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Analyse

Netanyahu a obtenu des modifications au plan Trump, ralentissant et limitant le retrait de Tsahal de Gaza

La proposition américaine stipule que l'armée ne se retirera que lorsque des critères spécifiques seront remplis et qu'une zone-tampon sera établie - la version précédente était plus vague sur les lignes rouges d'Israël

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à gauche, salue en partant sous le regard de Monica Crowley, cheffe du protocole de la Maison Blanche, à la Maison Blanche à Washington,  le 29 septembre 2025. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à gauche, salue en partant sous le regard de Monica Crowley, cheffe du protocole de la Maison Blanche, à la Maison Blanche à Washington, le 29 septembre 2025. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci)

WASHINGTON — Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affiché son optimisme, lundi dans la soirée, peu après avoir quitté la Maison Blanche où il a accepté le plan du président américain Donald Trump, une proposition qui viendrait mettre un terme à la guerre à Gaza.

« Aujourd’hui, le monde entier, y compris le monde arabe et musulman, exerce des pressions sur le Hamas pour qu’il accepte les conditions que nous avons mises en place avec Trump dans le but de ramener tous les otages — vivants ou morts — avec une armée israélienne qui va se maintenir dans la majeure partie de la bande de Gaza », a dit Netanyahu dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.

« Qui l’aurait cru ? ! » s’est exclamé Netanyahu en hébreu, se réjouissant des dispositions du plan de Trump.

Netanyahu a naturellement tenté de présenter ce voyage sous un jour positif à ses partisans au sein de l’État juif, alors que les gros titres de la journée avaient mis l’accent sur ses excuses présentées au Premier ministre qatari Mohammed Abdulrahman Al Thani, dans le sillage de l’attaque israélienne qui avait visé, au début du mois, des chefs du Hamas qui étaient réunis à Doha.

Mais le Premier ministre a eu, en réalité, beaucoup de raisons de se réjouir – dans la mesure où il est finalement parvenu à obtenir des changements significatifs de dernière minute dans le cadre de la proposition de Trump, notamment s’agissant de la portée et de la nature du retrait de l’armée israélienne de Gaza, ainsi qu’en ce qui concerne le désarmement du Hamas.

Ces deux problématiques étaient sans doute les plus sensibles de toutes les négociations.

Le président américain Donald Trump (à droite) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se serrant la main à l’issue d’une conférence de presse conjointe à la Maison Blanche, à Washington, le 29 septembre 2025. (Crédit : Andrew Caballero-Reynolds/AFP)

Depuis le début de la guerre, la principale revendication du Hamas est le retrait complet d’Israël de l’enclave côtière en échange de la remise en liberté des otages.

Et même si le groupe terroriste s’est déclaré prêt à renoncer au contrôle de la bande, la remise de ses armes a toujours été une ligne rouge – l’organisation soutenue par l’Iran admettant qu’elles sont essentielles pour qu’elle parvienne à conserver une certaine influence dans la bande de Gaza.

Critères de retrait

Les États-Unis ont cherché à aborder ces deux questions – mais ils l’avaient fait de manière quelque peu vague dans la version de leur proposition de paix pour Gaza qui a finalement été présentée la semaine dernière aux partenaires arabes et musulmans de l’administration américaine.

Le point 3 de ce qui était alors un plan en 21 points obtenu par le Times of Israel stipulait que « les forces israéliennes se retireront des lignes de front à partir du moment où la proposition [de l’envoyé spécial américain Steve] Witkoff aura été présentée en vue de la libération des otages ».

Il ne précisait pas de quelle proposition de Witkoff il s’agissait – il y en a eu plusieurs. Mais la version réactualisée qui a été rendue publique lundi par la Maison Blanche note que « les soldats israéliens se retireront jusqu’à la ligne convenue ».

L’envoyé spécial des États-Unis au Moyen-Orient, Steve Witkoff (à gauche), et Jared Kushner attendent l’arrivée du président Donald Trump à l’aéroport de Teterboro, d’où ils se rendront en cortège pour assister à la finale de la Coupe du monde des clubs de la FIFA 2025, le 13 juillet 2025. (Crédit : Brendan SMIALOWSKI / AFP)

Ce point n’a pas non plus été développé, mais il a semblé faire référence à une nouvelle carte incluse dans la version réactualisée qui illustrait les trois phases du retrait israélien de Gaza.

Comme le mentionne Netanyahu dans sa vidéo, la carte indique que les soldats pourront rester dans la majeure partie de la bande de Gaza, même après le premier retrait effectué par Tsahal.

Les troupes pourront alors rester en place jusqu’à ce que la Force internationale de stabilisation (ISF) des pays arabes et musulmans soit prête à se déployer et à mener des opérations visant à désarmer le Hamas, selon le plan.

Même après la deuxième phase du retrait, Tsahal se maintiendra dans plus d’un tiers de la bande de Gaza, montre la carte.

Le troisième retrait permettra de faire sortir les dernières forces israéliennes de Gaza – mais la carte indique toutefois qu’une zone-tampon de sécurité sera établie le long du périmètre de toute la bande de Gaza, ce qui était une exigence de l’État juif, soucieux d’atténuer la menace d’une prise d’assaut du territoire similaire à celle qui s’était produite le 7 octobre 2023.

Carte du retrait proposé des troupes de l’armée israélienne dans le cadre d’un accord visant à mettre fin à la guerre à Gaza, publiée le 29 septembre 2025. (Crédit : Maison Blanche)

Le point 16 du plan américain initial stipulait simplement que l’armée israélienne « cédera progressivement le territoire de Gaza qu’elle occupe ».

Mais la version réactualisée ajoute deux lignes qui précisent davantage la nature du retrait en faveur d’Israël, notant que l’armée israélienne « se retirera sur la base des normes, des phases et des délais liés à la démilitarisation qui seront convenus entre l’armée israélienne, les forces de stabilisation, les garants et les États-Unis ».

« Toutefois, Tsahal cédera progressivement le territoire de Gaza occupé par les soldats aux forces de stabilisation conformément à un accord qu’elles concluront avec l’autorité de transition et ce, jusqu’à leur retrait complet de Gaza, à l’exception d’une présence dans le périmètre de sécurité qui restera en place jusqu’à ce que Gaza soit correctement protégée contre toute menace terroriste renaissante, » ajoute le plan remis à jour.

Conditions du désarmement

Sur la question du désarmement également, Netanyahu est parvenu à obtenir des changements notables à l’issue de deux réunions qui ont duré plusieurs heures avec l’envoyé spécial américain Steve Witkoff et le conseiller principal Jared Kushner à son hôtel à New York, jeudi et dimanche.

Alors que la version de la semaine dernière accordait l’amnistie aux « membres du Hamas qui s’engagent à coexister pacifiquement », le plan qui a été diffusé lundi ajoute que ces membres devront également « démanteler leurs armements ».

Le point 13 du plan stipulait à l’origine qu’il y aura un « engagement total à détruire et à cesser de construire toute infrastructure militaire offensive ».

Mais la version réactualisée entre beaucoup plus dans les détails sur cette question, précisant que « toutes les infrastructures militaires, terroristes et offensives, y compris les tunnels et les installations de production d’armes, seront détruites et ne seront pas reconstruites ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le président américain Donald Trump lors d’une réunion à la Maison Blanche, à Washington, DC, le 29 septembre 2025. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

« Il y aura un processus de démilitarisation de Gaza qui s’effectuera sous la supervision d’observateurs indépendants, qui comprendra la mise hors-service définitive des armes grâce à un processus de démantèlement convenu, un processus qui sera également soutenu par un programme de rachat et de réintégration financé par la communauté internationale, le tout vérifié par les observateurs indépendants », indique le plan qui a été rendu public lundi.

Un médiateur arabe moins optimiste que Netanyahu

Un diplomate travaillant pour l’un des pays médiateurs a fait remarquer que, tandis que les dirigeants arabes et musulmans ont eu l’occasion de s’entretenir avec Trump la semaine dernière lors d’une réunion multilatérale en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, Netanyahu a réussi à obtenir « le dernier mot » et à convaincre Washington d’apporter des modifications supplémentaires au plan à un moment du processus où il était beaucoup plus difficile pour eux d’intervenir.

Le fait d’avoir échangé en dernier avec Trump a aussi permis à Netanyahu d’obtenir une sorte de concession de la part du président américain lorsque ce dernier a tenu à reconnaître « l’opposition compréhensible » du Premier ministre israélien à un État palestinien, ce qui a quelque peu affaibli la proposition envisageant une voie ouverte vers l’établissement d’un État palestinien – même si cette voie est loin d’être définitive.

Des Gazaouis sur le site d’une frappe aérienne israélienne, dans le camp de réfugiés d’al-Shati, dans le centre de la bande de Gaza, le 13 juillet 2025. (Crédit : Ali Hassan/Flash90)

Le diplomate arabe a confié qu’il sera difficile de convaincre le Hamas d’accepter la proposition américaine telle qu’elle se présente dorénavant, dans la mesure où elle obligera le groupe terroriste à renoncer à tout son pouvoir de négociation en libérant tous les otages restants dans les 72 premières heures de l’accord, tout en n’obtenant dans un premier temps qu’un retrait très partiel des soldats israéliens.

Il a ajouté qu’il faudra probablement au moins plusieurs jours au Hamas pour répondre, et qu’à ce moment-là, il aura probablement ses propres amendements à soumettre, comme l’a fait Netanyahu. Dans le passé, Witkoff avait toutefois exigé que le Hamas accepte ses propositions telles quelles.

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