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"Ils contrôlent leur électorat et parviennent à le mobiliser massivement"

« Nous ne pouvons pas vivre ensemble » : Les élections exacerbent les tensions entre laïcs et haredim à Arad

Alors que la population ultra-orthodoxe ne cesse de croître dans cette ville du sud, les habitants de longue date dénoncent une transformation de leur ville et de leur mode de vie, qu’ils redoutent de voir s’étendre au reste d’Israël

Des Juifs ultra-orthodoxes attendant à un arrêt de bus à Arad, le 1ᵉʳ octobre 2026. (Crédit : John Wessels/AFP)
Des Juifs ultra-orthodoxes attendant à un arrêt de bus à Arad, le 1ᵉʳ octobre 2026. (Crédit : John Wessels/AFP)

Originaire d’Arad, dans l’est d’Israël, Noam Cohen a compris un samedi que sa ville, historiquement laïque, avait changé lorsqu’il s’est rendu dans un bar avec des amis et a été pris à partie par de jeunes Juifs ultra-orthodoxes qui l’ont accusé de violer Shabbat.

« C’est ce jour-là que j’ai commencé à m’énerver », raconte-t-il à l’AFP, « touché personnellement ».

Cet épisode l’a poussé à rejoindre un mouvement de contestation des habitants laïcs, qui estiment que l’expansion de la population ultra-orthodoxe transforme le visage de leur ville.

« Ce n’est plus la même ville que celle où j’ai grandi », résume Einat Jupiter, une autre habitante.

Avant les élections législatives du 27 octobre, les tensions dans cette localité aux portes du désert du Néguev, où la population a manifesté à plusieurs reprises cette année, illustrent une problématique nationale.

« Ce qui se passe à Arad pourrait préfigurer l’avenir de tout l’État », estime Cohen.

Des Juifs ultra-orthodoxes priant dans une synagogue à Arad, le 1ᵉʳ octobre 2026. (Crédit : John Wessels/AFP)

« Les ultra-orthodoxes ont plus d’enfants. On ne peut pas lutter contre cela. »

Selon des projections, cette communauté pourrait représenter le quart de la population israélienne d’ici 2050, contre 14 % aujourd’hui.

Avec un taux de fécondité de 6,5 enfants par femme, leur poids démographique s’est logiquement traduit par une influence politique nécessairement accrue.

Deux partis ultra-orthodoxes soutiennent la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu et pèsent depuis longtemps sur des enjeux allant des allocations budgétaires à l’exemption du service militaire dont bénéficient les étudiants religieux.

Une mesure qui fait particulièrement débat, alors même que trois ans de guerre ont mis l’armée à rude épreuve.

« Nous ne pouvons pas vivre ensemble. Nos vies et les leurs sont totalement différentes. Nous ne sommes pas compatibles », tranche Noam Cohen.

Critiques du tout sécuritaire

Dans les années 1980, cette ville de 30 000 habitants surplombant la mer Morte était une communauté prospère et laïque qui accueillait le plus grand festival de musique du pays.

Un Juif ultra-orthodoxe passant devant une femme assise sur un banc public, à Arad, le 1ᵉʳ octobre 2026. (Crédit : John Wessels/AFP)

Mais le déclin économique a provoqué le départ de nombreux habitants à partir de la fin de la décennie, remplacés par des immigrants juifs soviétiques et des familles ultra-orthodoxes, attirés par des prix de l’immobilier abordables.

Aujourd’hui, les ultra-orthodoxes représentent environ 40 % de la population, selon Nisan Ben Hamo, maire de 2015 à 2024, qui dénonce l’abandon des régions périphériques par les gouvernements successifs.

« Quand la politique ne porte que sur la sécurité, tous les autres sujets sont laissés de côté », dit-il.

« Les libéraux doivent se réveiller et accroître leur taux de participation s’ils veulent l’emporter, car le camp adverse – l’extrême-droite et les ultra-orthodoxes – est mieux organisé », prévient Ben Hamo à l’approche des élections législatives.

« Ils contrôlent leur électorat et parviennent à le mobiliser massivement. »

Un Juif ultra-orthodoxe traversant la route après les prières de Souccot, à Arad, le 2 octobre 2026. (Crédit : John Wessels/AFP)

En 2024, il a dû céder ses fonctions, après un scrutin municipal marqué par une forte mobilisation des ultra-orthodoxes.

Abris transformés en synagogues

Pour Shlomi Tabchik, qui déplore la multiplication des ressources publiques allouées à cette communauté, le conflit se joue quotidiennement dans l’espace public.

« Quand des missiles s’abattent sur nous, nous avons besoin d’abris, mais ils sont inutilisables car ils ont été transformés en synagogue. C’est scandaleux. De qui la municipalité se préoccupe-t-elle vraiment ? », s’interroge-t-il.

La scène où un missile tiré depuis l’Iran en direction d’Israël a causé des dégâts à des immeubles, à Arad, dans le sud du pays, le 22 mars 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

En mars, 84 habitants d’Arad ont été blessés par la chute d’un missile iranien, selon les services de secours.

Tabchik regrette également la baisse des investissements dans les loisirs et les activités, qui fragilise le tissu social de sa ville.

Des actes de vandalisme visant des publicités représentant des femmes ont également enflammé les esprits.

« Ils veulent nous voir partir, ils veulent la ville pour eux seuls », affirme-t-il.

Un Juif ultra-orthodoxe se promenant parmi des immeubles qui portent encore les traces d’une frappe de missile iranien, à Arad, le 2 octobre 2026. (Crédit : John Wessels/AFP)

« Je veux vivre librement »

Des habitants ultra-orthodoxes démentent pourtant nourrir de telles intentions.

Yitzhak Gordon, membre influent de la communauté et responsable du budget de la ville, qualifie les relations de globalement amicales.

Selon lui, les plaintes contre les ultra-orthodoxes sont amplifiées par des personnes « qui passent leur journée sur Internet », notamment sur Facebook.

Un Juif ultra-orthodoxe se promenant dans un marché, à Arad, le 2 octobre 2026. (Crédit : John Wessels/AFP)

« La population jeune et laïque quitte Arad », reconnaît-il toutefois.

« Les salles de classe se vident et nous avons aussi besoin de lieux pour étudier », répond-il aux opposants.

« Les gens apprennent à s’entendre », tempère également Jupiter.

Si elle reconnaît que la cohabitation quotidienne est généralement pacifique, elle craint toutefois que les ultra-orthodoxes ne veuillent imposer leur mode de vie.

« Cela ne marchera pas. Je veux vivre librement », dit-elle.

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