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Pandémies: Des chercheurs de l’Université hébraïque appellent à un suivi de la faune sauvage

Le suivi des données biologiques des mouvements et de la température des animaux dans le cadre de la détection des maladies transmissibles de l'animal à l'homme s'avère beaucoup plus rentable que la prise de mesures a posteriori pour réduire la mortalité humaine

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Illustration : Le personnel du ministère de l'Agriculture travaillant en tenue de protection pour nettoyer les cadavres de grues infectées par l'influenza (grippe) aviaire dans la réserve du lac Hula, dans le nord d'Israël, le 2 janvier 2022. (Crédit : Moraz Brom/Flash90)
Illustration : Le personnel du ministère de l'Agriculture travaillant en tenue de protection pour nettoyer les cadavres de grues infectées par l'influenza (grippe) aviaire dans la réserve du lac Hula, dans le nord d'Israël, le 2 janvier 2022. (Crédit : Moraz Brom/Flash90)

Une équipe de recherche dirigée par l’Université hébraïque de Jérusalem a appelé les organisations mondiales en charge de la santé et de la conservation à intégrer le suivi proactif de la faune sauvage et le décodage de son comportement aux initiatives visant à freiner la propagation des pandémies transmises par les animaux aux humains, plutôt que de réagir une fois la pandémie déjà en phase de croissance.

Dans un article publié dans le dernier numéro de Trends in Ecology and Evolution, cette équipe, dirigée par le professeur Ran Nathan du Movement Ecology Lab de l’Université hébraïque, affirme que les zoonoses – les maladies transmises entre animaux vertébrés, ou de ces animaux à l’homme – sont devenues plus courantes au cours des 20 dernières années.

Cet article fait valoir que l’épidémie actuelle d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) est sans précédent, tuant un nombre considérable de volailles, de bétail et d’animaux sauvages dans le monde entier.

Les experts, depuis des années, prédisent une recrudescence de ces maladies, dans un contexte de changement climatique et d’un plus grand rapprochement entre humains et animaux sauvages.

Les chercheurs proposent d’utiliser des balises qui détecteraient les comportements inhabituels des animaux, et transmettraient en temps quasi réel des informations pouvant signaler une éventuelle infection par des maladies comme la grippe aviaire ou le coronavirus. Selon eux, de tels outils aideraient les décideurs à mieux évaluer les mesures de contrôle, ainsi qu’à réduire la pratique controversée de l’abattage massif.

La prévention des zoonoses, expliquent-ils, est actuellement trop centrée sur les humains, les animaux domestiques et les pratiques de gestion du bétail par le biais de réglementations en matière de biosécurité, d’observation, de diagnostics, de vaccins, d’isolement des individus infectés et d’abattage.

Les inspecteurs du ministère de l’Agriculture se préparent à abattre plus de 40 000 dindes après la découverte d’un cas de grippe aviaire dans l’un des poulaillers du kibboutz Rosh Tzurim, en Cisjordanie, le 8 mars 2011. (Crédit : Gershon Elinson/ FLASH90)

Le suivi de la faune sauvage, quant à lui, « reste sous-financé et sous-développé à l’échelle mondiale », se limitant généralement à la collecte des carcasses d’animaux déjà infectés à des fins d’analyses en laboratoire.

Mais en plus d’être coûteuses et de nécessiter une main-d’œuvre importante, ces analyses ne fournissent qu’un aperçu de la présence de la maladie, sans information sur son mode de propagation, poursuit l’article.

L’équipe suggère donc de marquer et de « bio-enregistrer », « biologger » le comportement des animaux sauvages susceptibles d’être porteurs de zoonoses, parmi lesquels les grues, décimées par plusieurs épidémies survenues dans le nord d’Israël ces dernières années.

Compte tenu de la capacité des agents pathogènes à modifier les habitudes de déplacement et la température corporelle d’un animal malade, « les écarts par rapport au comportement normal des individus en bonne santé pourraient aider à identifier plus tôt, à distance, automatiquement et, tout au moins dans un premier temps, sans avoir besoin de prélever des échantillons, l’état de santé d’un individu », affirment les chercheurs.

« La prédiction prospective de la dynamique d’une maladie via des données de biologging, pour les épidémies actives susceptibles de se propager dans une zone particulière, n’a pas encore été mise en œuvre », poursuit l’article. « Grâce aux progrès récents en matière de suivi de la faune sauvage, il est désormais possible d’obtenir des données en temps quasi réel, ce qui permet de donner l’alerte plus tôt, avant que la mortalité à grande échelle ne devienne détectable par des moyens passifs (comme l’observation). »

Ainsi, dès qu’un foyer est détecté, les parties concernées peuvent fermer une zone particulière aux visiteurs ou modifier l’alimentation des animaux sauvages, explique l’équipe.

Un élan mâle dans le parc national de Yellowstone, dans le Wyoming, aux États-Unis. (Crédit : Debeo Morium, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

L’article cite l’exemple des données relatives aux déplacements des élans dans le parc national de Yellowstone, qui ont montré comment le fait de les nourrir aidait à les séparer du bétail pendant les périodes de pic de brucellose, une maladie qui touche principalement les bovins, les porcs, les chèvres, les moutons et les chiens, et qui peut également être transmise à l’homme.

Le biologging peut également donner des informations sur la façon dont une maladie se propage, et par là même, sur les lieux où elle est susceptible de se développer ensuite, poursuit l’article.

Les chercheurs identifient toutefois un problème : le coût élevé de la capture des animaux d’une part, et de l’achat des balises électroniques, qui peuvent coûter jusqu’à 2 000 dollars chacune, d’autre part.

Selon le rapport, cependant, les approches de type préventif seraient 20 fois plus rentables que la prise de mesures à posteriori en matière de réduction de la mortalité humaine. Les progrès réalisés dans les technologies de suivi de la faune sauvage permettent pour leur part de diminuer les coûts de transmission des données.

Une autre question nécessitant des recherches supplémentaires concerne le choix des espèces à marquer pour plus d’efficacité. Parmi les candidats d’intérêt, l’article suggère des oiseaux marins comme les fous de Bassan et des oiseaux migrateurs comme les grues. Le biologging, indique-t-il, a déjà démontré comment des oiseaux marins infectés en Europe ont transmis la grippe aviaire en Amérique du Nord via l’Atlantique Nord. Les grues ont tendance à se rassembler et à voyager le long de trajets comportant d’importants foyers et zones sensibles à la grippe aviaire.

L’article, tout en soulignant que le biologging doit être utilisé en combinaison avec des données épidémiologiques provenant d’animaux vivants, mourants ou morts et d’échantillons environnementaux, encourage la collaboration entre les différentes parties, les experts en biologging, les autorités sanitaires, les agences environnementales et les défenseurs de l’environnement, afin de parvenir à généraliser ce type de suivi en temps réel des animaux sauvages, et d’intégrer les nouvelles avancées en matière de technologie de biologging dans les directives internationales, les priorités de financement et les programmes.

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