A Tel Aviv, le frère d’un otage tué déplore la longue attente des défunts encore à Gaza
Pour les captifs libérés, tout le monde doit rentrer ; Rom Braslavski dit avoir vu la place des Otages à la télévision à Gaza et avoir rêvé d'y aller ; Golan : le mouvement anti-gouvernement va "passer à la vitesse supérieure" contre Netanyahu
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Samedi soir, les captifs récemment libérés ont réclamé le retour des dépouilles des otages décédés toujours retenues à Gaza lors d’un rassemblement qui a réuni plusieurs milliers de personnes, dont beaucoup manifestaient pour la première fois sur la place des Otages à Tel-Aviv.
Ce rassemblement s’est déroulé alors que le Hamas a affirmé avoir retrouvé le corps du lieutenant Hadar Goldin, un soldat de l’armée israélienne tué et enlevé par le groupe terroriste durant la guerre de Gaza en 2014. L’organisation armée palestinienne n’a toutefois pas précisé quand cette dépouille serait remise à Israël pour identification.
Le Hamas cherche à utiliser le corps de Goldin comme moyen de pression dans le but de contraindre Israël à accorder un passage sûr à des terroristes du groupe qui sont actuellement retranchés dans un tunnel sous Rafah, un secteur contrôlé par l’armée israélienne, a rapporté la chaîne N12. La question fait l’objet d’un débat depuis plusieurs jours. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déjà exclu de les laisser partir pacifiquement.
Goldin est l’une des cinq personnes enlevées dont les restes sont toujours retenus à Gaza, aux côtés de ceux de quatre otages, trois Israéliens et un Thaïlandais, kidnappés lors du pogrom du Hamas, le 7 octobre 2023, qui avait déclenché la guerre. Conformément au cessez-le-feu en cours négocié par les États-Unis, les 20 derniers otages vivants ont été libérés, et le groupe terroriste était tenu de remettre dès que possible les 28 dépouilles d’otages qu’il détenait. Les corps de 23 d’entre eux ont été progressivement restitués depuis, Israël accusant le groupe de faire délibérément traîner les choses en longueur.
Samedi, s’adressant à la foule, l’ancien otage Nimrod Cohen déclaré être certain que le Hamas savait où se trouvaient les dépouilles des otages décédés, et il a accusé le groupe terroriste de les retenir en violation de l’accord de trêve.
« Je suis convaincu que le Hamas sait où ils se trouvent, et qu’il prend simplement plaisir à se livrer à ce jeu malsain », a expliqué Cohen, prenant la parole sur la scène aux côtés de sa mère et de son frère. « Chaque jour qui passe est un jour de plus où l’un d’entre eux pourrait disparaître pour toujours. »
« J’en appelle ici aux décideurs : tout comme je suis revenu, tout comme tout mon équipage est revenu, tout le monde doit revenir », a-t-il martelé. Cohen est l’unique membre survivant de son équipage de char, composé de quatre hommes. Les trois autres ont déjà été ramenés, pour être enterrés.
« Quand j’étais en enfer à Gaza, dans les tunnels », a-t-il raconté, ses ravisseurs « nous répétaient sans cesse que le peuple israélien nous avait abandonnés. Que personne ne descendait dans la rue pour manifester et se battre pour nous. Que la vie continuait et que tout le monde s’en moquait. »
« Mais le jour de notre retour, dès que j’ai franchi la frontière et que je suis revenu dans le pays, j’ai compris que tout cela n’était que mensonges », a poursuivi Cohen, se souvenant des milliers de personnes qui se pressaient dans les rues pour applaudir le retour des 20 derniers otages.
Elad Or, le frère de Dror, dont la dépouille est toujours retenue à Gaza, a appelé à l’accomplissement rapide des termes de l’accord de trêve et de libération des otages négocié par le président américain Donald Trump.
« Un mois s’est écoulé depuis la signature de l’accord Trump. Un mois de montagnes russes émotionnelles ; un mois de début de rééducation ; un mois, à la fin duquel la mission est toujours inachevée », a-t-il déploré.
Appelant à poursuivre la mise en œuvre de l’accord « sans menaces de guerre et sans politique », il a affirmé être venu sur la place pour revendiquer « notre droit fondamental de dire au revoir à Dror, et de lui rendre hommage ».
« Cet accord, c’est l’accord de Trump », a-t-il indiqué. « Même si les recherches » des restes des otages décédés « prennent beaucoup de temps en raison des destructions massives dans la bande de Gaza, même si une coopération internationale complexe est nécessaire, même si d’autres obstacles se présentent, il n’y a pas d’autre choix. Pour Israël, Dror et tous les autres doivent impérativement rentrer chez eux. »
« Nous ne pardonnerons pas et n’oublierons pas que ce gouvernement nous a abandonnés. Nous ne cesserons pas d’exiger que la vérité soit révélée, et que les responsables soient tenus de rendre des comptes », a-t-il souligné. « Mais aujourd’hui, en ce moment même, il y a une opportunité pour un début de réparation. »
Aller sur la place des Otages, « c’est mon rêve »
L’ancien otage Rom Braslavski, l’un des 20 derniers captifs vivants libérés le 13 octobre dans le cadre du cessez-le-feu à Gaza, s’est levé pour prononcer un discours improvisé pendant la nuit. C’est accompagné de son père qu’il est monté sur scène.
« Mon cœur bat la chamade », a-t-il déclaré. « Je n’arrive pas à croire que je suis là, à l’endroit que je voyais à la télévision à Gaza, et dont je disais : ‘C’est mon rêve d’y aller’. »
Après avoir remercié le public d’avoir lutté pour lui, il a rendu hommage aux soldats « qui sont entrés à Gaza en sachant qu’ils risquaient de mourir, pour que je puisse vivre ».
Il a également exprimé ses regrets aux familles des otages détenus avant la guerre en cours à Gaza – évoquant notamment le navigateur de l’armée israélienne Ron Arad, porté disparu au Liban en 1986 – « et à tous ceux qui ont été oubliés, et à qui personne n’a porté secours pendant des années ».
« Il est maintenant temps de sauver tous ceux qui ont été laissés pour compte à Gaza », a-t-il ajouté. « Même si cela doit prendre 20 ans ou 30 ans, nous continuerons à nous battre pour tout le monde », a-t-il affirmé.
Même s’ils n’ont pas pris la parole devant la foule, les jumeaux Gali et Ziv Berman, qui font également partie des 20 derniers otages relâchés par le Hamas, se sont pour la première fois rendus sur la place des Otages.
Sur les photos publiées par le Forum des familles des otages et des disparus, on voit les deux frères affichant un large sourire, serrant dans leurs mains l’une de leurs affiches d’otages. Sur l’une des photos, Gali est perché sur les épaules de Ziv tandis qu’ils célèbrent leur libération.
La police saisit des mégaphones et des tambours lors d’une manifestation contre le gouvernement
Par ailleurs, tandis que des milliers de personnes se rassemblaient sur la place des Otages, des manifestants antigouvernementaux participaient à une marche distincte à l’échangeur Begin-Kaplan, non loin de la place.
Des policiers à cheval et des camions de police ont été déployés dans la zone, ne tardant pas à ordonner aux manifestants présents sur Kaplan de se diriger vers Begin, afin de dégager le carrefour. Un commandant a également donné pour instruction à ses agents de confisquer les mégaphones et les tambours de toute personne qui refuserait de se conformer à cette consigne.
Tandis que les agents saisissaient le mégaphone que tenait une femme, les manifestants ont scandé : « Où étiez-vous à Sde Teiman ? », faisant référence à l’incapacité des forces de l’ordre à contenir la foule d’extrême droite qui avait pris d’assaut, l’été dernier, ce centre de détention situé dans le sud du pays, à la suite de l’arrestation de réservistes accusés d’avoir gravement maltraité un prisonnier gazaoui.
Une fois les manifestants canalisés en direction de Begin Road, le chef du parti Les Démocrates, Yair Golan, a affirmé à la foule que lui et ses alliés politiques allaient désormais « passer à la vitesse supérieure » dans leur lutte visant à remplacer le gouvernement, dans les limites de la loi.
« Nous ne laisserons qu’un seul choix au gouvernement : des élections, aussi rapidement que possible, et à nos conditions », a-t-il ajouté.
Golan a également exhorté le médiateur d’État pour les juges, Asher Kula, désigné la semaine dernière par le gouvernement pour enquêter sur l’affaire de la fuite de la vidéo de Sde Teiman afin d’écarter la procureure générale Gali Baharav-Miara, à ne pas participer aux efforts visant à restreindre les pouvoirs du système judiciaire.
« L’Histoire se souviendra de ceux qui ont empêché le coup d’État, et de ceux qui l’ont servi. Ce choix vous appartient », a souligné Golan. « Ce soir, le combat commence pour l’âme démocratique et sioniste de l’État d’Israël, et je vous garantis que l’État d’Israël restera une démocratie. Point final », a-t-il poursuivi.
C’est l’actuel gouvernement de droite qui représente « la menace existentielle la plus pressante pour l’État d’Israël », a-t-il martelé.
Sous les applaudissements, Golan a annoncé qu’après le rassemblement, il se rendrait à « une réunion des chefs de l’opposition » – les dirigeants des partis sionistes opposés à Netanyahu -. « Nous nous battrons jusqu’à la victoire », a-t-il affirmé. « Je vous le promets, nous gagnerons. »
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