Les Kurdes de Turquie se mobilisent pour leurs « frères » en Syrie
« Nous voulons que ce bain de sang cesse [...] Ça suffit, plus aucun sang kurde ne doit être versé ! », a déclaré à l'AFP Salih Duman, un retraité de 72 ans
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Mardi, les mouvements et partis prokurdes de Turquie ont affiché leur solidarité avec leurs « frères » de Syrie face à l’offensive de Damas, soutenue par Ankara, au risque de compromettre le processus de paix avec la guérilla du PKK.
Des incidents ont éclaté à la frontière syrienne, lors d’un rassemblement convoqué par le parti prokurde DEM, troisième force au Parlement et médiateur dans le processus engagé par Ankara avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a constaté un correspondant de l’AFP.
Plus d’un millier de manifestants ont tenté de forcer le passage au poste-frontière de Nusaybin, dans le sud-est de la Turquie, face à la localité syrienne de Qamichli, située dans le nord-est de la Syrie et tenue par les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, qui sont actuellement sous la pression de Damas.
« Nous voulons que ce bain de sang cesse […] Ça suffit, plus aucun sang kurde ne doit être versé ! », a déclaré à l’AFP Salih Duman, un retraité de 72 ans.
Mardi soir, des rassemblements de femmes ont également eu lieu à Ankara, la capitale, et à Istanbul, la principale ville du pays, malgré l’annonce d’un cessez-le-feu de quatre jours dans le nord de la Syrie.
À Istanbul, environ 150 femmes ont convergé devant le consulat syrien pour appeler à défendre le Rojava, nom kurde donné à la région autonome du nord de la Syrie sous le contrôle des FDS depuis une dizaine d’années, ont constaté des journalistes de l’AFP.
Aucune intervention policière n’a eu lieu lors de cette manifestation, mais 77 personnes ont été interpellées et 35 d’entre elles ont été incarcérées dans le pays pour des « provocations » en lien avec les affrontements en Syrie, a indiqué mardi le ministre turc de la Justice.
Mardi soir, un journaliste français travaillant pour plusieurs médias, dont Courrier international et Ouest-France, Raphaël Boukandoura, interpellé lundi à Istanbul alors qu’il couvrait une manifestation du parti DEM, était toujours en garde à vue, selon son avocate.
« Résistance »
Le PKK, qui avait annoncé sa dissolution et le dépôt de ses armes l’an dernier à l’appel de son chef historique, Abdullah Öcalan, a juré mardi de ne « jamais abandonner » les Kurdes de Syrie, après un appel à la « résistance » lancé par les FDS aux Kurdes syriens et de l’étranger.
Cependant, le ministre turc de l’Intérieur, Ali Yerlikaya, a prévenu qu’il ne tolérerait « aucune provocation », en particulier le long des plus de 900 km de frontière commune entre la Syrie et la Turquie, où les Kurdes représentent environ un cinquième de la population.
Proche allié de la nouvelle direction syrienne qui a renversé Bachar al-Assad en décembre 2024, le président turc Recep Tayyip Erdogan a salué lundi l’offensive « méticuleuse » de Damas.
« La Syrie a saisi une opportunité historique. En tant que pays frère et ami du peuple syrien, nous ne permettrons aucune tentative de sabotage », a-t-il déclaré.
Mardi, son ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, s’est entretenu avec l’ambassadeur américain à Ankara, Tom Barrack, également envoyé spécial du président Donald Trump pour la Syrie, puis par téléphone avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio.
« Entente »
En fin de journée, la présidence syrienne a annoncé une « entente » avec les Kurdes concernant le sort de leur bastion de Hassaké, dans le nord-est du pays. En vertu de cet accord, l’armée syrienne ne devrait pas entrer dans les localités kurdes de cette région, autour de laquelle elle est massée.
Le ministère syrien de la Défense a annoncé un cessez-le-feu de quatre jours avec les forces kurdes, qui entrera en vigueur à 20 h (17 h GMT).
Cette offensive porte un coup sévère aux espoirs d’autonomie des populations kurdes et fait aussi redouter un déraillement du processus de paix en Turquie avec le PKK.
Initié en octobre 2024 par l’allié nationaliste du président Erdogan, ce processus visait à mettre fin à plus de quatre décennies d’affrontements ayant fait 50 000 morts.
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