L’influenceuse MAGA Laura Loomer entame une tournée d’excuses auprès de la communauté juive en Ukraine
S'entretenant avec Zelensky et un influent rabbin, l'alliée de Trump évoque son identité juive et demande pardon pour ses attaques passées contre Kiev, exhortant ses pairs conservateurs à rejeter la propagande russe
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JTA – Laura Loomer, personnalité controversée du mouvement MAGA, qui est en conflit avec des figures anti-israéliennes de la droite, revendique son judaïsme tandis qu’elle opère un revirement complet sur un sujet qui lui tenait autrefois particulièrement à cœur : l’Ukraine.
Cette semaine, de passage dans le pays, Laura Loomer a interviewé le président ukrainien Volodymyr Zelensky, abordant avec lui les questions de son identité juive et de la politique de lutte contre l’antisémitisme menée par l’Ukraine. Elle s’est également entretenue avec l’influent rabbin Moshe Azman, alors que la guerre dévastatrice qui oppose l’Ukraine à la Russie est entrée dans sa quatrième année.
Dans une série de tweets, elle s’est aussi excusée pour ses déclarations passées selon lesquelles l’Ukraine était « pleine de sympathisants nazis » et Zelensky, « un Juif nazi » qui « se détestait lui-même ».
« Je l’admets, je suis tombée dans le piège de la propagande russe », a écrit vendredi Loomer, dont l’influence auprès du président américain Donald Trump est considérable, après avoir partagé « un délicieux dîner casher » avec la famille d’Azman. Elle a également visité un monastère historique de Kiev récemment bombardé par des drones russes, et a invité Zelensky à expliquer en quoi le soutien à l’Ukraine relevait de la politique « America First ».
Cette visite de Loomer dans l’Ukraine juive intervient alors que la droite américaine est divisée, notamment entre factions pro- et anti-israéliennes, opposant des personnalités telles que Loomer et le commentateur juif Ben Shapiro à celles alignées sur le chroniqueur Tucker Carlson.
L’aide militaire à l’Ukraine est un sujet de tension entre les partisans de la doctrine belliciste et les isolationnistes depuis l’invasion russe en 2022. Deux questions désormais étroitement liées : les voix anti-israéliennes les plus virulentes de la droite s’opposent à la guerre menée conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran, tout en manifestant une certaine lassitude à l’égard du soutien à l’Ukraine.
WATCH:
Laura Loomer Interviews Ukrainian President Volodymyr Zelenskyy @ZelenskyyUa at Mariinsky Palace in Kyiv, Ukraine. ???????? ????????
Enjoy! @APUkraine @POTUS @WhiteHouse @KremlinRussia_E pic.twitter.com/6o53trow9X
— Laura Loomer (@LauraLoomer) July 24, 2026
Le vice-président américain JD Vance, dont les propos sur Israël et les questions juives ont inquiété certains dirigeants juifs, s’est attribué le mérite d’avoir suspendu, au début de cette année, l’aide américaine à l’Ukraine. Carlson, un proche de Vance qui s’est récemment retourné contre Trump et qui a coupé les ponts avec le Parti républicain, a réalisé en 2024 une interview complaisante avec le président russe Vladimir Poutine. Le Sénat américain doit voter la semaine prochaine sur un nouveau projet de loi prévoyant des sanctions conjointes contre la Russie et l’Iran.
Trump lui-même avait affiché sa proximité avec Poutine au cours de son premier mandat et, aux côtés de Vance, il avait réprimandé de façon virulente Zelensky pendant une réunion à la Maison Blanche, l’année dernière. Mais son administration a récemment manifesté sa volonté de tenter de mettre fin à la guerre selon des conditions favorables à l’Ukraine ; les deux dirigeants doivent d’ailleurs se rencontrer à la Maison Blanche la semaine prochaine.
Loomer avait elle aussi, par le passé, affiché des tendances pro-russes ; elle avait notamment écrit pour la chaîne anglophone RT, détenue par la Russie. Plus récemment, elle s’est brouillée avec d’autres personnalités médiatiques de droite, notamment Carlson, Candace Owens et Joe Rogan, mettant souvent en avant ses opinions pro-israéliennes pour expliquer ces désaccords. Contrairement à un nombre croissant de chroniqueurs de droite, Loomer a continué à apporter son soutien à la guerre contre l’Iran alors même que ce soutien s’effondrait au-delà des clivages politiques, et que d’autres commentateurs cherchaient à rejeter la responsabilité sur Israël.
Loomer a en outre tenu des propos incendiaires envers les musulmans, exhortant Trump à adopter « un décret anti-musulmans tel qu’il avait été prévu à l’origine » après que le maire de New York, Zohran Mamdani, a qualifié le Premier ministre Benjamin Netanyahu de « criminel de guerre » en début de semaine.
Dans son interview de Zelensky, filmée au palais présidentiel ukrainien et diffusée dans son intégralité vendredi, Loomer a tenté de mettre en avant des considérations politiques partisanes. Elle l’a poussé, en vain, à qualifier Trump de meilleur président de l’histoire, et lui a déclaré que sa visite en 2024 dans une usine d’armement de Pennsylvanie aux côtés du gouverneur démocrate Josh Shapiro était « l’une des raisons pour lesquelles de nombreux Américains ont fini par vous détester ». (Shapiro, qui est également juif, était à l’époque un éminent porte-parole de campagne de Kamala Harris, alors vice-présidente des États-Unis, qui se présentait aux élections présidentielles.)
Loomer a également tenté de créer une complicité avec le président, lui disant : « Je suis juive, vous êtes juif. Nous avons cela en commun. » Zelensky, qui évoque rarement son héritage juif en public, a annoncé que l’Ukraine avait, au début de l’année, adopté une loi rendant l’antisémitisme passible de sanctions pénales.
« L’antisémitisme est illégal. Nous avons adopté cette loi sous ma présidence », a-t-il affirmé. Cette nouvelle loi, qui vient renforcer un texte précédent de 2021, prévoit des amendes et d’éventuelles peines de prison pour les personnes reconnues coupables de haine ou de discrimination fondées sur l’identité juive.
Zelensky, qui bénéficie depuis longtemps d’un soutien quasi inconditionnel de la part des démocrates et des Américains libéraux, a salué la visite de Loomer, ainsi que son revirement. À l’instar d’Azman et d’autres personnalités ukrainiennes qui ont rencontré Loomer, il semble souhaiter renforcer ses liens avec Trump, alors que la guerre traverse une phase particulièrement incertaine.
Loomer a expliqué au président ukrainien que son objectif principal était de combattre la « propagande russe » qui, selon elle, occupe une place importante auprès des podcasteurs américains, avec notamment des allégations de liens entre l’armée de Kiev et le nazisme.
« J’étais fermement opposée à l’idée d’envoyer l’argent de mes impôts en Ukraine. J’étais convaincue que vous dirigiez une armée, le bataillon Azov, composée de nazis », a-t-elle expliqué à Zelensky, faisant référence à une unité militaire ukrainienne tristement célèbre, sous le feu des critiques tant avant qu’après l’invasion de 2022, en raison de ses liens avec des néonazis et d’autres extrémistes.
« Nous ne sommes pas des nazis », lui a répondu Zelensky, avant de l’inviter à se rendre à Babyn Yar, le mémorial dédié à ce qu’on appelle « la Shoah par balles » perpétrée par les nazis sur le sol ukrainien, avec l’aide de collaborateurs locaux, en 1941. En 2022, peu après l’invasion, un bombardement russe à proximité du mémorial avait poussé Zelensky à lancer un appel à la communauté juive mondiale pour obtenir son soutien.
Loomer, qui est connue pour relayer sans le moindre discernement des allégations fracassantes contre ses ennemis politiques, a dit croire à l’affirmation de l’Ukraine selon laquelle le pays est désormais exempt de nazis. L’un des facteurs qui l’ont convaincue, a-t-elle expliqué, a été sa rencontre avec Azman, ce rabbin affilié au mouvement Habad, qui porte le titre contesté de grand rabbin d’Ukraine et dont le fils a été tué alors qu’il combattait la Russie en 2024.
« Le rabbin m’a assuré que son fils juif décédé n’avait pas combattu aux côtés des nazis », a tweeté Loomer. « Je peux garantir aux Américains [sic] que les Juifs sont plus en sécurité en Ukraine qu’à New York, chez Mamdani ! » (Azman a également salué les émeutes du 6 janvier 2021 au Capitole américain, organisées par des partisans de Trump qu’il a félicités pour avoir « protesté contre une fraude électorale massive », et les a comparées au Maïdan, le mouvement de protestation ukrainien de 2014 qui a permis de renverser le président pro-russe.)
La majeure partie des Juifs de la diaspora et des organisations juives soutiennent l’Ukraine depuis l’invasion. Ils ont dénoncé l’affirmation initiale de Poutine selon laquelle son intervention visait à « dénazifier » le pays. Loomer a désormais rejoint leurs rangs, avec l’espoir d’associer ce soutien à sa propre identité idéologique de juive de droite, alors que le président qu’elle soutient depuis longtemps perd une partie de son influence.
« Trump ne sera pas là éternellement », a-t-elle écrit mardi, « et l’axe du mal avance à grands pas. »
la Communauté du Times of Israël !







