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Pologne: 2 spécialistes de la Shoah condamnés à s’excuser pour « inexactitudes »

"Je respecte la décision de justice mais j'ai dû mal à l'accepter. J'espère que nos raisons seront prises en compte" en appel, a précisé le professeur Jan Grabowski

Le Professeur Jan Grabowski, auteur de 'Hunt for the Jews : "Betrayal and Murder in German-Occupied Poland." ["Chasse aux Juifs : Trahison et meurtre en Pologne occupée par les Allemands."(Crédit : capture d'écran YouTube)
Le Professeur Jan Grabowski, auteur de 'Hunt for the Jews : "Betrayal and Murder in German-Occupied Poland." ["Chasse aux Juifs : Trahison et meurtre en Pologne occupée par les Allemands."(Crédit : capture d'écran YouTube)

La justice polonaise a ordonné mardi à deux historiens renommés de publier des excuses en raison d’ « inexactitudes » dans un livre sur la Shoah dont ils sont les auteurs, à l’issue d’un procès en diffamation qui a suscité un vif débat sur la liberté de la recherche scientifique dans le pays.

Les professeurs Barbara Engelking, présidente du Conseil international d’Auschwitz, et Jan Grabowski de l’Université d’Ottawa, sont co-auteurs d’un ouvrage intitulé Plus loin, c’est encore la nuit, qui fait état de nombreux cas de complicité de Polonais dans le génocide juif pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le procès a été intenté par la nièce d’Edward Malinowski, qui fut maire du village de Malinowo (nord-est) pendant l’occupation allemande, et dont l’implication présumée dans un massacre de Juifs est brièvement évoquée dans cet ouvrage.

La juge Ewa Jonczyk a conclu à l’ « inexactitude » des affirmations sur l’implication de M. Malinowski dans ce massacre et a reconnu le droit de la plaignante, Filomena Leszczynska, au « culte de la personne décédée ».

La magistrate a toutefois rejeté une requête en dédommagement de plus de 22 000 euros pour éviter un « effet dissuasif pour d’autres recherches ».

Les chercheurs ont annoncé vouloir faire appel.

Barbara Engelking (Crédit : Adrian Grycuk/CC BY-SA 3.0 pl)

« Je respecte la décision de justice mais j’ai dû mal à l’accepter. J’espère que nos raisons seront prises en compte » en appel, a précisé le professeur Grabowski au quotidien Gazeta Wyborcza.

Le procès s’est tenu dans un climat de défiance, encore renforcée depuis l’arrivée au pouvoir en Pologne d’une droite nationaliste accusée de vouloir réécrire l’histoire du pays et décourager les enquêtes sur les agissements polonais sous l’occupation allemande.

Le Mémorial de la Shoah de Jérusalem, et nombre d’organisations juives et de chercheurs des deux côtés de l’Atlantique, ont vivement condamné les poursuites judiciaires engagées contre les historiens.

En réaction au verdict de la justice polonaise, Ronald S. Lauder, le président du Congrès juif mondial, a fait part mardi de sa « consternation » par une décision qui « n’est pas de bon augure pour l’avenir de la recherche historique en Pologne ».

« J’espère que le verdict d’aujourd’hui sera annulé en appel et que le jour viendra où les décisions concernant l’intégrité de l’histoire seront à nouveau laissées aux historiens et non aux politiciens ou aux juges », a ajouté M. Lauder, dans un communiqué.
Six millions de Polonais, dont trois millions de Juifs, ont péri entre 1939 et 1945, sous l’occupation allemande.

L’attitude des Polonais face à leurs voisins juifs était loin d’être homogène, dans ce pays. Si, d’un côté, de nombreux cas d’indifférence, parfois de cruauté, à l’égard de Juifs ont été décrits par les historiens, la Pologne compte aussi le plus grand nombre de « Justes parmi les Nations » de tous les pays, soit plus de 7 000 personnes honorées par Yad Vashem pour avoir sauvé des juifs pendant la guerre.

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