Un ex-otage raconte comment ses geôliers l’ont « joyeusement » torturé
Après plusieurs mois en captivité, Rom Braslavski a supplié ses gardiens de le laisser mourir de faim ; il raconte comment il s'est défait de ses liens pour cuisiner des pâtes, dit avoir du mal à se remettre et craindre de "devenir fou"
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Rom Braslavski, récemment libéré après avoir été retenu en otage pendant 738 jours par le groupe terroriste du Jihad islamique palestinien à Gaza, a raconté lors de sa première interview à la télévision israélienne depuis sa libération le mois dernier qu’il avait été si violemment tabassé par ses geôliers qu’il les avait suppliés de le laisser mourir de faim.
Dans l’interview de 50 minutes accordée à l’émission « Hazinor » de la Treizième chaîne, diffusée jeudi soir, Braslavski se confie sur son expérience, depuis le moment où il a été enlevé lors du festival de musique Nova, le 7 octobre 2023. Il travaillait alors comme agent de sécurité lorsque des hordes de terroristes palestiniens, dirigées par le Hamas, ont pris d’assaut le festival, situé près de la frontière avec Gaza, tuant 364 personnes et prenant des dizaines d’autres en otage.
« C’était la première fois que je voyais un cadavre », confie-t-il à la chaîne, racontant comment il est tombé sur les corps ensanglantés de deux jeunes femmes, toutes deux vêtues de tenues de festival, alors qu’il tentait en vain d’échapper aux terroristes envahisseurs.
« Je me suis dit : ‘Écoute, tu es dans un film’ », se souvient-il avoir pensé lors de sa capture.
« Si je suis dans un film, avec des caméras, que ferait le personnage dans le film ? »
« J’ai commencé à lui asséner des coups de poing de toutes mes forces et je l’ai poussé de toutes mes forces. Je l’ai pris au dépourvu. »
Il en a profité pour échapper à son ravisseur, courant à toute vitesse. Il s’est alors rendu compte qu’il se dirigeait vers la frontière de Gaza au lieu de s’en éloigner, et qu’il était encerclé de toutes parts.
Lorsque le terroriste l’a rattrapé, il lui a cassé le nez et l’a immédiatement emmené de force à Gaza, où il allait rester pendant les deux années suivantes.
Braslavski, qui vit à Jérusalem, a passé ses dix premiers jours de captivité attaché à une armoire dans une chambre avant de décider de prendre les choses en main.
Comme un ami lui avait appris comment se libérer de ses liens, Braslavski s’est efforcé de s’échapper dès que ses geôliers s’absentaient et fouillait la maison à la recherche de tout ce qui pourrait l’aider.
Cela a duré onze jours avant qu’il ne se lance dans une « mission suicide ».
« Je me suis dit : ‘Je vais faire des pâtes.’ »
Mais, faute de gaz pour la cuisinière, il n’y avait aucun moyen facile de faire bouillir de l’eau pour les faire cuire. Il a donc dû se résoudre à prendre plusieurs livres et une pile de vêtements appartenant aux enfants de son ravisseur pour y mettre le feu.
La fumée qui s’échappait de la maison alors qu’il cuisinait ses pâtes sur un feu de camp improvisé a attiré l’attention des Gazaouis voisins qui ont rapidement compris qu’il s’agissait d’un otage israélien laissé sans surveillance et qui se préparait à dîner.
« Ils ont commencé à frapper à la porte. »
« Puis ils ont commencé à frapper contre les fenêtres. Les fenêtres étaient en plastique. En regardant autour de moi, je me suis dit : ‘Merde, ils m’ont grillé.’ »
Il s’est alors précipité sous le lit et s’est caché dans une couverture.
« Ils sont entrés. Ils m’ont tiré de sous le lit et m’ont tabassé », raconte-t-il, ajoutant qu’il n’a pas pu marcher correctement pendant deux semaines après avoir reçu une « pluie de coups mortels ».
Mais avant que la foule en colère ne parvienne à le tuer, son ravisseur est revenu, les a chassés, puis a ligoté Braslavski à nouveau avant de repartir.
Braslavski s’est une nouvelle fois affranchi de ses liens et a mangé ses pâtes.
Le jeune homme, alors âgé de 19 ans, a passé la majeure partie de sa captivité dans les geôles du Jihad islamique palestinien. Il est resté seul la plupart du temps, à l’exception d’une brève période de 48 heures passée avec un autre otage, Sasha Trufanov, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, en mai 2024.
« C’était le plus beau cadeau que je pouvais recevoir », explique-t-il.
« Je me suis assis avec Sasha. Au début, nous avions peur de parler, mais nous avons fini par discuter à voix basse. »
« Nous parlions pendant des heures, sans interruption. Du matin jusqu’au soir… J’étais content. »
Mais le 6 mai 2024, l’armée israélienne est entrée à Rafah. Braslavski et Trufavnov ont alors été à nouveau séparés. Il n’a revu aucun autre otage jusqu’à la veille de sa libération, dix-sept mois plus tard.
Un virage vers le pire
La captivité de Braslavski se divise en deux périodes distinctes. En mars 2025, après l’échec du deuxième accord de cessez-le-feu, ses conditions de vie, déjà difficiles, se sont encore dégradées lorsqu’il a refusé de se convertir à l’islam, comme le lui demandaient ses geôliers.
« Je suis né juif et je mourrai juif », a répondu Braslavski à ce terroriste du Jihad islamique palestinien.
N’ayant pas apprécié ce refus, le garde est revenu quelques jours plus tard avec une note, qui, selon lui, lui avait été remise par ses supérieurs hiérarchiques. Selon cette note, ils lui avaient ordonné de bander les yeux de Braslavski.
« Il m’a dit en souriant qu’ils me l’enlèveraient dans deux ou trois jours. »
Mais on ne le lui a pas retiré, et son geôlier a commencé à lui imposer de plus en plus de restrictions : il ne pouvait plus se rendre aux toilettes qu’à 9 heures, 16 heures et 21 heures, ses rations d’eau ont été réduites à un demi-litre par jour, ses maigres rations alimentaires ont été diminuées, et un autre bandeau a été ajouté au premier lorsque Braslavski a admis qu’un mince filet de lumière passait encore à travers le tissu.
Quelques jours plus tard, son geôlier lui a annoncé qu’après l’avoir privé de la vue, il allait maintenant lui ôter un autre sens : l’ouïe.
« Ça vous épuise mentalement. J’étais déjà fatigué, sans nourriture. Je n’avais même pas un pita par jour. Toute la journée, j’avais besoin de me soulager, je me retenais d’uriner toute la journée, je ne voyais rien et maintenant, je ne pouvais plus entendre correctement non plus. »
« Après trois semaines les yeux bandés, sans pouvoir aller aux toilettes, affamé, avec des cailloux dans les oreilles, dans le cerveau, un homme est venu vers moi et m’a dit : « Abu Salem [le nom que lui donnaient ses geôliers], voici un autre message. »
À la question de savoir ce que disait la note, le terroriste a répondu : « Attachez Abu Salem et torturez-le. »
« Et il esquisse un sourire », se rappelle Braslavski.
Ce soir-là, tout a commencé. Un groupe de terroristes sont entrés dans sa chambre, l’ont ligoté et ont commencé à le tabasser. Puis, au bout d’un moment, ils ont sorti un fouet en métal.
Le même scénario s’est répété aux petites heures du matin, lorsque les terroristes sont revenus et ont traîné Braslavski pour le passer à tabac.
« Jamais de ma vie je n’avais été roué de coups comme ça. Ils m’ont plaqué contre un mur, l’un me tenait la tête et l’autre me frappait. J’ai essayé de m’évanouir et de tomber, mais ils ne m’ont pas laissé perdre connaissance ne serait-ce qu’une seconde. »
« Après m’avoir cogné, ils ont commencé à me fouetter », raconte-t-il, se rappelant la douleur intense qui accompagnait chaque coup de fouet et les blessures dont il dit toujours porter les cicatrices.
Ce scénario se répétait plusieurs fois par jour, explique-t-il. Souvent, les terroristes du terrorisme entraient dans la pièce au rythme d’une musique festive diffusée par des talkies-walkies.
C’est sur ces airs que Braslavski était sauvagement brutalisé.
« Je me suis retrouvé pris dans une spirale dont je doutais de pouvoir sortir vivant », raconte-t-il.
Le fouet en métal, dit-il, s’est déformé et bosselé sous la force des coups.
« Ils me disaient de m’allonger – l’un d’eux m’attrapait les jambes et s’asseyait dessus, tandis que l’autre me fouettait les chevilles, quarante fois de suite. »
« Toute ma jambe était enflée, rouge et bleue, et ils m’ordonnaient de me lever. Cela a continué jour après jour, heure après heure. »
C’est à cette époque, en août 2025, que le Jihad islamique palestinien a filmé et diffusé une vidéo dans laquelle on voyait Braslavski en pleurs, souffrant le martyre. Sa famille n’a pas autorisé la diffusion de cette vidéo dans la presse israélienne, n’approuvant que des captures d’écran sur lesquelles on pouvait le voir allongé sur le sol, amaigri et pâle.
« Je sais combien de coups il reçoit. Je le sais parce que Rom ne pleure pas. S’il pleure, c’est parce qu’ils le maltraitent. Regardez-le. Il est maigre, affaissé, en larmes. Tous ses os sont saillants », avait alors expliqué sa mère, Tami.
« Je ne pleurais pas parce que j’avais faim. Je pleurais à cause de la douleur physique », explique-t-il, ajoutant qu’il n’a pas pu se résoudre à regarder la vidéo que ses geôliers l’avaient forcé à enregistrer.
« Je leur ai dit : ‘Ce falafel que vous me donnez tous les jours, supprimez-le. Laissez-moi mourir de faim, laissez-moi tranquille.’ »
« Arrêtez juste de me frapper. »
C’est cette période-là, dit-il, qui l’a brisé.
Contrairement à d’autres anciens otages qui ont expliqué avoir été maltraités en représailles aux déclarations publiques du ministre d’extrême droite de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, se targuant du traitement sévère réservé aux prisonniers palestiniens palestiniens incarcérés pour atteinte à la sécurité en Israël, Braslavski estime que cela n’a eu que peu d’effet sur ses propres geôliers.
« Ils me torturaient pour une seule raison : parce que je suis juif. »
« C’est pour cela que j’ai vécu ce que j’ai vécu. Ce n’est ni à cause de Ben Gvir, ni à cause de [Benjamin] Netanyahu, ni à cause de quoi que ce soit d’autre. Ils m’ont tabassé parce que je suis juif. C’est tout. »
Après le tournage de la vidéo, la situation a encore empiré et Braslavski a subi des abus sexuels. Ses geôliers l’ont déshabillé et ligoté pour le rouer de coups.
Il aborde ce point dans un extrait diffusé par la Treizième chaîne mercredi, avant la diffusion intégrale de l’interview.
« Il s’agissait de violence sexuelle, dont le but principal était de m’humilier. L’objectif était de détruire ma dignité. Et c’est exactement ce qu’ils ont fait », explique-t-il dans l’extrait.
« J’ai du mal à parler de ce volet en particulier. Je n’aime pas en parler. C’est difficile, c’était la chose la plus horrible qui soit », ajoute Braslavski.
« C’est quelque chose que même les nazis n’ont pas fait. À l’époque d’Hitler, ils n’auraient jamais fait une chose pareille. »
Il est le premier ex-otage masculin à déclarer avoir été victime d’agressions sexuelles pendant sa captivité, alors que plusieurs femmes libérées avaient déjà raconté avoir subi de telles agressions.
La vie après la libération
Braslavski a été relâché le 13 octobre, en même temps que les dix-neuf derniers otages encore en vie, dans le cadre de l’accord négocié par les États-Unis pour mettre fin à la guerre à Gaza.
Son parcours depuis lors n’est pas facile. Il s’est confié sans détour au micro de la Treizième chaîne sur ses difficultés à se réadapter à la vie après la captivité.
« Mentalement, je ne suis pas prêt à quitter l’hôpital », dit-il.
« J’y suis comme dans une bulle : tout le monde me protège, s’inquiète pour moi, prend de mes nouvelles. J’ai mon lit là-bas. Je peux m’y asseoir. Je n’ai aucune envie de partir. »
« J’ai très peur de devenir fou, de perdre la raison », répond-il lorsqu’on lui demande s’il craint de quitter l’hôpital.
« Je suis très déconnecté », dit-il sincèrement.
« Même quand je sors et que je fais le strict minimum, je le fais sans aucune envie. Sans aucune force ni énergie. Mon cerveau est éteint, mon âme est éteinte, mon corps est éteint. »
Mais il est déterminé à se rétablir, même s’il sait que le chemin sera long et difficile.
« Quand je vois les autres otages assister à des concerts, crier et être forts, je ne suis pas jaloux de leur bonheur et de leur satisfaction, car ce moment viendra aussi pour moi, quand je parviendrai à me relever et à me rétablir. »
« Moi aussi, je serai heureux et satisfait comme eux. »
la Communauté du Times of Israël !







