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Opinion

Y a-t-il un plan global ? Ou Israël va prolonger une guerre que son chef d’état-major veut stopper ?

Trump presse Israël d’en finir, mais aucun mécanisme pour l’après-guerre n’émerge ; Zamir avertit que l’armée risque de devenir le gouvernement militaire de Gaza

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

De gauche à droite : le ministre de la Défense, Israel Katz, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le chef d'état-major de l'armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, et le chef d'état-major de l'armée de l'air israélienne, le général de brigade Omer Tischler, au centre de commandement de l'armée de l'air israélienne, le 24 août 2025. (Crédit : Elad Malka/Ministère de la Défense)
De gauche à droite : le ministre de la Défense, Israel Katz, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le chef d'état-major de l'armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, et le chef d'état-major de l'armée de l'air israélienne, le général de brigade Omer Tischler, au centre de commandement de l'armée de l'air israélienne, le 24 août 2025. (Crédit : Elad Malka/Ministère de la Défense)

Qu’est-ce qui nous échappe ici ?

Près de deux ans après que le groupe terroriste palestinien du Hamas a franchi la frontière de Gaza quasiment sans défense pour perpétrer l’attaque la plus meurtrière contre des Juifs depuis la Shoah, Tsahal se prépare à lancer une nouvelle offensive, présentée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu comme devant aboutir à la « victoire totale » sur le groupe terroriste, et visant aussi à ramener les 48 otages, vivants ou morts, toujours aux mains des terroristes de Gaza.

Depuis, le Hamas a été considérablement affaibli. D’une armée terroriste à part entière – qu’Israël a laissé se constituer au fil des ans à Gaza – il est devenu une force de guérilla réduite, mais toujours redoutable. Tsahal, de son côté, a avancé méthodiquement, en ciblant ses bataillons, son vaste réseau de tunnels souterrains, ses usines d’armement et ses arsenaux, réduisant en ruines une grande partie de l’État terroriste de Gaza, saturé d’explosifs.

Depuis des dizaines de milliers de Gazaouis ont été tués, mais aussi environ 460 soldats.

Parmi les victimes gazaouies figurent de nombreux civils, tués dans des circonstances qu’Israël peine à expliquer. D’autres morts ont été instrumentalisées par la machine de propagande cynique et remarquablement efficace du Hamas.

Le Hamas a déclenché ce conflit de sang-froid le 7 octobre 2023, en massacrant plus de 1 200 personnes sur le sol israélien, pleinement conscient qu’Israël riposterait et que le coût humain pour les civils gazaouis serait immense, puisque le groupe terroriste opérait depuis leurs maisons, leurs écoles et leurs hôpitaux.

Pour mesurer à quel point le Hamas est parvenu à présenter ce conflit comme une brutalité génocidaire infligée par Israël aux masses gazaouies sans défense – et à quel point Israël a échoué à mener la bataille cruciale de l’opinion publique mondiale – posez-vous la question suivante : combien de fois avez-vous réellement vu des images des dizaines de milliers de terroristes armés du Hamas, en dehors des cérémonies de propagande écœurantes mises en scène lors des libérations d’otages ?

Des Palestiniens se rendent aux soldats de Tsahal à l’hôpital Kamal Adwan, dans le nord de Gaza, dans une image publiée le 16 décembre 2023. (Crédit : Armée israélienne)

Peu à peu, le monde a intégré une réalité déformée où le Hamas serait réduit à une force fantôme, Israël érigé en agresseur unique, et les Gazaouis en victimes exclusives. Dans ce schéma, l’opinion publique internationale en est venue à reléguer au second plan les deux objectifs vitaux d’Israël – détruire le Hamas et libérer les otages – et à juger indéfendable la poursuite de la guerre.

Il y a sept mois, les médiateurs égyptiens, qataris et américains avaient pourtant arraché un accord censé tracer une voie de sortie à ce cauchemar. Rédigé en grande partie par Israël, il prévoyait la libération progressive de tous les otages contre un grand nombre de terroristes palestiniens et de prisonniers sécuritaires, ainsi que l’ouverture de négociations visant à mettre un terme au conflit. Mais après la première phase, Israël a de facto enterré l’accord : Netanyahu refusait d’entrer dans des discussions substantielles sur un retrait total de Tsahal et un cessez-le-feu permanent. Ses partenaires de coalition d’extrême droite avaient d’ailleurs prévenu qu’ils feraient tomber son gouvernement s’il cédait.

À la place, Israël a suspendu pendant onze semaines l’acheminement d’aide à Gaza, croyant à tort que cela contraindrait le Hamas à capituler. En réalité, cette décision n’a fait qu’aggraver la situation déjà dramatique de la population civile et offrir au Hamas une nouvelle occasion d’alimenter sa propagande en diffusant les images et récits les plus désespérés de la souffrance gazaouie. Le cap a été changé très tardivement : Netanyahu et ses ministres ont fini par autoriser une augmentation de l’aide, mais le mal était fait depuis longtemps.

Et aujourd’hui, en passant outre les objections inhabituelles et fermes du nouveau chef d’état-major, Eyal Zamir – pourtant choisi par Netanyahu –, la coalition a ordonné l’invasion de Gaza City. Le Premier ministre l’a présentée, comme il l’avait fait pour Rafah il y a plus d’un an, comme le dernier bastion du Hamas dont la chute garantirait la victoire.

Zamir, avec d’autres responsables de la sécurité, aurait en vain exhorté Netanyahu à accepter la dernière « proposition Witkoff » en faveur d’un accord par étapes – très proche des conditions qu’Israël avait déjà approuvées en juillet. Ils insistaient sur le fait qu’Israël pourrait toujours reprendre les opérations si le Hamas violait l’accord, mais qu’au moins une partie des otages serait libérée. (Mardi, s’adressant aux troupes, Zamir a toutefois martelé que Tsahal n’accepterait rien de moins que la destruction du Hamas : « Nous ne cesserons pas la guerre tant que nous n’aurons pas vaincu cet ennemi », a-t-il déclaré. « Le Hamas n’aura nulle part où se cacher. Peu importe qu’il s’agisse de ses dirigeants ou de simples membres, nous les frapperons tous, sans relâche. »)

Netanyahu, de son côté, se montre désormais inflexible et exige un « accord global », qui verrait la libération immédiate de tous les otages et – en posant des conditions que le Hamas n’acceptera évidemment pas et que seuls les États-Unis sont en mesure de négocier entre Israël et les autres acteurs régionaux – la fin de la guerre uniquement lorsque le Hamas aura capitulé et que Gaza aura été démilitarisée, pour être confiée à des forces arabes non affiliées ni au Hamas ni à l’Autorité palestinienne (AP).

Des Gazaouis déplacés fuyant le nord de la bande de Gaza déménagent avec leurs biens dans une rue de Gaza-City, le 29 août 2025. (Crédit : Jehad Alshrafi/AP)

Zamir aurait averti que l’opération dans Gaza-City exposerait les captifs qui s’y sont trouvent à de nouveaux risques, entraînerait de nouvelles pertes parmi les soldats et ferait davantage de victimes parmi les civils gazaouis, surtout si, comme c’est actuellement le cas, la majorité du million d’habitants de la ville refusent d’évacuer ou craignent trop le Hamas pour le faire. Il a également exprimé sa crainte que cela ne mette encore plus à l’épreuve des forces armées déjà épuisées, régulières comme réservistes. Ces derniers, rappelés pour une cinquième ou sixième période de service depuis le 7 octobre, font preuve d’une résilience remarquable, quittant à plusieurs reprises leur famille pour risquer leur vie afin de défendre Israël, même si leur mobilisation n’atteint plus les niveaux initiaux.

Il aurait également souligné que l’opération ne serait pas rapide, contrairement aux promesses de Netanyahu. Le président américain Donald Trump, pourtant acquis à la cause israélienne, a répété à plusieurs reprises son souhait de voir Israël « en finir avec cette guerre », notant que « les Israéliens ne gagnent pas la bataille de l’opinion publique, vous savez, et cela leur porte préjudice ».

Des soldats israéliens debout près d’un bulldozer, lors d’une tournée médiatique organisée par Tsahal, pendant la guerre en cours entre Israël et le Hamas, dans la ville de Gaza, le 8 février 2024. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Plus grave encore, Zamir aurait prévenu qu’en l’absence d’une autorité alternative à Gaza, l’opération élargie imminente – qui, après Gaza-City, doit s’attaquer aux bastions du Hamas dans les camps de réfugiés du centre, pour finalement donner à l’armée israélienne ce qui est présenté comme le « contrôle » de l’ensemble de la bande de Gaza – conduira inévitablement à un « gouvernement militaire » israélien permanent. « Car il n’existera aucune autre instance capable d’assumer la responsabilité de la population », aurait-il expliqué.

Une fois encore, ce n’est pas un hasard si le contrôle israélien permanent de toute la bande de Gaza, qui ouvre la voie à l’établissement de nouvelles implantations juives et à la réinstallation encouragée des Gazaouis, est précisément l’option défendue par les partis d’extrême droite dont dépend Netanyahu.

Le chef d’état-major ne s’est pas arrêté là et a poursuivi :
« Tiens, on se réveille », aurait lancé Zamir sur un ton sarcastique à Netanyahu et à ses principaux ministres lors d’une réunion dimanche soir consacrée aux plans de guerre. « Vous étiez le cabinet du 7 octobre. Et c’est seulement maintenant que vous vous souvenez de parler de vaincre le Hamas ? Où étiez-vous le 7 octobre ? Le 8 ? Le 9 ? Le 10 ? Vous ne vous réveillez qu’au bout de deux ans. »

On ignore ce que Zamir visait exactement par ces remarques : dénonçait-il les dirigeants pour les défaillances du 7 octobre, pour les ordres donnés à Tsahal depuis, pour ce qu’ils exigent aujourd’hui à Gaza – ou pour l’ensemble de ces raisons ? Ce qui transparaît en revanche sans équivoque, c’est une exaspération à l’état brut… et le fossé inquiétant et paralysant entre la direction politique israélienne et le chef de l’armée, sommé d’exécuter leurs décisions dans des situations de vie ou de mort.

Un groupe d’ex-otages rencontrant le président américain Donald Trump, dans le Bureau ovale, le 5 mars 2025. (Crédit : Maison Blanche/X)

Ainsi, alors « qu’Israël » devient, aux yeux du monde, presque synonyme « d’agression brutale », que les Israéliens et, de plus en plus, les Juifs de la diaspora subissent une hostilité par association, que les anciens alliés d’Israël le vilipendent pour sa responsabilité dans la crise humanitaire de Gaza et se préparent à récompenser le Hamas en reconnaissant un État palestinien souverain, une question demeure : que nous échappe-t-il ici ?

Existe-t-il un projet global, porté par l’administration Trump en partenariat avec le gouvernement israélien, coordonné par des proches collaborateurs du président et des figures comme Ron Dermer, ministre des Affaires stratégiques et émissaire de confiance de Netanyahu, Tony Blair, l’infatigable ancien Premier ministre britannique, et Jared Kushner, l’ex-conseiller et gendre de Trump réapparu sur la scène politique ?

Un dispositif qui verrait émerger une alternative au Hamas : un gouvernement de technocrates palestiniens, appuyé militairement par des forces entraînées par l’Égypte, avec l’implication d’autres acteurs régionaux, sous supervision américaine ? Une sorte d’équivalent du nouveau gouvernement libanais, dont la volonté affichée de tenter de désarmer le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran, a permis à Israël de réduire considérablement, du moins pour l’instant, son intervention militaire au Liban ? Un cadre de gouvernance de Gaza prêt à être dévoilé publiquement très prochainement, dès que Tsahal aura donné à Netanyahu un résultat à présenter comme une victoire, signifiant que le Hamas a été suffisamment affaibli pour amorcer la transition vers « l’après » ?

Difficile d’y croire, surtout quand on sait que la « grande réunion » organisée à la Maison Blanche la semaine dernière par le président Trump, à l’initiative de son envoyé spécial pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, pour discuter du « plan global » de gestion de Gaza après la guerre, n’aurait duré qu’un peu plus d’une heure et a été décrite par un responsable américain comme une simple « réunion de routine » sur la politique.

Difficile à concevoir donc, mais pourtant si nécessaire et pressant.

Car si aucun plan global n’existe, alors Israël s’épuise et se déchire, abandonne les otages enchaînés et affamés dans les tunnels du Hamas, met en danger la vie d’autres soldats et de civils gazaouis, s’aliène une part toujours plus vaste de l’opinion et des dirigeants mondiaux, et s’enfonce chaque jour davantage et pour longtemps dans le bourbier de Gaza. Ce n’est pas un hasard : c’est exactement ce que souhaitent ouvertement les partis d’extrême droite qui maintiennent Netanyahu au pouvoir.

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