Washington met son veto à la résolution « inacceptable » du Conseil de sécurité sur Gaza, qui ne condamne pas le Hamas
Un responsable américain critique également cette mesure, qui va plus loin que les résolutions précédentes en soulignant « l'aggravation de la souffrance » dans la bande de Gaza, pour « légitimer à tort de faux récits bénéficiant au Hamas »
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Les Etats-Unis ont une nouvelle fois bloqué jeudi l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU d’un texte réclamant un cessez-le-feu et l’accès humanitaire à Gaza, provoquant la colère d’Etats membres qui ne veulent pas renoncer à peser sur ce dossier malgré les vétos américains répétés, après avoir dit que l’effort n’était pas allé assez loin pour condamner le Hamas.
Le projet bloqué jeudi (14 voix pour, une contre) réclamait bien la fin des restrictions à l’aide humanitaire, mais exigeait aussi « un cessez-le-feu immédiat, inconditionnel et permanent à Gaza », ainsi que la libération immédiate et inconditionnelle des otages et la levée par Israël de toutes les restrictions sur la livraison de l’aide aux 2,1 millions de Palestiniens du territoire.
Un message que les Etats-Unis ont déjà rejeté à plusieurs reprises, la dernière fois en juin lorsqu’ils avaient une nouvelle fois utilisé leur véto.
« Cette résolution ne reconnaît pas la réalité du terrain, à savoir qu’il y a eu une augmentation importante du flot d’aide humanitaire », a justifié la diplomate américaine Morgan Ortagus. « Elle ne condamne pas le Hamas et ne reconnaît pas le droit d’Israël à se défendre, tout en légitimant à tort les fausses informations qui profitent au Hamas, et qui ont malheureusement trouvé un écho au sein de ce Conseil. »
Elle a ajouté que d’autres membres du Conseil avaient « ignoré » les avertissements des États-Unis concernant la rédaction « inacceptable », leur préférant « une action performative destinée à attirer un veto ».
Le résultat met en évidence l’isolement des États-Unis et d’Israël sur la scène mondiale sur la question de cette guerre qui dure depuis près de près de deux ans à Gaza. Le vote a eu lieu quelques jours seulement avant l’Assemblée générale de l’ONU, durant laquelle Gaza sera un sujet majeur et qui verra les principaux alliés des États-Unis reconnaître un État palestinien indépendant. Il s’agit d’une décision avant tout symbolique à laquelle Israël et les États-Unis s’opposent avec véhémence, quitte à provoquer des dissensions entre l’administration Trump et ses proches alliés, à commencer par le Royaume-Uni et la France.
Cette résolution, rédigée par les 10 membres du Conseil élus pour deux ans, va plus loin que les précédents projets dans le but de souligner ce qu’elle qualifie d’« aggravation des souffrances » des civils palestiniens.
« Je comprends la colère, la frustration et la déception du peuple palestinien qui regarde peut-être cette session du Conseil de sécurité, et qui espère que l’aide va bientôt arriver et ce cauchemar, prendre fin », expliquait Riyad Mansour, ambassadeur palestinien à l’ONU, jeudi soir. « J’imagine sans peine la colère et la frustration que cela n’ait pas eu lieu. »
C’est un « moment sombre » pour ce Conseil, a déploré l’ambassadeur pakistanais Asim Iftikhar Ahmad. « Le monde entier nous regarde. Les pleurs des enfants devraient nous briser le coeur, l’angoisse des mères devrait troubler notre conscience », a-t-il ajouté en s’engageant à « continuer d’agir, d’en parler ».
« Pardonnez-nous parce que ce Conseil n’a pas pu sauver vos enfants », a lancé de son côté l’ambassadeur algérien Amar Bendjama à destination de la population de Gaza. « Pardonnez-nous parce que le monde parle des droits mais nie les vôtres, à vous Palestiniens ».
Le vote de la résolution, jeudi, avait repris les exigences des précédentes résolutions et notamment celle tenant à la libération de tous les otages aux mains du Hamas et d’autres groupes terroristes suite à leur attaque surprise du 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël, à l’origine de la guerre à Gaza.
Les États-Unis s’opposent à de semblables résolutions depuis novembre dernier, au motif que ces exigences, dont celles concernant le cessez-le-feu, ne sont pas directement liées à la libération inconditionnelle des otages et ne feraient donc, selon eux, qu’encourager les terroristes du Hamas.
Le projet de texte ne « présentait pas de condamnation du Hamas », a dénoncé de son côté l’ambassadeur israélien Danny Danon. « Ce n’est pas de la diplomatie, c’est une capitulation », a-t-il ajouté en fustigeant la nouvelle résolution et affirmant qu’elle « n’amènerait pas la libération des otages et n’apporterait pas la sécurité dans la région ».
« Israël continuera à combattre le Hamas et protéger ses concitoyens, même si le Conseil de sécurité préfère fermer les yeux sur le terrorisme », a-t-il déclaré jeudi dans un communiqué.
La résolution fait par ailleurs état de sa « profonde inquiétude » suite à la publication d’un rapport, le mois dernier, par l’autorité mondiale sur les crises alimentaires, estimant que Gaza-City connaissait une famine qui risquait de s’étendre à tout le territoire, sauf à conclure un cessez-le-feu et mettre fin aux limitations de l’aide humanitaire. Une analyse israélienne publiée la semaine dernière a conclu que ce rapport était « politisé » et « posait question sur le plan méthodologique ».
Les forces israéliennes ont poursuivi leur offensive terrestre à Gaza-City. La dernière opération israélienne, qui a débuté mardi, intensifie encore un conflit qui a secoué le Moyen-Orient et pousse probablement tout cessez-le-feu et accord de libération d’otages encore plus hors de portée.
L’armée israélienne, qui dit vouloir « détruire l’infrastructure militaire du Hamas », n’a pas donné de calendrier pour l’offensive, mais il y a eu des indications que cela pourrait prendre des mois.
Le même jour, une équipe d’experts indépendants mandatée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a conclu qu’Israël commettait un génocide à Gaza, publiant un rapport appelant la communauté internationale à y mettre fin et à prendre des mesures pour punir les responsables. Israël a refus les conclusions de ce rapport, qualifié de « déformé et faux ».
La semaine passée, l’Assemblée générale de l’ONU a voté à une écrasante majorité en faveur d’une solution à deux États au conflit israélo-palestinien et exhorté Israël à s’engager en faveur d’un État palestinien.
Selon l’enquête de l’Associated Press-NORC Center for Public Affairs Research, le veto américain à cette résolution s’est produit au moment où la moitié des Américains estiment que la riposte militaire israélienne dans la bande de Gaza est « allée trop loin ». Ce qui constitue une hausse par rapport à novembre 2023, date à laquelle ils étaient 40 % à déclarer que l’action militaire d’Israël était allée trop loin.
Par ailleurs, les Américains dans leur ensemble, et les Républicains en particulier, sont moins susceptibles de dire que la négociation d’un cessez-le-feu devrait être une priorité pour le gouvernement américain qu’ils ne l’étaient il y a quelques mois, lorsque les États-Unis tenaient des pourparlers de cessez-le-feu avec le Hamas.
la Communauté du Times of Israël !







