Netanyahu : Aucune « preuve irréfutable » que des résidents d’implantation aient attaqué des diplomates européens
Malgré les images de l’attaque et sa condamnation par Tsahal, le Premier ministre évoque une possible "campagne de dénigrement coordonnée" ; la Belgique veut pousser l’UE à sanctionner les personnes impliquées
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Samedi soir, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a estimé qu’il n’existait pas de « preuves convaincantes » concernant une violente agression perpétrée par des résidents d’implantation contre des diplomates européens en Cisjordanie plus tôt dans la journée, laissant entendre que cet incident s’inscrivait dans le cadre d’une « campagne de dénigrement coordonnée ».
Des véhicules appartenant à des diplomates français, belges et polonais ont été pris pour cible dans la région de Taybeh par des résidents d’implantation masqués ; des images montrent que l’un des véhicules a été lapidé et que sa vitre a été brisée. Selon des témoignages, sept extrémistes juifs masqués ont encerclé le véhicule diplomatique et ont exigé de voir les pièces d’identité avant de s’en prendre à la voiture.
Le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prevot, a déclaré que le consul général de Belgique, des diplomates français et polonais, ainsi qu’un maire français figuraient parmi les personnes agressées, tandis qu’un véhicule belge avait été endommagé.
Le quotidien Haaretz a rapporté qu’une salle des opérations de l’armée israélienne avait reçu dès 13 h des signalements de menaces émanant de résidents d’implantation extrémistes, ainsi que des appels à l’aide provenant de militants en Cisjordanie. Toutefois, rien n’aurait été fait suite à ces informations et l’Administration civile et les troupes sur le terrain n’auraient été informées de l’attaque qu’aux alentours de 15 h, une fois celle-ci terminée.
Un militant qui accompagnait des Palestiniens de la région aurait envoyé à l’armée une vidéo et la localisation exacte, accompagnées du message suivant : « Au moins sept résidents d’implantation masqués armés de gourdins. Venez vite, c’est très effrayant. Ils ont volé des sacs d’olives aux Palestiniens. »
Selon l’article, Tsahal aurait ouvert une enquête spéciale pour examiner la chaîne des événements et déterminer pourquoi aucune mesure n’avait été prise en temps réel pour empêcher ces exactions.
Malgré les images de l’attaque, survenue moins d’un jour après que des résidents d’implantation avaient violemment agressé et blessé la photojournaliste du Washington Post Heidi Levine, Netanyahu a publié un long communiqué faisant référence à ce qu’il a appelé la « prétendue attaque contre des diplomates européens » et a déclaré qu’il était trop tôt pour tirer des conclusions sur ce qui s’était passé (Netanyahu a également semé le doute sur les détails de l’attaque subie par Levine).
« Nous invitons à la prudence avant de tirer des conclusions des informations parues aujourd’hui selon lesquelles des diplomates européens auraient été agressés par des Israéliens masqués en Judée-Samarie », peut-on lire dans le communiqué publié par le cabinet du Premier ministre, qui désigne la Cisjordanie par son nom biblique.
« Toute violence à l’encontre de diplomates est inacceptable. Plus l’accusation est grave, plus il est nécessaire de disposer de preuves irréfutables. »
Le communiqué présente une série de détails concernant cette affaire : les diplomates « sont entrés dans une zone sensible, théâtre d’affrontements passés, sans coordination préalable avec Tsahal » ; la délégation comprenait le maire communiste français Bernard Baudoux ; des images montrent des individus masqués s’approchant d’un véhicule diplomatique, tandis que d’autres montrent une vitre brisée et une personne, Baudoux, allongée au sol.
« Ces images ne suffisent pas à elles seules à établir la chronologie complète des événements ni la responsabilité individuelle », a déclaré le bureau de Netanyahu.
« Ces circonstances font toujours l’objet d’une enquête. »
Le bureau de Netanyahu a souligné que la police israélienne menait une enquête « afin d’établir les faits et d’identifier les responsables ».
Le Premier ministre a également laissé entendre que cet incident pourrait s’inscrire dans le cadre d’une « campagne coordonnée visant à salir la réputation d’Israël et des résidents juifs de Judée-Samarie pendant la récolte annuelle des olives ».
The Prime Minister's Office:
ALLEGED ATTACK ON EUROPEAN DIPLOMATS: SERIOUS ACCUSATIONS REQUIRE SERIOUS EVIDENCE.
We urge caution before drawing conclusions from today's reports that European diplomats were attacked by masked Israelis in Judea and Samaria. Any violence against…
— Prime Minister of Israel (@IsraeliPM) October 17, 2026
Contrairement à la réaction de Netanyahu, l’armée israélienne et le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar, membre du Likud (le parti au pouvoir), ont condamné cette attaque « grave ».
Tsahal, qui a qualifié les assaillants « d’émeutiers israéliens », a déploré le fait que les forces de sécurité n’aient pas été informées de la visite à l’avance, affirmant qu’ « une telle coordination est importante pour prévenir ce genre d’incidents ».
Saar a formulé des critiques similaires, estimant qu’il était « regrettable que la visite n’ait pas été coordonnée au préalable avec l’armée. Une telle coordination aurait pu contribuer à garantir la sécurité des visiteurs ».
Il a toutefois précisé que le ministère des Affaires étrangères aidait les forces de l’ordre à « identifier les agresseurs et à les traduire en justice ».
תיעוד: רכב הקונסוליה הבלגית עם החלון המנופץ pic.twitter.com/lAV76pYtY9
— דורון קדוש | Doron Kadosh (@Doron_Kadosh) October 17, 2026
Cet incident a suscité l’indignation des pays dont les diplomates ont été pris pour cible. Bruxelles s’est engagé à faire en sorte que les agresseurs en subissent les conséquences.
Le ministre belge des Affaires étrangères, Prevot, a condamné cette attaque « avec la plus grande fermeté » et s’est engagé à faire pression sur l’Union européenne (UE) pour qu’elle impose des sanctions aux responsables de ces violences.
« Un maire français a été agressé et un véhicule belge endommagé. Notre équipe est saine et sauve », a-t-il écrit sur le réseau social X.
« Les Palestiniens sont confrontés à cette violence au quotidien. Les colons s’en prennent également aux journalistes qui couvrent ces événements, ainsi qu’aux diplomates. Récolter des olives, couvrir l’actualité ou exercer des fonctions diplomatiques ne devrait jamais exposer quiconque au risque d’une agression », a-t-il poursuivi.
« En tant que puissance occupante, les autorités israéliennes doivent protéger les Palestiniens, garantir la sécurité des diplomates et des journalistes, et traduire les responsables en justice. L’impunité dont bénéficient les colons violents doit cesser », a-t-il déclaré, ajoutant que « la Belgique continuera à faire pression pour que l’UE impose des sanctions à l’encontre des responsables de ces violences et de ceux qui les soutiennent ».
Les violences commises par des résidents d’implantation à l’encontre des Palestiniens ont connu une forte recrudescence cette année, atteignant un pic au cours des semaines précédant les élections israéliennes du 27 octobre, période coïncidant avec la récolte annuelle des olives et souvent marquée par des affrontements et des attaques autour des terres agricoles palestiniennes.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a exigé qu’Israël réprime ces « violences criminelles » après que M. Baudoux « a été violemment agressé par des colons extrémistes ».
« Les autorités israéliennes doivent arrêter les responsables de ces actes révoltants et les traduire en justice. Elles doivent mettre fin de toute urgence à cette violence criminelle et garantir la sécurité des populations civiles, comme elles y sont tenues en vertu du droit international », a-t-il déclaré sur X.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré que Washington souhaitait qu’Israël fasse davantage pour dissuader les attaques des résidents d’implantation, affirmant : « Nous sommes très troublés par ces images et par ce que nous voyons. Nous avons demandé aux Israéliens, et continuons de leur demander, de sévir contre ce genre de choses. »
S’adressant aux journalistes avant de monter dans l’avion à destination de l’Ouzbékistan, Rubio a indiqué que le département d’État s’était renseigné sur les événements, notamment l’agression de Levine, et qu’il s’attendait à recevoir une réponse de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem d’ici dimanche.
Parallèlement, le ministère polonais des Affaires étrangères s’est dit « profondément indigné » par cet incident et a exigé qu’Israël fournisse « des explications urgentes et détaillées, identifie les responsables et veille à ce qu’ils répondent de leurs actes ».
« La Pologne s’est toujours opposée à la violence perpétrée par les colons israéliens en Cisjordanie occupée. Les agressions contre des membres du corps diplomatique sont absolument inacceptables », a-t-il ajouté.
A convoy carrying members of the diplomatic corps, including Polish diplomats, was attacked in the West Bank. According to preliminary information, Israeli settlers may have been responsible for the incident.
The Polish diplomats were unharmed. Based on the information currently… https://t.co/GDJN3bZIsX
— Ministry of Foreign Affairs ???????? (@PolandMFA) October 17, 2026
Un maire français plaqué au sol, secoué mais indemne
Baudoux, maire de la ville d’Aulnoye-Aymeries, dans le nord de la France, qui faisait partie de la délégation à Taybeh, a accusé le gouvernement israélien de tolérer la violence des résidents d’implantation.
« Je pense que si les colons se comportent ainsi, c’est qu’il y a une tolérance de la part du gouvernement israélien », a déclaré Baudoux.
« Le monde entier doit savoir ce qui se passe là-bas. Quant à moi, je vais rentrer dans mon pays et tout ira bien. Ceux qui continuent à souffrir le plus, ce sont ceux qui sont ici. »
Ce maire français communiste a expliqué qu’il se rendait à Taybeh en compagnie du consul général de France à Jérusalem et d’un prêtre de sa paroisse d’origine afin de signer un accord de coopération et de bonne volonté entre sa ville et cette localité palestinienne à majorité chrétienne.
Il a raconté que deux ou trois voitures étaient soudainement arrivées et que des résidents d’implantation en étaient sortis en criant des insultes incompréhensibles à l’encontre de la France.
Le maire du Parti communiste français (PCF), qui portait une écharpe aux couleurs du drapeau tricolore, a déclaré que les résidents d’implantation lui avaient donné des coups de pied et l’avaient frappé à coups de barres de fer, avant de le jeter à terre.
« C’est le caractère gratuit de cette violence qui me stupéfie », a-t-il ajouté.
« Ils sont arrivés complètement hors d’eux. »
« C’est absolument incroyable que des colons puissent se comporter ainsi », a-t-il déclaré, prédisant que cette agression resterait impunie malgré les promesses immédiates d’une enquête formulées par les autorités israéliennes.
Il a raconté que son curé l’avait aidé à se relever et qu’ils avaient pris la fuite en voiture à toute vitesse. Il n’a finalement pas subi de blessures graves et a pu poursuivre sa visite de la ville.
Des militants israéliens affirment que des résidents d’implantation ont menacé de les tuer
Les témoignages des responsables français et belges ont été confirmés par Amit Orpeli, un militant de l’organisation Torat Tzedek, qui vient en aide aux Palestiniens de la région de Taybeh.
Il a déclaré au Times of Israel qu’il se trouvait dans la zone samedi après-midi avec un autre militant israélien, lorsqu’ils ont reçu un signalement indiquant que des résidents d’implantation perturbaient la récolte des olives dans la Zone B de la Cisjordanie, à laquelle participaient des dizaines de familles.
À leur arrivée sur les lieux, ils ont aperçu les résidents d’implantation.
« À ce moment-là, les Palestiniens fuyaient pour sauver leur vie, puis les colons nous ont attaqués. Ils ont frappé contre notre voiture, cassé un phare et déclaré – ce qui n’apparaît pas sur les vidéos – qu’ils allaient nous tuer », a raconté Orpeli.
Selon Orpeli, ils ont réussi à contourner le barrage routier des résidents d’implantation et ont ensuite rencontré des diplomates belges et français qui avaient eux aussi été attaqués.
« Nous avons pu constater qu’ils avaient déjà été attaqués. L’une des vitres de leur voiture était brisée. Puis, les mêmes colons sont réapparus. Deux Palestiniens qui n’avaient pas réussi à s’échapper sont montés dans notre voiture et nous avons pris la fuite avec les diplomates pour retourner au village de Taybeh », a-t-il déclaré.
Orpeli a confirmé que Baudoux avait été vu allongé au sol à la suite de l’attaque, mais qu’il n’avait pas été blessé.
« Le terrorisme juif sous l’égide du gouvernement »
Dénonçant cette attaque, les dirigeants de l’opposition israélienne ont accusé le gouvernement de favoriser le terrorisme des résidents d’implantation et de le laisser se développer en Cisjordanie.
Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de Tsahal, a qualifié ces violences de « terrorisme juif mené sous l’égide du gouvernement israélien ».
« Une fois de plus, en l’espace d’une seule journée, des groupes de délinquants violents s’en prennent à des citoyens étrangers – et cette fois-ci, à des diplomates et à des responsables officiels », a-t-il déclaré.
Selon Eisenkot, ces attaques « réduisent à néant les derniers lambeaux de légitimité dont dispose encore l’État d’Israël, mettent en danger les forces de sécurité et nuisent au projet d’implantation en Judée-Samarie, ainsi qu’à la sécurité nationale ».
De même, le chef de file du parti de gauche HaDemocratim, Yaïr Golan, a accusé le « gouvernement Netanyahu-Smotrich » de « nous noyer tous dans un océan de terrorisme ».
« Ma position est claire : nous devons combattre le terrorisme juif d’une main de fer, tout comme nous luttons contre le terrorisme palestinien. Il faut revenir à la détention administrative des terroristes juifs dangereux, conformément à la loi ; les foyers de terrorisme doivent être démantelés, les avant-postes illégaux évacués, les émeutiers arrêtés et traduits en justice », a-t-il écrit sur X.
À droite, le président du Conseil Yesha, l’organisation faîtière des implantations, a affirmé que ce sont les militants pour les droits des Palestiniens qui sèment la violence en Cisjordanie.
« Ces deux derniers jours, des groupes de provocateurs et de terroristes sèment le chaos en se servant de la récolte des olives comme prétexte », a déclaré Yisrael Gantz.
Gantz, qui dirige également l’autorité chargée des implantations au sein du Conseil régional de Benjamin, a affirmé que ces personnes se rendaient dans des « points de friction » pour « semer le trouble dans la région et provoquer des affrontements ».
« Dans de nombreux cas, ce sont eux les véritables agresseurs ; ils se déchaînent et s’en prennent aux Israéliens », a-t-il ajouté, estimant que leurs activités devaient être stoppées.
Gantz faisait référence à des organisations et des militants israéliens et étrangers qui mènent des actions dites de « présence protectrice » : ils accompagnent des ouvriers agricoles palestiniens sur leurs terres pour les aider lorsqu’ils sont confrontés aux forces de sécurité israéliennes et pour documenter les violences commises par des résidents extrémistes des implantations.
Il existe toutefois très peu de preuves attestant que ces militants se livrent à des actes de violence, malgré les affirmations de Gantz.
Gantz a formulé une critique nuancée de la violence extrémiste, déclarant que « les Israéliens qui recourent à la violence font le jeu de ces derniers et nuisent à la population, aux implantations et à l’État ».
Il a appelé la police à « prendre ses responsabilités » et à faire respecter l’ordre.
« Une force de police qui sait faire face au crime organisé doit arrêter les lanceurs de pierres et les organisateurs de troubles à l’ordre public connus à l’avance, qu’ils soient israéliens, arabes ou étrangers, au lieu de se contenter de condamnations et d’affirmer qu’une enquête a été ouverte une fois l’incident terminé », a déclaré Gantz.
Emanuel Fabian et Jeremy Sharon ont contribué à cet article.
la Communauté du Times of Israël !







