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Interview

25 ans plus tard, Samuel Freedman constate de nouvelles divisions parmi les Juifs

"Jew vs. Jew", ouvrage publié en 2000, portait sur une communauté déchirée entre tradition et modernité ; aujourd'hui, il prend un nouveau sens avec des divisions plus importantes liées à la guerre contre le Hamas à Gaza

Dans « Jew vs. Jew », Samuel Freedman présente une communauté qui, plutôt que de s'assimiler, implose de l'intérieur. (Crédit : Gabriela Bhaskar via la JTA)
Dans « Jew vs. Jew », Samuel Freedman présente une communauté qui, plutôt que de s'assimiler, implose de l'intérieur. (Crédit : Gabriela Bhaskar via la JTA)

JTA — Lorsque Samuel Freedman a publié Jew vs. Jew: The Struggle for the Soul of American Jewry (« Juifs contre Juifs : la lutte pour l’âme du judaïsme américain ») en août 2000, il décrivait une communauté déchirée entre orthodoxie et libéralisme, entre tradition et adaptation, entre continuité et assimilation.

À travers des tableaux vivants — un camp sioniste cédé aux hassidim de Satmar, des rabbins se disputant à Denver au sujet d’un panel sur les mariages interconfessionnels, des féministes remodelant la liturgie synagogale, de nouveaux arrivants orthodoxes entrant en conflit avec leurs voisins établis dans l’Ohio — Freedman avait dressé un portrait de famille dans lequel chaque frère et sœur semblait engagé dans un combat.

L’expression « Juif contre Juif » est rapidement entrée dans le vocabulaire de la communauté. Les écrivains et les rabbins l’ont utilisée pour décrire les conflits relatifs à la légitimité confessionnelle, aux rôles de genre, à la liturgie, à la philanthropie, mais surtout à Israël. « Juif contre Juif » a brisé l’idée selon laquelle « nous ne faisons qu’un » en soulignant les énormes désaccords et conflits internes entre les différents groupes juifs aux États-Unis », a écrit Noam Pianko, directeur du Stroum Center for Jewish Studies de l’université de Washington, dans l’anthologie The New Jewish Canon, publiée en 2020.

Exactement 25 ans plus tard, ces conflits sont plus vifs que jamais, avec un discours interne virulent qui divise les Juifs qui soutiennent pleinement les objectifs déclarés du gouvernement israélien dans la guerre contre le Hamas et ceux qui considèrent la destruction et la crise humanitaire à Gaza comme une tache sur Israël et le judaïsme. Ce qui unissait initialement les Juifs engagés – l’horreur face au pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien le 7 octobre 2023 et l’inquiétude pour les otages – est éclipsé par ce qui les divise.

La guerre de Gaza a créé « une division sans précédent au sein de la communauté juive américaine » au sujet du sionisme lui-même, m’a confié Freedman cette semaine, alors que nous discutions du 25e anniversaire de son livre.

Pendant des décennies, explique-t-il, trois piliers ont soutenu l’identité juive en dehors de la pratique religieuse : la mémoire de la Shoah, la lutte contre l’antisémitisme et l’attachement à Israël.

Des résidents juifs de Borough Park, à Brooklyn, observant des manifestants anti-Israël, le 18 février 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Selon lui, l’un de ces piliers s’est effondré et les deux autres sont soumis à une forte pression. La mémoire de la Shoah s’estompe, et même sa définition fait l’objet d’un débat, divisant ceux qui estiment que la véritable menace vient de l’extrême droite et ceux qui pointent du doigt les manifestants anti-Israël sur les campus universitaires, entre autres.

Cette situation remet directement en cause l’une des thèses centrales de Jew vs. Jew : dans une Amérique exceptionnellement accueillante envers les Juifs, les anciens ennemis extérieurs ont reculé, laissant les Juifs se battre entre eux sur la manière de vivre ensemble alors qu’ils ne sont plus vulnérables.

« J’ai écrit ce livre avec la conviction profonde que les Juifs américains faisaient partie intégrante du mélange culturel américain, que notre histoire était celle de l’exceptionnalisme américain et d’une véritable intégration dans le pays, et que l’antisémitisme était un phénomène marginal », explique Freedman.

« Et cela a clairement été inversé, dans une certaine mesure, par la gauche, et principalement par la droite, à mon avis. »

Âgé de 69 ans, Freedman est l’auteur de neuf autres livres. Il est d’humeur élégiaque ces derniers temps : au début de l’année, il a pris sa retraite de ses fonctions d’enseignant à la Columbia Journalism School, où son cours légendaire « Book Writing » (Écriture de livres) a débouché sur 113 contrats d’édition. (Parmi ceux-ci figurent plusieurs titres juifs : When They Come for Us, We’ll Be Gone: The Epic Struggle to Save Soviet Jewry (« Quand ils viendront nous chercher, nous serons partis : la lutte épique pour sauver les Juifs soviétiques »), de Gal Beckerman ; Aliya : Three Gen­er­a­tions of Amer­i­can-Jewish Immi­gra­tion to Israel (« Alyah : trois générations d’immigration juive américaine en Israël »), de Liel Leibovitz, et Israel’s Black Panthers : The Radicals Who Punctured a Nation’s Founding Myth (« Les Black Panthers d’Israël : les radicaux qui ont brisé le mythe fondateur d’une nation »), de mon collègue de la JTA, Asaf Elia-Shalev.

Il revient également sur Jew vs. Jew avec un mélange de satisfaction pour ce qu’il a accompli et de déception pour l’évolution de l’histoire des Juifs américains. Il est fier de la façon dont une grande partie de l’ouvrage a résisté à l’épreuve du temps, notamment en mettant en lumière un fossé politique et culturel grandissant entre les Juifs orthodoxes et non-orthodoxes, et en démontrant qu’Israël s’est révélé être davantage un facteur de division qu’un ciment communautaire.

Cependant, à peine un mois après la publication du livre, les contours de la division israélienne ont commencé à changer. Avant la Seconde Intifada, qui a débuté en septembre 2000, il décrivait les affrontements entre les faucons juifs, opposés à tout compromis territorial, et les colombes, partisans de la solution à deux États.

La Seconde Intifada a marqué l’effondrement historique du processus de paix. En Israël comme à l’étranger, la gauche n’en est jamais revenue.

« Dans l’ensemble, cette période a été marquée par la fin du processus de paix et la disparition totale des perspectives d’une solution à deux États », ajoute-t-il.

Accélérées depuis le 7 octobre, les divisions les plus pressantes opposent les sionistes, les Juifs antisionistes et ceux qui ne se considèrent peut-être pas comme antisionistes, mais qui sont rebutés par le comportement d’Israël et remettent en question leur attachement juif à ce pays.

Ces divisions ont également mis en évidence un fossé générationnel : les jeunes Juifs qui n’ont aucun souvenir d’Israël avant les gouvernements de droite de Benjamin Netanyahu, insistent sur le fait que le gouvernement actuel, ou Israël lui-même, ne représente pas leur conception de ce que signifie être juif.

Après le 7 octobre, un groupe autrefois marginal comme Jewish Voice for Peace (JVP), antisioniste, et des groupes plus récents comme If Not Now, qui se montrent très critiques envers Israël et se disent officiellement agnostiques vis-à-vis du sionisme, ont attiré de jeunes partisans.

Un homme portant une kippa discutant avec des manifestants anti-Israël, devant l’université Columbia, le 18 avril 2024. (Crédit : Luke Tress via la JTA)

« Beaucoup de ceux qui se sont fortement intéressés à ces groupes, comme If Not Now et JVP, ont reçu une éducation très juive », explique Freedman, en se référant aux recherches de Dov Waxman, chercheur à l’UCLA.

« Leur critique est la suivante : ‘J’ai été victime de propagande. On m’a menti. On ne m’a raconté qu’une partie de l’histoire.’ Et c’est précisément parce qu’ils connaissent bien le sujet, qu’ils étaient auparavant attachés au sionisme, qu’ils éprouvent ce sentiment de trahison, qui, selon moi, alimente en grande partie la passion émotionnelle de ce mouvement. »

Freedman n’avait pas non plus prévu à quel point les Juifs américains deviendraient une « marchandise politique », leurs préoccupations légitimes étant utilisées pour servir des « causes extrêmement controversées ». Il évoque en particulier la manière dont l’administration Trump a pris pour cible les universités au nom de ce que le président appelle la lutte contre l’antisémitisme, notamment en extorquant à Columbia une amende de plus de 220 millions de dollars pour des allégations d’antisémitisme sur le campus.

« C’est une situation extrêmement dangereuse pour les Juifs américains », souligne-t-il.

« Si vous voulez attiser de nouvelles flambées d’antisémitisme ou de culpabilisation des Juifs, commencez par dire que vous détruisez l’enseignement supérieur américain au nom de la lutte contre l’antisémitisme. »

Néanmoins, alors même que la majorité juive rejette le trumpisme, les institutions juives traditionnelles considérées comme libérales – du moins en matière de politique intérieure – ont soit joué le jeu de la Maison Blanche, soit modéré leurs critiques.

Freedman avait écrit Jew vs. Jew dans le cadre de sa propre quête d’identité juive. Ayant grandi dans un foyer laïc, voire antireligieux, il avait ressenti, au début de la quarantaine, le besoin d’approfondir ses connaissances et de devenir plus pratiquant.

« Écrire ce livre m’a permis de me former moi-même au cours de mes recherches, même si cela m’a parfois conduit à vivre des moments pénibles où j’ai été confronté à ma propre ignorance », explique-t-il.

Illustration : Des membres de la communauté juive orthodoxe attendant les bus scolaires, dans le quartier de Borough Park, dans l’arrondissement de Brooklyn, à New York, le 8 octobre 2020. (Crédit : John Minchillo/AP Photo)

Si certains critiques affirmaient à l’époque que Jew vs. Jew semblait rejeter la responsabilité des schismes dans la vie juive sur les Juifs orthodoxes, Freedman insiste sur le fait qu’ils sont passés à côté de l’essentiel. À bien des égards, l’ouvrage démontre le triomphe du « modèle » orthodoxe, qui fonde l’identité juive sur la pratique plutôt que sur la politique ou l’appartenance à un peuple, et érige un rempart contre les tentations de l’assimilation. Selon lui, ce modèle n’a fait que gagner en attractivité, même à gauche, où des détracteurs notoires d’Israël, comme Joshua Leifer, Shaul Magid et Peter Beinart, fondent souvent leurs arguments sur la théologie et les rituels.

À tout le moins, les orthodoxes occupent désormais une place encore plus centrale dans l’histoire des Juifs américains, ne serait-ce qu’en raison de leur démographie. Même s’ils ne représentent encore qu’une minorité au sein de la communauté juive, leur taux de natalité élevé et leur résistance à l’assimilation font qu’ils joueront un rôle de plus en plus important dans la politique et la culture des Juifs américains.

« Si le vote juif devient plus conservateur ou plus républicain, deux statistiques vous expliqueront pourquoi : le taux de natalité et le taux de mariages interconfessionnels », selon Freedman.

Si Jew vs. Jew est une histoire de conflits, Freedman reconnaît également les tendances positives au sein du judaïsme américain depuis 2000, en particulier avant le 7 octobre. Il cite notamment le multiculturalisme, qui a rehaussé le statut des Juifs de couleur et des Juifs par choix, l’acceptation croissante des Juifs LGBTQ+, la plus grande visibilité des femmes membres du clergé, y compris au sein de l’orthodoxie, l’expansion des études juives dans les universités, ainsi que la persistance d’une culture juive laïque visible dans les festivals de cinéma, les salons du livre et les salles de concert.

Et pourtant, aujourd’hui, lorsqu’il parle du concept « Juif contre Juif », Freedman décrit peut-être son propre dialogue intérieur face aux « effets dévastateurs de la guerre » à Gaza.

Freedman est membre d’Ansche Chesed, une communauté conservatrice située près de son domicile à Manhattan, et appartenait auparavant à la congrégation Beth Jacob dans la banlieue de Minneapolis, où il a commencé à passer une partie de l’année tout en effectuant des recherches pour son dernier livre, Into the Bright Sunshine (« Dans la Lumière Éclatante »), une biographie du défunt sénateur et candidat à la vice-présidence Hubert Humphrey.

En accord avec ceux qui, comme le rabbin de la mouvance Modern Orthodox, Yosef Blau, et le rabbin conservateur Ismar Schorsch, estiment que la guerre a engendré une crise théologique, Freedman décrit les deux facettes de son identité juive qu’il peine à concilier.

« Vous savez, il faut garder confiance pour les otages, garder confiance dans les meilleurs aspects de l’histoire d’Israël et du sionisme, mais aussi lutter dans la tradition prophétique contre certaines actions indéfendables de ce gouvernement israélien », ajoute-t-il.

« Et il est difficile de trouver le juste milieu. »

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de la JTA ou celles de sa société mère, 70 Faces Media.

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