Yad Vashem : La décision polonaise « une menace pour les études universitaires »
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Yad Vashem : La décision polonaise « une menace pour les études universitaires »

Le mémorial de la Shoah de Jérusalem met en garde contre les implications du verdict d'un tribunal polonais qui serait une atteinte à la liberté des études universitaires

Barbara Engelking, spécialiste de la Shoah, (à gauche) et Jan Grabowski, spécialiste de la Shoah, (à droite). (Yad Vashem via AP / Autorisation)
Barbara Engelking, spécialiste de la Shoah, (à gauche) et Jan Grabowski, spécialiste de la Shoah, (à droite). (Yad Vashem via AP / Autorisation)

Le musée du mémorial de la Shoah de Yad Vashem à Jérusalem s’est dit « profondément préoccupé » par la décision d’un tribunal polonais selon laquelle les spécialistes de la Shoah Barbara Engelking et Jan Grabowski doivent s’excuser d’avoir diffusé de fausses informations sur un homme qui, selon eux, aurait aidé à tuer des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

« Yad Vashem reconnaît le verdict du tribunal, mais reste profondément troublé par ses implications », peut-on lire dans un communiqué. « Toute tentative de limiter le discours universitaire et public par des pressions politiques ou juridiques est inacceptable et constitue un coup dur pour la liberté des études universitaires ».

« La recherche historique doit refléter la réalité complexe qui existait à une époque donnée, fondée sur l’analyse scrupuleuse d’un ensemble de documents existants, comme l’ont fait les chercheurs dans cet ouvrage approfondi », poursuit-il. « Yad Vashem connaît et respecte le travail professionnel des universitaires et publiera d’ailleurs l’édition anglaise de leur livre. Comme toute recherche, ce volume sur le sort des Juifs pendant la Shoah fait partie d’une discussion en cours et, en tant que tel, il est sujet à critique dans les milieux universitaires, mais pas dans les tribunaux.

« La documentation diverse existante, ainsi que plusieurs décennies de recherches historiques, montrent que sous l’occupation draconienne de la Pologne par l’Allemagne nazie et malgré les souffrances généralisées du peuple polonais sous cette occupation, il y a eu des Polonais qui ont participé activement à la persécution des Juifs et à leur assassinat.

« La judiciarisation des chercheurs et des journalistes qui traitent de ces questions, au lieu de poursuivre le débat universitaire comme c’est la norme dans le monde entier, constitue une réelle menace pour la liberté universitaire et la liberté de la presse », a écrit Yad Vashem.

La justice polonaise a ordonné mardi à deux historiens renommés de publier des excuses en raison d’ « inexactitudes » dans un livre sur la Shoah dont ils sont les auteurs, à l’issue d’un procès en diffamation qui a suscité un vif débat sur la liberté de la recherche scientifique dans le pays.

Les professeurs Barbara Engelking, présidente du Conseil international d’Auschwitz, et Jan Grabowski de l’Université d’Ottawa, sont co-auteurs d’un ouvrage intitulé Plus loin, c’est encore la nuit, qui fait état de nombreux cas de complicité de Polonais dans le génocide juif pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le procès a été intenté par la nièce d’Edward Malinowski, qui fut maire du village de Malinowo (nord-est) pendant l’occupation allemande, et dont l’implication présumée dans un massacre de Juifs est brièvement évoquée dans cet ouvrage.

La juge Ewa Jonczyk a conclu à l’ « inexactitude » des affirmations sur l’implication de M. Malinowski dans ce massacre et a reconnu le droit de la plaignante, Filomena Leszczynska, au « culte de la personne décédée ».

La magistrate a toutefois rejeté une requête en dédommagement de plus de 22 000 euros pour éviter un « effet dissuasif pour d’autres recherches ».

Les chercheurs ont annoncé vouloir faire appel.

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