Pour les anciens otages, la guerre avec l’Iran ravive les peurs – mais elle n’est pas leur pire cauchemar
Alors que certains anciens captifs n'ont été remis en liberté qu'au mois d'octobre dernier, les sirènes et les attaques aux missiles rappellent des expériences traumatisantes - en particulier pour ceux qui avaient été détenus dans les tunnels du Hamas
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Alors que la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran avait commencé il y a seulement quelques jours, l’ancien otage Bar Kuperstein s’est précipité, en pleine nuit, dans un abri antiaérien de son quartier, à Tel Aviv, pour se protéger d’une série de tirs de missiles en provenance de la république islamique.
« Je descends à nouveau sous terre », a écrit Kuperstein, diffusant une photo de lui entouré de tous ceux qui s’étaient rassemblés dans un parking souterrain transformé en refuge face aux projectiles.
« Je prends tout cela avec humour », confie Kuperstein lors d’un entretien accordé au Times of Israel. « Je préfère en rire parce que si je ne devais pas en rire, alors on en pleurerait. Et je pense qu’il faut plutôt en rire ».
Kuperstein, âgé de 23 ans, avait été enlevé, aux côtés de 250 autres personnes, lors du pogrom qui avait été commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023. Les terroristes avaient massacré plus de 1 200 personnes, semant la désolation et la mort sur le territoire israélien.
Kuperstein a finalement été libéré par ses geôliers le 13 octobre 2025 avec les 19 autres otages qui étaient encore en vie dans le cadre du cessez-le-feu qui a été conclu entre Israël et le Hamas à Gaza. Il a raconté être parvenu à survivre à ces deux années de captivité dans un tunnel exigu du Hamas à Gaza, sans lumière du jour, mangeant peu, régulièrement frappé par ses bourreaux en s’accrochant à sa conviction qu’il se trouvait entre les mains de Dieu.
Kuperstein explique que la guerre qui oppose Israël à l’Iran actuellement n’a pas ravivé les souvenirs traumatisants qu’il a conservés de sa captivité.
« C’est tout le contraire, je suis enfin chez moi ce coup-ci », s’exclame Kuperstein. « Je peux subvenir à mes besoins et aux besoins de ma famille. J’étais chez moi ce jour de Shabbat, quand ça a commencé, et nous avons dû porter mon père jusqu’à l’abri. C’est une telle chance que je sois ici ».
Son père, Tal Kuperstein, se déplace en fauteuil roulant depuis qu’il a été victime un AVC lors d’une opération chirurgicale qui était survenue avant le 7-Octobre.
Kuperstein vit désormais à Tel Aviv – et son appartement est équipé d’une pièce blindée. Néanmoins, s’il est dehors quand les sirènes font entendre leur cri, il n’hésite pas à se rendre dans un abri public.
« Personne ne me reconnaît », explique Kuperstein. « Quand on est dans un abri, on ne se soucie que de soi-même. Dehors, par contre, oui, les gens me demandent parfois de faire un selfie ».
Depuis sa libération au mois d’octobre, l’ancien otage écrit un livre sur ce qu’il a vécu. Il ajoute être attendu à Los Angeles, où il donnera des conférences. Il dit vouloir gagner suffisamment d’argent pour s’acheter un appartement en Israël.
« Je ne me tourne pas trop vers le passé ; je regarde juste vers l’avenir. Et je pense simplement à quel point c’est agréable d’être ici chez moi ou avec mes parents, dans mon pays. Et j’espère pouvoir prendre mon vol pour Los Angeles », s’exclame Kuperstein, en référence à l’espace aérien israélien qui est resté en grande partie fermé depuis le début de la guerre.
Pour certains ex-otages qui ont passé des semaines ou des mois piégés dans les tunnels de Gaza, victimes de tortures physiques et émotionnelles, cette dernière vague de tirs de missiles lancés par l’Iran et le Hezbollah suscite plus qu’une simple peur physique — c’est un douloureux rappel de ce qui leur est arrivé.
C’est le cas pour Aviva Siegel, qui explique que les sirènes lui ramènent à l’esprit ces pensées douloureuses et inquiètes pour sa famille, alors qu’elle-même venait d’être emmenée en captivité – elle ignorait, à ce moment-là, ce qu’étaient devenus ses quatre enfants et petits-enfants après qu’elle et son mari, Keith Siegel, ont été kidnappés alors qu’ils se trouvaient à leur domicile, au kibboutz Kfar Aza, une ignorance qui l’avait plongée dans les pires angoisses.
« Les premiers jours de la guerre contre l’Iran, j’ai vraiment été en très mauvais état », dit Siegel. « J’avais peur mais petit à petit, dorénavant, je m’habitue ».
Les Siegel, désormais âgés, se sont installés au kibboutz Gazit, dans la vallée de Jezréel. L’ancienne captive explique qu’il est plus facile de vivre dans cette région relativement calme du nord d’Israël que dans l’enveloppe de Gaza, où elle avait vécu avec son époux pendant quatre décennies, subissant régulièrement les salves de roquettes tirées par le Hamas, de l’autre côté de la clôture.
Siegel a demandé à ses quatre enfants de rester auprès d’elle pendant les premiers jours de la guerre avec l’Iran.
« J’en ai assez de m’inquiéter pour eux, je veux juste pouvoir les regarder et pouvoir leur sourire », indique-t-elle. « Tout ce temps passé à Gaza, à s’inquiéter pour les gens que l’on aime, ça a été terrible… Aujourd’hui, je peux les appeler, je peux voir qu’ils vont bien et ça a un effet apaisant. Je sais très bien que des choses peuvent arriver, que des choses graves peuvent arriver ».
D’autres anciens otages ont publié de temps à autre, sur les réseaux sociaux, des messages sur leurs peurs, sur leurs angoisses, sur les désagréments quotidiens de la guerre avec l’Iran.
Pour leur part, Elkana Bohbot et Ohad Ben Ami, deux anciens captifs qui avaient partagé une surface de six mètres carrés sous terre avec quatre autres otages, ont diffusé une vidéo les montrant dans une pièce blindée pendant une alerte, riant aux éclats et plaisantant sur le fait de demander du thé – comme ils le faisaient autrefois avec leurs ravisseurs.
Il y a aussi un sentiment de normalité dans les portraits qui ont été diffusés sur Instagram par Avital Dekel-Chen, l’épouse de l’ancien otage Sagui Dekel-Chen, des clichés qui montrent la vie de sa famille – avec trois jeunes enfants confinés à la maison pour cause de conflit avec la république islamique.
Récemment, Dekel-Chen a filmé ses filles en train de parler de la guerre – l’aînée, Bar, déclarant que les sirènes lui faisaient un peu peur. Mais « ce n’est rien comparé à ce que j’ai dû traverser », s’exclame Bar Dekel-Chen, dont la plus jeune sœur est née alors que son père était encore en captivité.
Lishay Lavi Miran, dont le mari, l’ancien otage Omri Miran, avait figuré parmi les 20 otages qui avaient été remis en liberté au mois d’octobre, a publié un poème sur les réseaux sociaux au sujet de sa petite fille enlevant sa cape de Supergirl, évoquant les sirènes du kibboutz Nahal Oz et celles de l’endroit où ils habitent dorénavant.
Et la semaine dernière, Aviva Siegel, qui avait immigré en Israël depuis l’Afrique du Sud lorsqu’elle était enfant, a annoncé la sortie de son livre, « Survivre pour raconter », un ouvrage écrit en hébreu qui sera traduit en anglais.
Pour l’autrice, ce livre est le récit de sa survie à la captivité, s’attardant sur la manière dont elle a été aidée et soutenue par d’autres et de la manière dont elle-même a aidé et soutenu d’autres personnes, notamment son époux et deux soldates de Tsahal, Liri Albag et Agam Berger, qui avaient partagé le même lieu de détention qu’elle et son mari pendant un certain temps.
Le couple avait été enlevé dans sa voiture par des terroristes du Hamas, le 7 octobre. Aviva avait été relâchée lors du cessez-le-feu du mois de novembre 2023, tandis que Keith n’avait été libéré qu’au mois de janvier 2025.
Aviva Siegel a expliqué avoir écrit cet ouvrage avant tout pour elle-même – afin de ne pas conserver ses pensées enfouies en elle – et pour ses petits-enfants, qui sont encore trop jeunes pour comprendre ce qui est arrivé à leurs grands-parents.
« Je pense que le 7-Octobre restera toujours au centre de tout le reste en ce qui me concerne », a noté Siegel. « C’est très fort en moi, plus fort que le livre, que la guerre ou que tout ce que je traverse. Je vis avec tous ces traumas en permanence ; où que j’aille, il y a toujours quelque chose qui me le rappelle et qui me ramène là-bas ».
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