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Nécrologie

Martin Indyk, un franc diplomate qui n’a cessé d’œuvrer à la paix israélo-palestinienne

Ambassadeur en Israël à deux reprises, il fustigeait encore Netanyahu le mois dernier ; il est certainement le seul diplomate US à avoir essuyé des insultes à la fois de responsables israéliens et arabes

Martin Indyk, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël, en 2009. (Crédit : Ariel Jerozolimski)
Martin Indyk, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël, en 2009. (Crédit : Ariel Jerozolimski)

WASHINGTON – JTA – Martin Indyk, l’universitaire juif qui a apporté l’intellectualisme au plaidoyer pro-Israël et qui a aussi enduré des déchirements en tant que diplomate américain engagé à apporter la paix à son Israël bien-aimé, est décédé.

Indyk, 73 ans, est mort jeudi, a annoncé l’Institut de Washington pour la politique du Proche-Orient, le groupe de réflexion qu’il avait co-fondé, dans un communiqué. Son épouse, Gahl Hodges Burt, a déclaré qu’il avait succombé à un cancer de l’œsophage, selon le Washington Post. Il est décédé chez lui à New Fairfield, dans le Connecticut.

Indyk, qui a grandi en Australie, a été deux fois ambassadeur des États-Unis en Israël et secrétaire d’État adjoint aux Affaires du Proche-Orient, sous l’administration du président Bill Clinton. Il a ensuite été chargé des négociations de paix.

Il était infatigable et ne reculait jamais devant une confrontation. Il n’a jamais perdu son accent australien ni son esprit sarcastique, même lorsqu’il s’est hissé au sommet de la diplomatie américaine.

« L’ambassadeur Indyk dit les choses telles qu’il les voit », avait déclaré un fonctionnaire de l’administration du président Barak Obama au Forward en 2014, la dernière fois que Indyk a joué un rôle officiel aux États-Unis, en tant qu’envoyé spécial chargé de superviser les pourparlers de paix israélo-palestiniens de 2013-2014. « C’est sans doute l’Australien qui est en lui. Il est plus franc que la plupart des diplomates, mais il s’exprime parce qu’il se soucie de l’avenir d’Israël. »

Pas plus tard que le mois dernier, Indyk avait déployé une rhétorique typiquement mordante pour excorier l’un de ses ennemis jurés, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, mais dans des termes qui indiquaient clairement que ce qui contrariait le plus Indyk était le danger que Netanyahu représentait, selon lui, pour Israël.

Le Secrétaire d’État adjoint américain de l’époque, Martin Indyk (à droite), écoutant un traducteur alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu répond en hébreu à la question d’un journaliste après leur rencontre à Jérusalem, le 11 avril 1999. (Crédit : Sven Nackstrand/AFP)

« Israël est en guerre sur quatre fronts : avec le [groupe terroriste palestinien du] Hamas à Gaza ; avec les Houthis au Yémen ; avec le [groupe terroriste chiite libanais du] Hezbollah au Liban ; et avec l’Iran qui supervise les opérations », avait déclaré Indyk le 19 juin sur le réseau social X, un jour après que Netanyahu a affirmé – et l’administration Biden a démenti – que le président Joe Biden avait refusé d’envoyer une cargaison d’armes à Israël.

« Que fait Netanyahu ? », avait poursuivi Indyk. « Il attaque les États-Unis sur la base d’un mensonge qu’il a inventé ! Le président et le leader devraient retirer son invitation à s’adresser au Congrès jusqu’à ce qu’il se rétracte et s’excuse. » (Netanyahu ne s’est pas rétracté, n’a pas été désinvité et a prononcé son discours mercredi).

Indyk était un diplomate hors du commun, car il se retenait rarement, que ce soit en public ou en privé. Il est probablement le seul diplomate américain à avoir la particularité d’avoir enduré des insultes anti-Juif publiques de la part de responsables israéliens et arabes.

Une fois, alors qu’il était ambassadeur des États-Unis en Israël en 1997, Indyk avait semblé sur le point d’en venir aux mains avec un politicien israélien de la droite dure, Rehavam Zeevi, qui l’avait traité de « yehudon », l’équivalent hébreu d’une insulte antisémite. Zeevi en voulait à Indyk d’avoir poussé Israël à faire des concessions dans les négociations avec les Palestiniens.

« La dernière fois que quelqu’un m’a traité de Juif, j’avais 15 ans et il a reçu un coup de poing au visage », avait lancé Indyk, alors ambassadeur des États-Unis en Israël, à Zeevi lors d’un événement public.

Zeevi et le gouvernement israélien se sont par la suite excusés pour cette invective.

Un an plus tard, Indyk avait été promu secrétaire d’État adjoint, en partie parce qu’il souhaitait quitter le poste d’ambassadeur, jugeant qu’il était très difficile de s’entendre avec Netanyahu, qui en était alors à son premier mandat.

Martin Indyk, ancien ambassadeur américain en Israël et directeur d’un groupe de réflexion sur le Moyen-Orient, rencontrant le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas (à droite) à Ramallah, le 25 juin 2005. (Crédit : Omar al-Rashidi/PPO/AFP)

Indyk ne s’était pas moins impliqué dans la recherche de la paix israélo-palestinienne, mais il était également chargé d’un défi de taille pour l’administration Clinton : comment contenir à la fois l’Irak et l’Iran, deux pays profondément antagonistes des États-Unis, mais également ennemis mortels l’un de l’autre.

Une fois de plus, il avait fait l’objet d’attaques antisémites. Dans une lettre adressée au Conseil de sécurité des Nations unies, 15 mois seulement après l’incident de Zeevi, le ministre irakien des Affaires étrangères, Mohammed Saeed al-Sahhaf, avait écrit : « Les déclarations du secrétaire d’État adjoint des États-Unis, Martin Indyk, qui est un Juif et un sioniste notoire, ne sont qu’une réaffirmation officielle et documentée de l’inimitié de l’administration des États-Unis à l’égard de l’Irak. »

Bill Richardson, alors ambassadeur des États-Unis aux Nations unies, avait exigé des excuses, – en vain.

La guerre de 1973 a fait de lui un artisan de la paix

Indyk est né à Londres et a grandi en Australie. Son ambition de devenir un artisan de la paix remonte à 1973, alors qu’il étudiait à l’Université israélienne de Jérusalem, pendant la Guerre de Kippour.

« Cela m’a appris à quel point l’existence d’Israël était fragile et à quel point les États-Unis jouaient un rôle central dans la guerre et la paix au Moyen-Orient », avait déclaré Indyk en 1995 à propos de son expérience en Israël, lors des auditions de confirmation du Sénat pour son premier rôle diplomatique, en tant qu’ambassadeur des États-Unis en Israël.

Il s’était porté volontaire dans un kibboutz en 1973 et avait envisagé de s’installer en Israël. Au lieu de cela, il était retourné en Australie et avait entamé une carrière dans le gouvernement en tant qu’analyste du Moyen-Orient.

Arrivé aux États-Unis en 1982 à l’occasion d’un congé sabbatique, Indyk avait rapidement trouvé du travail auprès de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), le lobby pro-Israël, où il avait été encadré par Steve Rosen, le directeur de la politique étrangère de l’AIPAC, qui voyait en Indyk une version de lui-même – impatient de découvrir l’essence même des discours ambigus prononcés par les diplomates américains.

Indyk et Rosen avaient remarqué que les groupes de réflexion conservateurs, un phénomène relativement récent, publiaient des documents politiques qui allaient bientôt devenir la politique de l’administration du président Ronald Reagan. Ce fut une révélation. Un groupe de réflexion pouvait proposer des politiques riches en détails et trouver des fonctionnaires désireux de s’approprier ces plans.

En 1985, Indyk a donc lancé le Washington Institute en partenariat avec Barb Weinberg, l’un des principaux donateurs de l’AIPAC. Le groupe de réflexion reste influent, avec des liens directs avec les gouvernements des Nations unies, d’Israël et de plusieurs nations arabes.

« Dès le début, Indyk a mis l’accent sur des approches bipartisanes des problèmes régionaux et sur une sensibilisation qui transcendait la pensée traditionnelle à somme nulle sur le conflit israélo-arabe, présentée dans des formats très accessibles qui apportaient le produit analytique des experts de l’Institut directement aux lecteurs à travers le gouvernement », a déclaré l’Institut de Washington dans son hommage à Indyk.

L’AIPAC a également pleuré Indyk, même si ces dernières années, s’il assistait à un événement de l’AIPAC, il y avait des tensions sur sa tendance à critiquer les gouvernements de droite d’Israël et leurs politiques en faveur de l’implantation.

Le déjeuner d’ouverture des dernières négociations israélo-palestiniennes sur le statut final : du côté américain de la table se trouve le secrétaire d’État John Kerry, avec Martin Indyk à sa droite ; en face se trouve Tzipi Livni avec Saeb Erakat à sa gauche, dans la salle à manger de la secrétaire d’État, le 29 juillet 2013. (Crédit : Département d’État américain)

« Le leadership de Martin a contribué à faire de l’Institut l’une des premières organisations de recherche en politique étrangère de Washington », a déclaré l’AIPAC.

Quand il a sympathisé avec les Clinton

Les années d’élections présidentielles, l’AIPAC prend contact avec les candidats pour de brèves réunions afin d’évaluer leur politique à l’égard d’Israël et de leur prodiguer des conseils. Lors du cycle présidentiel de 1992, Rosen avait programmé une réunion avec Bill et Hillary Clinton et a eu un pressentiment : Indyk et les Clinton, tous trois passionnés par les subtilités de la politique, s’entendraient bien.

Indyk, qui dirigeait le Washington Institute, ne faisait plus partie de l’AIPAC, mais Rosen lui avait demandé de participer à la réunion. Lors de la réunion avec les Clinton, Rosen, habituellement loquace, s’était assis et avait regardé l’histoire se dérouler tandis que les trois s’entendaient bien. Une réunion prévue pour 20 minutes s’était prolongée pendant des heures.

Le chef de l’Autorité palestinienne de l’époque, Yasser Arafat (à gauche), s’adressant aux journalistes avec le secrétaire d’État adjoint américain Martin Indyk après leur rencontre à Gaza City, le 13 décembre 1997. (Crédit : Zakaria Talmas/AFP)

Les Clinton n’avaient pas eu peur d’afficher leur ignorance en posant des questions directes. Indyk avait eu l’intuition qu’ils n’auraient pas non plus peur d’entendre et d’intégrer des réponses longues et complexes qui susciteraient d’autres questions.

« J’aime bien quand vous êtes là, Martin », avait plaisanté un jour Clinton,
« parce que vous et moi avons de drôles d’accents. »

Une fois élu président, Clinton a fait entrer Indyk au Conseil de sécurité nationale en tant que spécialiste du Moyen-Orient. Indyk a joué un rôle central dans l’élaboration des Accords d’Oslo et dans la poignée de main de septembre 1993 entre le Premier ministre Netanyahu et le président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat.

Deux ans plus tard, Indyk, qui avait obtenu la citoyenneté américaine, était entré dans l’Histoire lorsque Clinton l’avait nommé premier ambassadeur juif des États-Unis en Israël.

La secrétaire d’État américaine de l’époque, Hillary Clinton (2e à gauche) et le président Shimon Peres (à droite) participant à une discussion sous le regard de Martin Indyk (à gauche), vice-président et directeur de la politique étrangère de la Brookings Institution, à l’hôtel Hay Adams, le 12 juin 2012 à Washington. La discussion Clinton-Peres s’inscrivait dans le cadre de la célébration du 10e anniversaire du Centre Saban pour la politique au Moyen-Orient de la Brookings Institution. (Crédit : Alex Wong/Getty Images/AFP)

Indyk avait quitté le gouvernement avec Clinton en 2001 et avait vu ses rêves d’une solution à deux États s’effondrer sous la pression de la Seconde Intifada et d’une méfiance accrue entre Palestiniens et Israéliens.

« Il a combattu le cancer de la même manière qu’il a vécu sa vie, avec un but et un esprit implacable », a écrit sur X Dennis Ross, qui avait été négociateur de paix aux côtés de Indyk. « Martin a vécu une vie pleine de sens ; il a cherché à établir la paix entre Israël et ses voisins avec passion, compétence et dignité. »

La paix est-elle déjà là ?

Après avoir quitté le gouvernement, il était passé en mode think tank permanent, logé pendant des années à la Brookings Institution, puis au Council on Foreign Relations. Il était brièvement revenu au gouvernement sous la présidence d’Obama pour superviser les pourparlers de paix de 2013-2014, le dernier cycle sérieux de négociations, qui n’avait pas non plus abouti.

Le président syrien Hafez al-Assad (à gauche) en compagnie du secrétaire adjoint américain pour le Moyen-Orient Martin Indyk, à Damas, le 14 mars 1999. (Crédit : SANA/AFP)

Il avait affirmé ne pas avoir de patience pour les Juifs et les Israéliens qui s’agitent pour savoir si les dirigeants américains les aiment, s’emportant en 2011 contre Elliott Abrams, un ancien de l’administration Bush, qui s’était inquiété lors d’un panel auquel ils participaient tous les deux qu’Obama n’avait « pas de grand amour dans son cœur pour Israël ».

« Il est temps de grandir », a déclaré Indyk. « Nous devrions dépasser la question de savoir s’il m’aime ou non et nous concentrer sur la recherche d’une solution au conflit avec les Palestiniens. Lorsqu’Israël décidera par lui-même de résoudre ce problème, il bénéficiera du soutien très chaleureux du président américain ».

Naftali Bennett (à droite), alors président du parti Juif Home, interviewé par Martin Indyk, vice-président exécutif de Brookings, à l’Institut Brookings à Washington, le 6 décembre 2014. (Crédit : Brookings Institute)

Et pourtant, Indyk n’était pas étranger aux sentiments. Dans le cadre de son dernier poste au sein du gouvernement en 2013, il a déclaré qu’il était toujours convaincu qu’un jour, il pourrait aider à forger une paix israélo-palestinienne.

« Il y a quinze ans, mon fils Jacob, qui avait 13 ans à l’époque, a conçu un écran de veille pour mon ordinateur », a-t-il déclaré en s’adressant au secrétaire d’État de l’époque, John Kerry, qui avait choisi Indyk pour ce poste. Il s’agissait d’une simple question qui clignotait constamment sur l’écran :

« Papa, la paix est-elle déjà revenue au Moyen-Orient ? » Il laisse derrière lui son épouse, Gahl Hodges Burt, deux enfants de son premier mariage, Jacob et Sarah, et cinq petits-enfants.

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