Le monde redevient dangereux pour les Juifs. Israël doit mettre de l’ordre chez lui
Ce n'est pas l'Allemagne nazie des années 30. Mais c'est une crise mondiale pour les Juifs — qui exige un Israël fort et uni pour protéger dans la durée ses valeurs
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David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Cet éditorial est adapté d’un discours que j’ai prononcé la semaine dernière à l’Institut Irwin Cotler de l’Université de Tel Aviv. Pour rejoindre la communauté du ToI, cliquez ici.
Il ne se passe pas une semaine sans que l’on recense des niveaux records ou quasi-records d’antisémitisme — agressions, incidents, propos —, que ce soit en Allemagne, au Canada, en Australie, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France, en Italie, en Belgique… la liste est longue.
Je vais d’abord me concentrer sur l’Angleterre, le pays dans lequel j’ai passé mon enfance avant de venir m’installer en Israël il y a de cela 40 ans, et où je me rends souvent. C’est la communauté que je connais le mieux et celle avec laquelle j’ai les plus fortes affinités. Mais le tableau que je vais dépeindre est emblématique de la réalité et des difficultés auxquelles sont confrontées d’autres communautés juives de la Diaspora.
Je vais commencer par un peu d’histoire familiale ; cela pourra paraître étrange alors que l’on parle d’une crise très actuelle, mais vous allez très vite comprendre.
Du côté maternel, ma famille est globalement orthodoxe, et même parfois rabbinique. Mon arrière-grand-père a fondé la synagogue de la Borneplatz, à Francfort, et ils incarnent ce mélange assez courant de Juifs très orthodoxes et de citoyens allemands très loyaux. Mon grand-père a servi dans l’armée allemande pendant la Première Guerre mondiale — en fait, il a failli y être tué, blessé juste au-dessus du cœur. J’ai chez moi la Croix de fer qui lui a été décernée ; une médaille bien particulière, compte tenu de son utilisation massive par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.
Il a fallu un certain temps à mon grand-père pour intérioriser le fait que les nazis n’étaient pas un moment passager et que les Juifs n’avaient pas d’avenir dans l’Allemagne nazie. Il était avocat, et on raconte que l’un de ses clients, juif et injustement emprisonné, s’était donné la mort, ce qui lui a fait comprendre qu’il devait fuir avec les siens.
Ils ont donc fui vers l’Angleterre en 1937 ; la synagogue de mon arrière-grand-père a été incendiée et détruite lors de la Nuit de Cristal l’année suivante.
Les Horovitz se sont installés dans le nord-ouest de Londres, dans un quartier à forte population juive appelé Golders Green, et ils ont recommencé de zéro.
Chaque Shabbat, quand j’étais enfant, nous allions à pied, depuis notre maison de Hendon, non loin de là, rendre visite à ma merveilleuse grand-mère à Golders Green — une marche paisible de 20 minutes dans une partie de Londres particulièrement verdoyante.
Il y a de cela trois mois, quatre ambulances appartenant à Hatzola, un service d’urgence bénévole juif, ont été détruites par des incendiaires devant une synagogue dans la rue principale de Golders Green Road, à quelques pas de la maison de ma regrettée grand-mère. Moins d’un mois plus tard, deux hommes juifs ont été poignardés tout près de là, l’un d’eux étant gravement blessé ; le suspect, un musulman né en Somalie, inculpé de tentative de meurtre, aurait voulu s’en prendre à des personnes « ostensiblement juives ».
D’autres synagogues de Londres ont été attaquées ces derniers mois. Pour Yom Kippour, en octobre dernier, un ressortissant britannique né en Syrie s’en est pris à des fidèles dans une synagogue de Manchester, dans le nord-ouest de l’Angleterre, tuant l’un d’entre eux. Un second fidèle a été tué, par erreur, par la police alors qu’il bloquait les portes de la synagogue.
Il y avait un fond d’antisémitisme dans l’Angleterre dans laquelle j’ai grandi. J’ai étudié dans un lycée juif de Camden Town, un quartier populaire du centre-ville, et nous avions parfois des bagarres à l’arrêt de bus avec les enfants de l’école non-juive d’à côté, mais elles n’étaient pas particulièrement violentes et personne n’a jamais été grièvement blessé.
Les différents ministres juifs des gouvernements de Margaret Thatcher ne parlaient pas trop de leur judéité ; une grande partie de la communauté craignait d’attirer l’attention, estimant peut-être qu’elle vivait au Royaume-Uni par tolérance. Mais Thatcher était philosémite, et l’un de ses conseillers les plus fiables était le grand rabbin Immanuel Jakobovitz. Aucun des gouvernements de mon enfance, et encore moins celui de Thatcher — et aucun depuis, je dirais — n’a soufflé sur les braises de l’antisémitisme.
En fait, le judaïsme anglo-saxon s’est enhardi dans les décennies qui ont suivi mon installation en Israël. Le tournant a été la candidature du leader du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, au poste de Premier ministre en 2019, lorsque Ephraim Mirvis, le grand rabbin britannique d’alors et d’aujourd’hui, a fait quelque chose de radicalement sans précédent. À contrecœur, Mirvis est entré en politique en signant une tribune dans The Times dans laquelle il accusait le « racisme anti-juif — un poison — cautionné au plus haut niveau » de s’être « enraciné » au sein du Parti travailliste de Corbyn, et décourageait presque explicitement l’électorat britannique de voter pour Corbyn.
« Je demande à chacun de voter en son âme et conscience », a écrit Mirvis. « Ne vous y trompez pas – l’âme même de notre nation est en jeu. »
Corbyn, cet obsédé anti-Israël et, à mon sens, antisémite, a perdu les élections et de beaucoup — en partie peut-être à cause de son antisémitisme — et a été évincé du Parti travailliste par le Premier ministre aujourd’hui sortant Keir Starmer, dont l’épouse est juive et a de la famille en Israël.
À l’instar des travaillistes, le principal parti d’opposition, celui des conservateurs, s’est engagé à protéger la vie des Juifs britanniques et serait probablement plus proactif en la matière que celui de Starmer, manifestement sans grande volonté.
Mais le Green party, dont le leader est à la fois juif et extrêmement hostile à Israël, est criblé d’antisémitisme et en pleine ascension depuis l’extrême gauche, et le parti le plus populaire de Grande-Bretagne, la formation de droite dure et anti-immigration Reform UK, de Nigel Farage, est perçu avec inquiétude par une grande partie des 300 000 Juifs britanniques.
En Angleterre comme ailleurs, l’hostilité obsessionnelle envers Israël et l’antisémitisme sont un terrain d’entente pour les extrémistes de gauche comme de droite.
Lors d’un voyage assez récent à Londres, ma femme et moi avons vu des manifestants anti-Israël défiler sur Regent Street, unis dans leur intérêt pour le seul – et petit – pays du peuple juif, assiégé et certes loin d’être parfait. En février 2024, des militants anti-Israël ont projeté sur Big Ben, la tour de l’horloge du Parlement, matrice de toutes les démocraties, le slogan « Du fleuve à la mer », sans doute un appel à l’éradication d’Israël.
Il y a de cela cinq mois, un jury britannique n’a pas condamné un militant anti-Israël de Palestine Action pourtant vu dans une vidéo en train d’attaquer et de blesser grièvement une policière à coups de masse lors d’un raid contre une usine gérée par la société de défense israélienne Elbit.
À ce moment-là, je me suis demandé si la Grande-Bretagne dominante était à ce point gangrénée par la haine d’Israël qu’elle ne pouvait se résoudre à punir un militant anti-Israël qui avait commis l’impensable : attaquer une policière britannique. Mais « l’homme à la masse » a été condamné à l’issue d’un autre procès, en mai dernier, et a été incarcéré le mois dernier pour purger une peine de prison de huit années.
Certains de ces incidents soulignent l’obsession pour les crimes et les crimes présumés d’Israël — une prétendue préoccupation pour les droits de l’homme mais centrée uniquement sur Israël ; l’indifférence est absolue, par exemple, face au meurtre de masse de dizaines de milliers de civils iraniens par leur propre gouvernement, en début d’année. À mon sens, lorsque le contrevenant suprême du monde est supposé être Israël, et qu’Israël est l’unique cible des protestations et du militantisme, c’est bien le signe que nous sommes entrés sur le territoire non seulement de l’anti-sionisme mais aussi de l’antisémitisme.
Et manifestement, il y a un amalgame de plus en plus prégnant entre Israël et les Juifs — en Angleterre comme dans le reste du monde —, signe qu’une partie de ces masses, toujours plus nombreuses et profondément, voire violemment, hostiles à Israël, sont enclines à l’hostilité et parfois à la violence envers les Juifs.
Il y a de cela quelques semaines, peu après les agressions à l’arme blanche de Golders Green, j’ai interviewé Michael Wegier, le directeur général du Board of Deputies of British Jews, le principal organisme représentatif de la communauté, et il a émis des réserves lorsque je lui ai demandé si les Juifs britanniques vivaient désormais dans la peur. Et pour autant que je sache, il n’y a pas d’exode massif de Juifs britanniques vers Israël ou ailleurs. Mais il a admis l’existence de ce qu’il a qualifié de « climat d’anxiété ».
Le soutien américain à Israël s’effrite ; les actes antisémites battent des records
Depuis le 7 octobre 2023 et le pogrom du Hamas, on a enregistré un fort regain des actes antisémites au Royaume-Uni, et le climat politique, lui aussi, comme je l’ai dit, pourrait bien changer d’une manière qui inquiète les Juifs. Ce bilan s’applique en grande partie à d’autres communautés, un peu partout dans le monde.
Dans certaines d’entre elles, les Juifs seraient plus enclins à dire qu’ils vivent bel et bien dans la peur, et non dans « l’anxiété ».
C’est ce qui semble se dégager chez de nombreux Juifs au Canada, par exemple, ou en Australie, où le gouvernement s’est montré particulièrement indulgent à l’égard d’un activisme et d’une hostilité anti-Israël intenses. Les attaques répétées contre des synagogues et d’autres cibles juives — dont aucune n’a donné lieu à une action ferme de la part du gouvernement — ont atteint un paroxysme avec le massacre de Bondi Beach en décembre dernier, au cours duquel 15 personnes ont été abattues, cette fois encore par des meurtriers musulmans, lors d’une attaque ciblant froidement une célébration de la première nuit de Hanoukka.
Un événement marquant la fête juive des lumières a fait l’objet de la première attaque mortelle contre des Juifs en Australie, et du pire attentat terroriste de l’histoire de l’Australie.
Mais je souhaite aussi dire quelques mots sur les États-Unis, qui abritent la plus nombreuse communauté juive en dehors d’Israël. En Israël, nous sommes plus ou moins 7 millions ; aux États-Unis, peut-être un peu moins, selon vos définitions de la judéité. Aucune autre communauté juive dans le monde ne frôle le million de membres. Beaucoup de gens pensent qu’il y a des dizaines de millions de Juifs dans le monde. En fait, il y en a environ 15 millions, soit 0,2 % de la population mondiale, un nombre encore inférieur à celui qui prévalait avant la Shoah, qui en a exterminé 6 millions.
Il y a de cela de nombreuses années, lorsque j’assistais pour la première fois aux immenses conférences que l’AIPAC, le lobby pro-israélien, tenait à Washington, DC, je m’émerveillais devant ces démonstrations de puissance et de confiance lors des dîners de gala de ces événements. Les dirigeants de l’AIPAC se tenaient à l’avant de la salle et lisaient les noms de tous les responsables de l’administration, des sénateurs et des membres du Congrès, des ambassadeurs, qui étaient présents dans la salle — des dizaines et des dizaines de noms, tous applaudis. Le public se délectait de cette démonstration de soutien et de solidarité.
Aujourd’hui, aux États-Unis, le soutien à Israël dans les plus hautes sphères ne cesse de décliner. Selon un sondage saisissant, 60 % des Américains disent avoir une opinion négative d’Israël. Et là encore par extension, l’antisémitisme monte en flèche. L’ADL a fait état d’un nombre record d’agressions physiques contre des Juifs en Amérique l’année dernière, et des premiers décès depuis 2022 — y compris les meurtres de deux employés de l’ambassade d’Israël.
Ma femme a étudié à l’Université de Columbia, dans l’Upper West Side de Manhattan. Après le 7-Octobre, le campus de Columbia, comme tant d’autres aux États-Unis et ailleurs dans le monde, a été un centre de militantisme anti-Israël. Les étudiants ont pris part à des marches le long de Broadway, où vit ma belle-sœur, certains portant des pancartes « Du fleuve à la mer » — et certains n’étaient rien d’autre que des idiots utiles qui, lorsqu’on le leur demandait, ne savaient pas entre quel fleuve et quelle mer ils prônaient la disparition d’Israël.
Je n’aurais jamais pensé voir « Du fleuve à la mer » projeté sur Big Ben. Et je suis sûr que la famille de ma femme n’aurait jamais imaginé voir des gens portant des bandeaux verts du Hamas défiler sur Broadway.
Des militants anti-Israël se rassemblent régulièrement devant des synagogues à New York en brandissant les drapeaux de l’organisation terroriste Hezbollah.
Zohran Mamdani, le maire de New York, loin de se joindre au défilé annuel de l’Israel Day comme le faisaient ses prédécesseurs, estime que le peuple juif n’a pas le droit de posséder un État sur sa terre ancestrale. Dans une ville qui compte plus de Juifs que n’importe quelle autre sur Terre, l’hostilité féroce envers Israël, loin d’être un obstacle au succès politique, s’est avérée centrale dans le raz-de-marée, lors des primaires démocrates de la semaine dernière, des candidats soutenus par Mamdani.
Un gouvernement israélien qui porte préjudice à Israël
Ceux qui lisent mes tribunes hebdomadaires dans The Times of Israel savent que je suis très inquiet de la tournure que prend Israël sur le plan intérieur, sous le gouvernement Netanyahu. Pour parler franchement, je vois une coalition au sein de laquelle des suprémacistes juifs et racistes occupent des postes clés, aux côtés d’une direction ultra-orthodoxe qui insiste pour que ses jeunes hommes soient exemptés de service militaire et soient payés pour étudier la Torah à plein temps, et en grand nombre. C’est une exigence qui dénature l’histoire juive et les principes juifs, mais que le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’efforce, coûte que coûte, de satisfaire pour conserver le pouvoir — quitte à priver l’armée de précieuses recrues en période de guerre et à faire voler en éclats la cohésion de la société israélienne.
Je ne suis pas convaincu, non plus, que Tsahal soit aussi infaillible qu’avant, sur le plan moral — l’éthos est fondé sur des principes, les ordres visent à la moralité, mais sur le terrain, la discipline, les normes et les pratiques s’effilochent, manifestement. Une minorité de soldats fabriquent leurs propres insignes pour une guerre messianique et peinent à contrecarrer les attaques violentes de résidents d’implantations contre des Palestiniens, lorsqu’ils n’y participent pas eux-mêmes purement et simplement.
En recourant légitimement à la force contre le Hamas, suite au pogrom du 7-Octobre, et lors des guerres sur plusieurs fronts qui se sont succédées depuis, le gouvernement israélien a, comme toujours, totalement échoué sur le second champ de bataille — la guerre de l’opinion publique mondiale. Sans se battre. Il n’a pas de service doté de personnel ou de ressources pour diffuser ne serait-ce que des informations en temps réel, un narratif israélien honnête. Au lieu de cela, il ne fait que porter préjudice à la cause israélienne.
Des ministres poussent à l’annexion de la Cisjordanie et de Gaza — des mesures qui auraient pour effet d’en finir avec Israël en tant qu’État à majorité juive ou en tant que démocratie, voire les deux. Un ministre a parlé de larguer une bombe nucléaire sur Gaza. Notre ministre de la Sécurité intérieure — qui a publié le mois dernier une vidéo de lui en train de narguer les détenus d’une flottille — a exigé il y a quelques jours à peine, après que quatre soldats ont été tués par le Hezbollah, que : « Pour chaque larme d’une mère israélienne, mille mères libanaises pleurent. » Avant d’ajouter « Tout le Liban doit brûler ! »
D’autres ministres semblent déterminés à s’aliéner même les partisans juifs de la Diaspora les plus fidèles à Israël ; l’un d’eux a en effet récemment déclaré que les rabbins du mouvement réformé, le plus grand courant juif aux États-Unis, célèbrent des mariages pour les chiens dans leurs synagogues.
Israël devrait s’employer activement à répondre aux accusations retentissantes – et souvent fausses – portées contre lui et à les désamorcer, une bataille difficile mais qui ferait bouger les lignes, apporterait un soutien aux partisans d’Israël et aiderait à calmer, tout du moins un peu, l’hostilité de plus en plus mortifère envers les Juifs dans certaines parties de la Diaspora.
Au lieu de cela, le gouvernement ne fait qu’exacerber la crise.
La patrie essentielle
Encore une fois, Israël n’est pas parfait, mais il est injustement délégitimé et relégué au rang de paria du monde, fruit de l’effort de personnes remplies de haine qui ont la ferme intention de le laisser sans défense et de parvenir à sa destruction.
Et mon but, en soulignant tout cela dans cet édito, est de rappeler que l’État juif moderne a été, terriblement et tragiquement, ranimé trop tard pour offrir un refuge aux Juifs face à la Shoah. Il a servi de refuge aux Juifs persécutés du monde entier, ainsi qu’aux immigrants venus de leur plein gré, depuis sa renaissance. Un refuge vital et nécessaire aux Juifs.
Le judaïsme de la Diaspora subit les attaques les plus lourdes de la part de ceux qui prétendent s’opposer à Israël, mais dont la haine obsessionnelle pour l’État juif est un voile transparent qui masque mal l’antisémitisme.
Et quand je regarde la Diaspora aujourd’hui — confrontée à cet antisémitisme galopant et à cette vague croissante d’attaques, avec des gouvernements velléitaires qui ne parviennent pas à protéger leurs communautés juives —, je mesure l’urgence pour ce pays de s’assurer de survivre, prospérer, défendre les valeurs juives authentiques et se défendre lui-même. Nous ne pourrons pas le faire si nous nous déchirons de l’intérieur, par le sommet, ce qui fait des élections d’octobre les plus cruciales, sans doute, de la brève histoire de l’Israël moderne.
Le fait est, et je ne m’excuse pas de terminer sur des notes d’une telle inquiétude, que notre survie n’est pas quelque chose que nous pouvons nous permettre de tenir pour argent comptant, dans la mesure où Israël est diabolisé, isolé, imparfait et en train de partir en miettes.
Et depuis que j’ai commencé à rédiger ce discours devenu édito, nous semblons en passe d’être abandonnés par notre allié le plus important, les États-Unis : l’administration Trump a en effet signé le mois dernier un protocole d’accord avec l’Iran s’engageant à la cessation « permanente » des hostilités contre un régime rapace qui travaille résolument à notre perte.
Il s’agit d’un accord qu’Israël n’a pas contribué à rédiger, qui laisse pour l’instant intacts le programme nucléaire iranien, son programme balistique, ses relais terroristes et le régime lui-même — et pourtant dont la toute première clause déclare qu’il engage les États-Unis, l’Iran et « leurs alliés » — c’est-à-dire qu’il nous engage, nous.
C’est-à-dire — et je vous engage à lire le protocole d’accord vous-mêmes — qu’Israël, sans avoir son mot à dire en la matière, se voit interdire par les États-Unis d’engager des actions militaires qu’il jugerait vitales pour sa survie.
Lors de discussions ultérieures, a révélé le vice-président américain JD Vance la semaine dernière, un « mécanisme de déconfliction » a été convenu, en vertu duquel le CENTCOM et le Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran sont censés travailler ensemble pour réduire les conflits — l’armée américaine se coordonnant sur la « déconfliction » avec le principal groupe terroriste iranien désigné par les États-Unis, responsable de l’armement, de l’entraînement et des activités des intermédiaires terroristes de l’Iran au Liban, à Gaza et au-delà, d’innombrables attentats à la bombe dans le monde, d’assassinats et d’autres actes de terrorisme, ainsi que du meurtre de citoyens iraniens.
Les mots me manquent.
Et tout cela à un moment, dans ce climat mondial désastreux, où Israël a manifestement plus que jamais besoin de pouvoir se défendre, et de surcroît, a besoin de pouvoir garder ses portes ouvertes et d’accueillir en toute sécurité les Juifs du monde entier.
Nous ne sommes pas dans l’Allemagne nazie des années 1930. Mais il s’agit bien d’une crise mondiale pour les Juifs. Parce que presque tous sont anxieux. Et beaucoup d’entre eux vivent dans la peur.
Nous ne pouvons pas faire ce travail seuls.
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