Rechercher

Sally Rooney va publier un roman en hébreu chez un éditeur israélien « respectueux du BDS »

Selon la star littéraire irlandaise anti-Israël, qui avait refusé la traduction une hébreu de son précédent ouvrage, la publication d'" Intermezzo" en hébreu chez November Books est compatible avec le boycott

L'auteure irlandaise Sally Rooney s'exprimant lors de la conférence de presse Hulu dans le cadre du Winter TCA Press Tour 2020, à l'hôtel Langham Huntington de Pasadena, en Californie, le 17 janvier 2020. (Crédit : Amy Sussman/Getty Images North America/AFP)
L'auteure irlandaise Sally Rooney s'exprimant lors de la conférence de presse Hulu dans le cadre du Winter TCA Press Tour 2020, à l'hôtel Langham Huntington de Pasadena, en Californie, le 17 janvier 2020. (Crédit : Amy Sussman/Getty Images North America/AFP)

JTA — La romancière irlandaise Sally Rooney, qui avait fait la une des journaux en 2021 pour avoir refusé la traduction en hébreu d’un de ses livres, va sortir son dernier roman en hébreu chez un éditeur israélien approuvé par les militants du boycott d’Israël.

La traduction en hébreu de « Intermezzo », dont la sortie est prévue le mois prochain, sera publiée par November Books en collaboration avec les sites d’information israéliens de gauche +972 Magazine et Local Call.

Cet accord a été annoncé cette semaine, en marge d’une interview de Rooney réalisée par l’activiste palestino-irlandais Samir Eskanda pour The Guardian.

La décision de Rooney est significative d’une tentative certes inhabituelle, mais pas sans précédent, de s’inscrire dans le cadre du mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), qui invite les artistes et personnalités du monde de la culture à ne pas travailler avec des institutions israéliennes qu’il considère comme complices des politiques du gouvernement israélien à l’égard des Palestiniens.

En 2021, Rooney a refusé de céder les droits de traduction en hébreu de son roman « Beautiful World, Where Are You? » à l’éditeur israélien qui avait jusque là publié ses livres en hébreu. À l’époque, elle avait déclaré soutenir le mouvement BDS et ne pas vouloir travailler avec un éditeur israélien à moins qu’il ne soit prêt à « prendre publiquement ses distances avec l’apartheid et soutenir les droits du peuple palestinien tels que stipulés par l’ONU ».

Cette décision avait suscité une vive réaction en Israël et au-delà, et notamment des appels au boycott de l’œuvre de l’autrice. Des chaînes de librairies israéliennes auraient retiré certains de ses tirres de leurs rayonnages.

Aujourd’hui âgée de 35 ans, Rooney affirme que la publication d’ « Intermezzo » en hébreu par November Books est compatible avec la campagne de boycott, car l’éditeur n’opère pas dans les implantations de Cisjordanie, ne reçoit pas de financement du gouvernement israélien et est favorable aux droits des Palestiniens.

Des exemplaires du nouveau livre de l’auteure irlandaise Sally Rooney, « Intermezzo », dans une librairie, à Londres, le 24 septembre 2024. (Crédit : Ben Stansall/AFP)

« Même si mon refus de travailler avec des maisons d’édition israéliennes complices a compliqué les aspects contractuels, je n’ai jamais boycotté l’hébreu ni aucune autre langue d’ailleurs », a déclaré Rooney au Guardian. « Je suis très heureuse qu’« Intermezzo » soit bientôt disponible en hébreu chez November Books. »

Rooney a ajouté qu’elle était restée en contact avec le PACBI, une branche fondatrice du mouvement BDS qui conseille les artistes sur les questions de boycott culturel, « afin de m’assurer de respecter à la fois la lettre et l’esprit du boycott institutionnel ».

Haggai Matar, directeur exécutif de +972, a déclaré que le BDS était disposé à travailler avec des éditeurs israéliens sous réserve d’affirmer ne pas être « complices » de l’État israélien, de n’accepter aucun financement gouvernemental et de ne pas exercer leurs activités au sein des implantations.

Le BDS exige également que ses cibles reconnaissent les droits des Palestiniens en vertu du droit international, y compris le droit au retour des Palestiniens désireux de rentrer en possession de ce qui était leur maison dans l’Israël d’aujourd’hui. Israël et nombre de ses partisans considèrent ces revendications comme une menace existentielle, mais Matar assure qu’elles « peuvent être mises en œuvre de tout un tas de manières ».

Interrogé sur les raisons pour lesquelles +972 tenait tant à contribuer à la publication du livre de Rooney, Matar a déclaré à la Jewish Telegraphic Agency que c’était l’occasion de « dissiper les mythes selon lesquels le BDS serait antisémite ou viserait tous les Israéliens »…

« Prendre quelqu’un d’aussi célèbre que Sally et d’aussi franc sur la question palestinienne était une excellente occasion de dire : ‘Regardez, les Israéliens ne sont pas des parias. Ce n’est pas notre identité.’ Sally et le mouvement BDS ne veulent juste pas s’associer à des organisations complices de l’apartheid ou de crimes de guerre. Une fois que vous [agissez et affirmez que vous ne l’êtes pas], vous n’êtes absolument pas soumis au boycott. »

PASADENA, CALIFORNIE – 17 JANVIER : (de gauche à droite) Lenny Abrahamson, Daisy Edgar-Jones, Paul Mescal, Sally Rooney et Ed Guiney s’expriment sur scène lors du panel Hulu au Winter TCA 2020 au Langham Huntington, Pasadena, le 17 janvier 2020 à Pasadena, en Californie. Erik Voake/Getty Images pour Hulu/AFP (Photo par Erik Voake / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)

Depuis le 28 octobre 2024, plus de 7 000 écrivains ont signé un appel au boycott des institutions littéraires israéliennes « complices ». Les organisateurs du boycott ont déclaré avoir évalué 98 éditeurs israéliens et constaté que seul November Books remplissait leurs conditions d’exemption.

November Books est une petite organisation israélienne à but non lucratif qui distribue ses livres principalement par l’intermédiaire de librairies indépendantes. Elle a déjà publié des traductions en hébreu d’œuvres de Ta-Nehisi Coates et de Naomi Klein, qui soutiennent aussi tous deux le boycott.

« Notre tâche, en tant que mouvement, est de canaliser la colère suscitée par le génocide perpétré par Israël à Gaza vers des initiatives les plus constructives », affirme Rooney. Israël nie que la guerre à Gaza soit un « génocide », et ses partisans ont qualifié cette guerre de riposte proportionnée aux attaques et au pogrom commis par le Hamas le 7 octobre 2023, au cours desquels 1 200 personnes ont été tuées en Israël et 251 prises en otage.

Rooney a par ailleurs admis des incohérences dans ses précédentes décisions. Elle a expliqué que, bien qu’elle ait soutenu le BDS en tant que consommatrice, elle avait initialement vendu les droits de traduction en hébreu de ses deux premiers romans à un éditeur israélien avant de conclure que les institutions culturelles israéliennes traditionnelles étaient impliquées dans des politiques d’État auxquelles elle s’opposait.

Des manifestants du mouvement Boycott, Divestment and Sanctions (BDS) défilant à Belfast, en Irlande du nord, le 11 avril 2023. (Crédit : Peter Morrison/AP)

« Au moment de vendre les droits de mon troisième livre, en 2021, les choses avaient changé », a déclaré Rooney. « J’avais pris davantage conscience de la complicité du secteur culturel israélien dans ce système d’apartheid. »

Les romans de Rooney, qui sont presque tous des best-sellers mondiaux, ont été traduits dans plus de 40 langues et adaptés à la télévision par la BBC et Hulu.

Depuis le 7-Octobre, le monde littéraire est désormais un champ de bataille : des écrivains juifs se disent traités de « sionistes », des librairies ont dû annuler des événements promotionnels consacrés à des auteurs juifs et il est aujourd’hui plus difficile de publier des ouvrages sur des thèmes juifs.

Par ailleurs, Rooney a affirmé que « des gens » l’avaient avertie que sa décision de boycotter Israël nuirait à sa carrière, lui laissant entendre qu’elle « n’avait aucune idée de ce à quoi elle s’exposait ».

« J’ai continué à écrire et publier avec bonheur depuis 2021 », a-t-elle ajouté.

Matar rejette la critique selon laquelle le boycott culturel, qui s’attaque à la communauté littéraire et artistique, ne porte finalement atteinte qu’aux voix politiquement libérales et à leur capacité à façonner l’opinion publique.

Le BDS, a-t-il déclaré à la JTA, est un « outil non violent par lequel il est demandé à un éditeur de ‘nous soutenir et de ne pas participer à l’oppression’. Ce sont des exigences pour le moins minimes, qui ne visent ni à faire taire ni à imposer un fardeau trop lourd ».

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.