Les Olympiades d’hébreu s’ouvrent aux arabophones et à la diaspora
Pour la première fois, des Israéliens non juifs font partie des 5 600 candidats d'un concours que ses organisateurs veulent porteur de lien, autour de l'amour de l'hébreu
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Lorsque les Olympiades d’hébreu 2025 remettront leur prix à leurs lauréats, à Jérusalem, ce vendredi, l’un d’entre eux le recevra – contre toute attente – à distance et depuis l’Égypte.
Mahmoud, qui est musulman, s’est inscrit au concours après en avoir parlé avec un ami israélien qui avait déjà concouru. Amoureux des langues et des défis, il a voulu y participer.
« L’hébreu, comme toute langue, est un moyen de rassembler les gens », explique Mahmoud, qui préfère que son nom de famille ne soit pas révélé dans cet article pour des questions de sécurité et de vie privée.
« Les langues ne sont pas que des sons qui sortent de notre bouche ; elles sont aussi les outils pour nous comprendre et faire la paix, ce dont nous avons tellement besoin par les temps qui courent. Cet événement me donne l’espoir d’un monde meilleur. »
Que l’Olympiade d’hébreu contribue ou non à apporter la paix au Moyen-Orient, ses organisateurs espèrent qu’elle suscitera de l’intérêt autour de l’hébreu.
« Notre rêve est que des étudiants du monde entier participent, renforçant ainsi l’apprentissage et l’enseignement de la langue hébreu », explique au Times of Israël Einat Gonen, maître de conférences au département de langue hébreu de l’Université de Tel Aviv et fondatrice des Olympiades d’hébreu.
Lancé en 2021 à l’Université de Tel Aviv en tant qu’initiative destinée aux Juifs israéliens, le concours s’est davantage ouvert et réinventé de manière à amener les étudiants à penser la langue autrement, à travers le prisme de nouveaux défis linguistiques et d’énigmes déroutantes. Il s’organise en deux groupes – niveau collège/lycée et niveau école primaire – et tout le monde peut tenter sa chance au premier tour.
Cette année, plus de 5 600 personnes ont participé au concours, organisé en collaboration avec l’Académie de la langue hébreu, le ministère de l’Éducation et le Consortium pour l’enseignement de l’hébreu à Brandeis. Il s’agit d’un projet du Centre Koret pour la civilisation juive, qui fait partie de l’Université de Tel Aviv, et reçoit le soutien des entreprises israéliennes de haute technologie Check Point Software Technologies et Final.
Cette année, l’Olympiade a compté deux nouveau groupes : d’un côté, ceux pour lesquels l’hébreu n’est pas la langue maternelle et qui ne vivent pas en Israël et de l’autre, les arabophones des communautés musulmanes, bédouines et druzes d’Israël.
Cette année donc, pas moins de 690 arabophones israéliens ont participé au concours ainsi que 281 étudiants venus du monde entier – États-Unis, Brésil, Allemagne, Suède, Russie, Chypre, Suisse, Angleterre et Égypte -. La plupart des concurrents de ce dernier groupe sont élèves dans des écoles juives ou sont les enfants d’Israéliens installés à l’étranger, explique Gonen.
« Cela contribue à nous amener un nouveau public pour ce qui est de l’enseignement de l’hébreu dans la diaspora », souligne Gonen avant d’ajouter que l’édition de l’année prochaine réunira sans doute encore plus de candidats.
L’Olympiade de cette année s’est ouverte par un concours en ligne pendant la Semaine de la langue hébreu d’Israël, en janvier dernier, suivie de finales en mars et avril à l’Université de Tel Aviv et dans d’autres universités partenaires à l’étranger. La cérémonie de remise des prix, qui aurait dû avoir lieu à Jérusalem en juillet dernier, a été reportée en raison de la guerre surprise qui, 12 jours durant, a opposé Israël et l’Iran.
L’Olympiade est bien plus qu’un simple concours d’orthographe, affirme Gonen. Au lieu de tester la capacité à apprendre par cœur les sujets enseignés à l’école – comme la morphologie, la syntaxe ou la composition -, il teste la capacité des élèves à penser de manière critique afin d’appliquer les concepts linguistiques sous un angle nouveau.
« Par exemple, une question pourrait opposer des exemples d’hébreu biblique et d’hébreu de l’époque talmudique pour demander aux étudiants d’en déduire les principes sous-jacents avant de les appliquer à un nouveau cas », poursuit Gonen. Les locuteurs non natifs ont droit à des questions plus faciles qui mettent l’accent sur la familiarité avec la langue et non sur la fluidité.
Certaines énigmes peuvent prendre jusqu’à une trentaine de minutes, au terme d’une réflexion rigoureuse, poursuit Gonen.
« L’objectif n’est pas de réussir ou de donner la réponse parfaite mais de s’amuser », assure Gonen. Elle souligne qu’une concurrente a obtenu un score parfait cette année : il s’agit de Maayan Bar-Helmer, élève israélienne en classe de Première qui a remporté la première place avec les honneurs.
« Notre langue est notre façon de penser et de communiquer, et elle a tellement à offrir, donc plus le lien avec elle est fort, mieux c’est », confie Bar-Helmer.
Développer l’enseignement de l’hébreu à l’étranger
L’enseignement de l’hébreu au sein de la diaspora a considérablement évolué ces dernières décennies, relève la professeure Vardit Ringvald, cheffe du Consortium pour l’enseignement de l’hébreu à l’Université Brandeis, qui s’est associé à l’Olympiade pour se développer à l’étranger.
Dans les années 1980 et 1990, on enseignait Ivrit b’Ivrit (l’hébreu en hébreu) via des sujets généraux comme l’histoire ou la Bible, souvent avec l’aide d’enseignants nés en Israël et recrutés pour enseigner en hébreu israélien. Aujourd’hui, cette approche est jugée insuffisante, car associée à de faibles taux de rétention. (Le comédien Elon Gold a saisi l’essence de ce problème en disant sur le ton de la plaisanterie : « Je ne parle pas hébreu parce que je ne suis allé à l’école juive que pendant 15 ans.)
Vers la fin des années 1990, précise Ringvald, la recherche dans le domaine éducatif a poussé les écoles vers des modèles davantage axés sur les compétences en enseignant l’hébreu et d’autres langues avec des résultats mesurables en parlant, en écoutant, en lisant et en écrivant. Des organisations telles que Hebrew at the Center, que Ringvald a cofondée, ont largement contribué à promouvoir les meilleures pratiques en matière d’immersion et d’évaluation, ce qui a considérablement amélioré les taux de rétention, ajoute-t-elle.
De nombreuses écoles juives aux États-Unis ont adopté cette approche et l’école juive du Middlebury College que Ringvald a fondée envoie davantage d’éducateurs dans les communautés juives d’Europe, d’Australie et d’Afrique du Sud, poursuit-elle.
« Notre défi consiste désormais à appliquer cette approche à d’autres écoles, ailleurs dans le monde », conclut-elle.
« Ce concours fait partie de notre mission, qui consiste à faire en sorte que davantage de personnes en viennent à apprécier les beautés de cette langue. »
la Communauté du Times of Israël !








