratégique avec les États-Unis. C’est extrêmement important. Mais en termes de forces sur le terrain, Israël et son armée devraient être les seuls responsables. Je suis convaincu que ce qui se passe aujourd’hui à Gaza est très dangereux au regard de ce principe.
Je pense que, lorsque nous nous projetons dans l’avenir, nous devons aussi nous préparer au jour où les États-Unis nous diront : « Écoutez, les gars, nous réduisons ce budget. »
Risquons-nous, à l’avenir, une autre attaque du type de celle du 7-Octobre, depuis la Cisjordanie ou le Liban ?
J’espère que non, mais nous devons nous préparer. C’est pourquoi nous avons besoin de davantage de soldats. Je vais vous montrer comment cela s’est passé à Nahal Oz. Lorsque [mon fils] Amir et [sa femme] Miri sont arrivés à Nahal Oz, il y avait des soldats à l’intérieur du kibboutz.
Ensuite, ils ont construit la barrière. Les seuls soldats qui restaient étaient ceux placés à l’entrée.
Puis ils ont déclaré : « Très bien, nous avons tout cet équipement électronique. Nous n’avons plus besoin de soldats. » Le 7-Octobre, ils se sont battus seuls. C’est pour cette raison que je suis convaincu que pendant les 20 ou 30 prochaines années, nous aurons besoin de soldats… partout.
Partout où il y a des Juifs, nous devons assurer leur protection.
Voulez-vous devenir ministre de la Défense ?
Mon objectif est de faire partie d’une équipe, de remporter les élections et de former un gouvernement fort et stable. Pour l’instant, je n’envisage aucun poste.
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