La Matsa à la cantine, signe de « diversité » ? L’ex-doyen de l’Université de Virginie en doute
Selon Jim Ryan, poussé selon lui vers la sortie par le parti républicain, le concept de la « Diversité, Équité et Inclusion » a laissé des questions sans réponse, dont celle de sa compatibilité avec la nourriture casher
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JTA – Plusieurs mois après avoir été forcé de quitter son poste de doyen de l’Université de Virginie, Jim Ryan continue de penser au repas de Pessah.
Poussé vers la sortie, l’été dernier, par le parti républicain et ses pressions sur l’université publique, Ryan y voit un sujet complexe dans sa relation avec «l’interdit sur la Diversité, Équité et Inclusion » édicté cette année par le conseil d’administration de l’établissement public.
L’interdiction en question avait été rédigée par le bureau du gouverneur républicain de l’État.
« Je ne comprends toujours pas ce que cela signifie de tuer la diversité, l’équité et l’inclusion », a écrit Ryan dans une lettre adressée vendredi au sénat de la faculté de l’Université de Virginie, racontant sa version de l’histoire.
« Par exemple, cela signifie-t-il que nous ne pourrons plus faire venir de bons étudiants [immigrants[ de première génération dans les régions rurales de Virginie, ou leur offrir une aide financière, ou même servir de la matsa à la cantine pour Pessah, pour la raison que cela servirait les intérêts de la diversité, de l’équité et/ou de l’inclusion ? », poursuit-il.
Cette question franche est le reflet de combats de plus grande ampleur qui se sont livrés sur les campus pour satisfaire les demandes conservatrices sur l’antisémitisme et la Diversité, l’Équité et l’Inclusion.
L’administration Trump a repris le flambeau de l’antisémitisme sur les campus suite au pogrom du 7 octobre et forcé les universités à apporter des changements substantiels afin de garder leurs subventions fédérales – non seulement dans leurs relations avec les étudiants juifs, mais aussi en ce qui concerne d’autres chevaux de bataille conservateurs comme les initiatives Diversité, Équité et Inclusion.
Première université publique à conclure un accord avec Trump pour mettre un terme à un recours sur l’antisémitisme, l’Université de Virginie n’a pas tardé à se ranger derrière « l’interdit de la Diversité, Équité et Inclusion ».
L’établissement est sur le point de se transformer en poudrière au moment où Glenn Youngkin, le gouverneur républicain sortant promoteur de l’interdit de la Diversité, Équité et Inclusion, et la gouverneure démocrate élue, Abigail Spanberger, élue dans le cadre d’une « vague bleue » contre Trump, se disputent pour savoir qui nommera le successeur de Ryan.
Ryan, qui reste professeur émérite de l’Université, a écrit qu’il se sentait obligé de revenir sur sa démission parce que les affirmations de Youngkin sur la réalité de la situation à l’Université de Virginie devaient être corrigées.
« Je pense qu’il est temps de remettre les pendules à l’heure, ce qui, espérons le, permettra à l’Université de Virginie d’apporter tous les changements nécessaires afin de clore ce chapitre et d’entamer un nouveau chapitre dans l’histoire de cette remarquable université », a-t-il écrit.
L’interdiction de la Diversité, Équité et Inclusion n’est qu’une partie des problèmes qu’a affrontés l’Université de Virginie cet été.
Une enquête du ministère de la Justice sur l’admission des étudiants et le recrutement des personnels, explique Ryan, s’est rapidement muée en une enquête sur l’antisémitisme.
« Nous avions collecté d’importantes informations au sujet des admissions pour nos douze écoles, et quelques jours avant la date limite de réponse, nous avons reçu une nouvelle enquête du ministère de la Justice au sujet d’une autre école », écrit-il.
« Ils ont également envoyé une lettre pour poser des questions sur l’antisémitisme et un incident présumé d’antisémitisme. Chaque fois que la portée de l’enquête du ministère de la Justice s’est élargie, nos avocats ont demandé et obtenu des délais supplémentaires pour produire les documents. »
Dans sa lettre, Ryan ne donne pas de détails sur cet « incident présumé d’antisémitisme » mais explique que l’intérêt des enquêteurs pour l’antisémitisme semblait faire « partie d’un plan » du ministère de la Justice pour faire assaut d’accusations contre l’établissement. Il émet par ailleurs l’hypothèse que les enquêteurs utilisaient ces allégations pour faire pression sur l’établissement.
« Il m’est impossible de le savoir, mais le moment où les lettres du ministère de la Justice ont été envoyées, la portée croissante de leurs enquêtes et leur volonté de nous accorder prolongation après prolongation m’ont fait me demander plus d’une fois si le ministère de la Justice était réellement intéressé par notre réponse », écrit-il.
Ce qui l’a mené à la conclusion que le gouvernement ne laisserait pas tomber ses enquêtes, y compris sur l’antisémitisme, à moins qu’il ne démissionne.
C’est précisément ce que Ryan a fait en juin dernier, après quoi l’Université de Virginie a conclu un accord avec le gouvernement pour abandonner l’enquête sur l’antisémitisme.
Contrairement à d’autres accords universitaires conclus avec Trump, celui-ci n’exigeait pas que l’Université de Virginie règle une amende. L’établissement a accepté de se conformer aux directives du ministère de la Justice sur d’autres questions non liées à l’antisémitisme, y compris l’interdit général préexistant sur la Diversité, Équité et Inclusion.
Pour en revenir à la question de la matsa dans les cantines, aucun établissement n’a encore été taxé d’inclusivité pour avoir proposé des plats casher. De fait, plusieurs universités accusées d’antisémitisme en raison de leur gestion des manifestations anti-Israël se sont mises à proposer des salles à manger casher dans le cadre de leur ouverture aux étudiants juifs.
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