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L'accès aux archives est de plus en plus difficile

« Jews in the Garden » expose les coupables polonais de la Shoah

Dans son livre, la journaliste d'investigation Judy Rakowsky révèle le sort longtemps caché de parents assassinés par leurs compatriotes alors qu'ils se cachaient des nazis

  • Unité de la résistance clandestine polonaise à l'occupation allemande, l'Armée de l'Intérieur. (Crédit : Domaine public)
    Unité de la résistance clandestine polonaise à l'occupation allemande, l'Armée de l'Intérieur. (Crédit : Domaine public)
  • La vérité a été découverte lorsqu'un ancien chef du Bataillon des paysans a révélé à Sam Rakowski que des membres de son groupe avaient assassiné les Rozeneks. (Crédit : Judy Rakowsky)
    La vérité a été découverte lorsqu'un ancien chef du Bataillon des paysans a révélé à Sam Rakowski que des membres de son groupe avaient assassiné les Rozeneks. (Crédit : Judy Rakowsky)
  • Unité de la résistance clandestine polonaise à l'occupation allemande, l'Armée de l'Intérieur. (Crédit : Domaine public)
    Unité de la résistance clandestine polonaise à l'occupation allemande, l'Armée de l'Intérieur. (Crédit : Domaine public)

Après avoir localisé la fosse commune de cinq parents assassinés pendant la Shoah, la journaliste d’investigation Judy Rakowsky et son cousin ont décidé de ne pas marquer le site de peur d’attirer des vandales, des pilleurs de tombes ou des habitants en colère. Au lieu de cela, elle a décidé d’écrire un livre sur eux – et sur leurs meurtriers probables.

Publié le 11 juillet 2023, Jews in the Garden : A Holocaust Survivor, the Fate of His Family, and the Secret History of Poland in World War II [Les Juifs dans le jardin : un survivant de la Shoah, le destin de sa famille et l’histoire secrète de la Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale] retrace l’enquête menée par Rakowsky sur le sort de deux groupes de sa famille, assassinés dans des circonstances mystérieuses vers la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Cinq membres de la famille de Rakowsky ont été assassinés dans une ferme de la banlieue de Cracovie, après y avoir été cachés pendant dix-huit mois. L’une d’entre eux, Hena Rozenek, âgée de 16 ans, a échappé au massacre et Rokowsky a entrepris de découvrir ce qu’il lui était arrivé.

Un témoin lui a raconté que les membres de sa famille avaient été cachés dans la ferme : « [La famille] était enterrée à côté d’un grand cerisier. Chaque année, l’arbre donnait des fruits, mais les cerises noircissaient rapidement. Tout le monde avait peur de les manger, pensant qu’elles pouvaient être empoisonnées ou maudites par les Juifs enterrés dessous. Puis l’arbre est mort ».

Poursuivant des dizaines de pistes dans le cadre d’une recherche qui allait durer une trentaine d’années, Rakowsky a fait équipe avec son cousin – Sam Rakowski Ron, un survivant de la Shoah âgé de 98 ans. Ensemble, ils ont effectué neuf voyages de recherche en Pologne.

Alors que Rakowsky et son cousin avaient un accès de plus en plus facile aux documents d’archives lors de leurs premières visites en Pologne, la situation s’est considérablement détériorée au cours des dernières années.

Sam Rakowsky Ron, survivant de l’Holocauste (Crédit : USHMM)

« L’accès aux archives était difficile dans ce pays. Et nous avons remarqué un changement après l’arrivée au pouvoir du parti [Droit et Justice]. Tout est devenu encore plus difficile », a déclaré Rakowsky, journaliste et rédactrice en chef pour des publications telles que People Magazine et The Boston Globe.

Au début du livre Jews in the Garden, Rakowsky raconte comment les partisans polonais – membres du mouvement de Résistance de l’Armée de l’Intérieur – sont responsables de l’assassinat de ses proches. Les partisans auraient notamment forcé les Juifs à sauter d’une fenêtre du deuxième étage tout en leur tirant dessus pour les abattre.

Après la guerre, certains membres de l’Armée de l’Intérieur ont été félicités par Yad Vashem pour avoir aidé à sauver des Juifs. Il existe cependant de nombreux autres témoignages documentés de « partisans » polonais traquant les Juifs qui se cachent et les assassinant, que ce soit pour leurs objets de valeur, leurs biens ou par pur antisémitisme.

« Pour ce qui est de l’Armée de l’Intérieur, j’ai voulu rester très fidèle aux faits [dans le livre] », a déclaré Rakowsky au Times of Israel. « L’Armée de l’Intérieur ne contrôlait pas tous les sous-groupes. Les choses étaient différentes selon le degré de contrôle qu’elle exerçait ou pas », a-t-elle ajouté.

La journaliste d’investigation Judy Rakowsky et son cousin Sam Rakowski Ron en mars 2022. (Crédit : Autorisation)

Rakowsky a appris que des partisans avaient massacré des Juifs dans toute la région de Cracovie, qui comprend la ville natale de son cousin, Kazimierza Wielka, dans le livre de référence, Night Without End : The Fate of Jews in German-Occupied Poland [Nuit sans fin : le sort des Juifs dans la Pologne occupée par les Allemands].

« C’est tellement déprimant », dit-elle à propos de l’ouvrage. « L’étude du comté d’où vient ma famille n’a jamais été traduite en anglais. Cela fait froid dans le dos », a déclaré Rakowsky.

Pendant la phase dite de Judenjagd [chasse aux Juifs] de la Shoah en Pologne, les Juifs qui avaient survécu à la déportation vers les trois camps de la mort allemands dans le cadre de l’Opération Reinhard » ont été capturés par les Allemands en collaboration avec les autorités polonaises et – fait crucial – avec les Polonais qui avaient révélé les lieux où se trouvaient des Juifs cachés.

Ces dernières années, le gouvernement polonais a engagé des poursuites judiciaires contre plusieurs historiens qui avaient publié des recherches « diffamatoires » sur les activités des Polonais pendant la Shoah.

« Les gouvernements se sont mis à faire du narratif historique », a affirmé Rakowsky. « Et c’est réellement regrettable, car les exploits des partisans devraient être célébrés », a-t-elle ajouté. Elle prévoit de se rendre en Pologne avec son cousin au mois de septembre.

Unité de la résistance clandestine polonaise à l’occupation allemande, l’Armée de l’Intérieur. (Crédit : Domaine public)

« Il ne faut pas que l’Histoire se mette à ressembler à un script hollywoodien, sinon nous ne surmonterons jamais ce qui s’est passé », a déclaré Rakowsky. « Beaucoup de Polonais veulent célébrer l’histoire des Juifs qui ont vécu dans leur pays et la connaître. Et ceci est un obstacle ».

Ils voulaient juste vivre

Rakowsky comptait beaucoup sur son cousin, survivant de la Shoah, pour traduire les conversations en anglais lors de ses voyages en Pologne. À un moment donné, Sam a dit à Rakowsky qu’elle était un « fardeau » et que sa présence n’était pas nécessaire pour le prochain voyage.

« J’ai commencé à m’impliquer davantage après avoir été légèrement mise à l’écart par lui », a confié Rakowsky, qui a fini par gagner l’admiration de son cousin en découvrant bien plus de choses que prévu.

Jews in the Garden par Judy Rakowsky. (Crédit : Autorisation de Judy Rakowsky)

Pendant la guerre, Sam Rakowsky s’est introduit clandestinement dans le ghetto de Cracovie pour échapper à la capture en dehors de la ville. Il a été emprisonné dans plusieurs camps de travail forcé et a survécu à une marche de la mort depuis le camp de concentration de Sachsenhausen, près de Berlin, en 1944.

Rakowsky et son cousin rentraient aux États-Unis après chacune de leurs visites en Pologne avec quelques pièces supplémentaires du puzzle.

Sam se montrait très chaleureux lors de ses rencontres en Pologne, convaincant ses interlocuteurs d’ouvrir les tiroirs des archives et de révéler des souvenirs traumatisants », explique Rakowsky.

« Nous avons pu nous rapprocher de parents de personnes qui ont essayé de sauver notre famille », a déclaré Rakowsky.

L’une des intrigues secondaires du livre est la relation entre Rakowsky et Danuta Sodo Ogorek, dont les grands-parents ont caché les membres de la famille de Rakowsky dans leur ferme.

« Découvrir par hasard qu’une famille de cinq personnes était enterrée dans une cour de ferme était déjà choquant, sans parler du fait qu’il s’agissait de la tante et de l’oncle de Sam et de trois cousins plus âgés », écrit Rakowsky à propos de l’emplacement de la fosse commune dans la ferme de Sodo.

Le plus étonnant, c’est que la famille Sodo reste à ce jour stigmatisée pour avoir tenté de sauver des Juifs, comme l’explique Rakowsky.

« La communauté avait rejeté sa famille, punissant non seulement ses grands-parents pour avoir tenté de sauver cinq vies, mais leur gardant rancune pendant trois générations », a écrit Rakowsky. « Elle a ignoré tout cela. Cela en disait plus sur eux que sur sa famille ».

La vérité a été découverte lorsqu’un ancien chef du Bataillon des paysans a révélé à Sam Rakowski que des membres de son groupe avaient assassiné les Rozeneks. (Crédit : Judy Rakowsky)

Sodo, écrit Judy Rakowsky, était inspiré par la foi catholique de sa famille. Mais pendant l’occupation allemande du village, les voisins ont commencé à reprocher à la famille Sodo de cacher des Juifs, car ils estimaient que cela exposait le village tout entier aux représailles allemandes.

« Ces Juifs, votre famille, ils voulaient juste vivre », a déclaré Sodo à Rakowsky.

Longtemps après la fin de la guerre, Mme Sodo et son mari ont construit une nouvelle maison sur la ferme familiale. En choisissant le site, ils ont tenu compte de l’emplacement de la fosse commune où les proches de Rakowsky ont été enterrés.

Lors de l’une de ses dernières visites en Pologne, Rakowsky et Sodo ont discuté des raisons qui poussaient la première à revenir dans le pays. Selon Sodo, la raison est simple.

Paysans polonais assassinés par les forces allemandes à Radom, Pologne, 1943. (Crédit : Domaine public)

« Votre famille est ici », a dit Sodo à Rakowsky. Cette réponse a provoqué un déclic chez la journaliste d’investigation.

« J’ai frissonné », écrit Rakowsky. « Je n’étais plus seulement une accompagnatrice ou une spectatrice. Cette terre, ces histoires, faisaient désormais partie de moi ».

Jews in the Garden : A Holocaust Survivor, the Fate of His Family, and the Secret History of Poland in World War II par Judy Rakowsky.

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