À Tarabin al-Sana, Ben Gvir encourage les policiers tandis que les habitants fulminent
La garde nationale prend en charge les raids en cours ; les villageois déplorent des "violences policières" ; la police aurait arrêté des mineurs ayant jeté des pierres sans en informer leurs parents
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Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s’est rendu mardi dans le village bédouin de Tarabin al-Sana, en proie à des troubles, afin de « renforcer » les forces de police qui y mènent une vaste opération anti-criminalité depuis plusieurs jours.
La police a annoncé que la Garde nationale de la police des frontières avait repris sous sa responsabilité les raids en cours. Les forces de l’ordre ont continué à patrouiller dans les rues et ont maintenu les barrages de fortune en parpaings qui bouclaient le village tout en contrôlant les cartes d’identité de ceux qui entraient et sortaient de la ville.
Debout à la lisière du village, Ben Gvir a prononcé un discours d’encouragement improvisé devant les forces de police et les forces frontalières lourdement armées, qui opèrent dans la région depuis lundi.
« Tout le monde devrait comprendre que si vous n’êtes pas à Tarabin [al-Sana], il n’y a plus de Givot Bar, Carmit, Meitar ou Nevatim », a-t-il déclaré à la police, faisant référence aux villes juives des environs.
Il a décrit l’opération en cours comme une « guerre » qui n’était pas encore gagnée et a averti que, si elle n’était pas étouffée dans l’œuf, la criminalité dans la société bédouine se propagerait bientôt aux zones juives de tout le Néguev.
« Filmez-vous afin de pouvoir montrer ces images à vos petits-enfants dans 20, 30 ou 40 ans. Nous nous sommes battus ici pour notre foyer », a-t-il poursuivi.
« Ce n’est pas une guerre que nous pouvons terminer en un jour… Il y a des hauts et des bas. »
Cette intensification de l’activité policière survient alors que les crimes violents ont atteint des niveaux records au cours des trois années de mandat de Ben Gvir en tant que ministre de la Sécurité nationale, une question qui a été minimisée par le ministre ultranationaliste jusqu’à récemment.
Mardi soir, la police a procédé à l’arrestation de 24 personnes, dont quatre mineurs, dans le village, soupçonnés d’avoir jeté des pierres. Les agents ont également infligé 87 amendes pour infraction au code de la route et délivré 23 ordres de démolition de maisons dans ce village bédouin, a ajouté la police.
Ce raid a eu lieu quelques jours après que quatre assaillants masqués, vraisemblablement originaires de Tarabin al-Sana, ont vandalisé des dizaines de voitures dans les villes juives voisines de Givot Bar et de Mishmar Hanegev, en incendiant au moins deux d’entre elles dans la nuit de vendredi.
Cet acte de vandalisme semble être une attaque du « Prix à payer » menée par des Bédouins, en représailles à des perquisitions menées par la police pour retrouver un cheval volé à Tarabin al-Sana au début de la semaine dernière.
Trois suspects ont été arrêtés dans les 24 heures qui ont suivi les faits de vandalisme, a déclaré un porte-parole de la police au Times of Israel. Néanmoins, les forces de l’ordre ont poursuivi leur opération dans le village et ont lancé lundi une vaste descente avec le soutien de Ben Gvir.
Le commissaire adjoint Nachshon Nagler, commandant de la Garde nationale de la police des frontières, a déclaré mardi à Haaretz que cette opération était un « message » adressé aux habitants pour leur faire comprendre « qu’ils ne peuvent pas mener d’opérations de représailles ».
« Nous contrôlons les véhicules afin d’arrêter les criminels et de saisir toute arme illégale, mais aussi pour appréhender ceux qui rackettent de l’argent ici à Beer Sheva et dans d’autres endroits », a-t-il déclaré au journal.
« Ils [les habitants] devraient s’en réjouir. »
Cependant, la plupart des habitants n’étaient pas particulièrement satisfaits de l’opération, beaucoup la qualifiant de tentative d’imposer une punition collective à l’ensemble du village pour les actions d’une poignée de criminels.
Mundar Tarabin, un habitant du village, a déclaré à la chaîne N12 que la police « est passée entre les maisons, a lancé des grenades incapacitantes et des gaz lacrymogènes, a effrayé tout le monde, puis a disparu ».
« Ce n’est pas de la gouvernance, c’est du racket et du racisme », a-t-il ajouté, estimant que la réaction de la police face au vandalisme était disproportionnée.
« S’il y a des suspects, qu’on les juge sévèrement. Mais ce sont deux voitures qui ont été incendiées à Givot Bar, et ils bouclent tout un village. »
« Pour les meurtres qui ont lieu tous les deux jours dans la société arabe, nous ne voyons pas le ministre venir et nous ne voyons pas ce genre d’encerclement », a-t-il poursuivi.
« Ils n’ont recours à la gouvernance que contre les Bédouins. Nous vivons ici depuis des années à côté de nos voisins. Nous ne sommes pas des gens dangereux. Mais si Ben Gvir veut créer du racisme, il en récoltera aussi les fruits. »
La police aurait arrêté plusieurs enfants de moins de 12 ans, âge de la responsabilité pénale, soupçonnés d’avoir jeté des pierres.
Khalaf, qui habite dans le village, a raconté à Haaretz que son fils de huit ans et son neveu de dix ans avaient tous deux été arrêtés par des policiers alors qu’ils se trouvaient près de la maison.
D’autres parents dont les enfants ont été arrêtés ont déclaré au média de gauche qu’ils avaient tenté de se rendre au commissariat de Rahat pour savoir où se trouvaient leurs enfants, mais que les policiers avaient refusé de leur fournir la moindre information.
Depuis la mi-novembre, la police a renforcé sa présence dans les zones bédouines du Néguev dans le cadre d’une vaste campagne de répression contre les crimes violents, le trafic d’armes et les infractions au code de la route, menée par Ben Gvir et le chef de la police israélienne, Danny Levy.
L’opération, baptisée « Nouvel Ordre », a donné lieu à une dizaine de raids dans des localités du Néguev, notamment Tarabin al-Sana, Lakiya, Tel Sheva et Hura. Dans l’ensemble, les Bédouins n’ont pas bien accueilli ces descentes et beaucoup ont déploré que les méthodes répressives de la police portent atteinte à leurs droits de citoyens israéliens.
La police n’a pas donné de détails sur l’objectif précis de l’opération à Tarabin al-Sana, mais a déclaré qu’elle visait à « renforcer la gouvernance, faire respecter l’État de droit et apporter une réponse ferme et claire à toute tentative d’activité criminelle grave ».
Dans un communiqué annonçant le raid lundi, la police a promis que l’opération se poursuivrait « aussi longtemps que nécessaire ».
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