Aux États-Unis, le succès des frappes contre l’Iran permettent à Netanyahu de continuer sa guerre inefficace à Gaza
La troisième visite du Premier ministre à la Maison Blanche s'est achevée sans trêve avec le Hamas et sans pressions de la part de Trump ; les sondages en Israël montrent que le public en a assez de l'impasse
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WASHINGTON – Fait rare pour un Premier ministre, Benjamin Netanyahu est rentré en Israël, jeudi, par le vol de retour prévu et sans prolonger sa visite à Washington jusqu’à la fin de la semaine.
Il a toutefois retardé son vol de quelques heures pour faire un détour par Monticello, la maison de Thomas Jefferson où se trouvait la plus importante de ses plantations.
Si Netanyahu a pris le temps, alors qu’il était sur place, d’examiner la manière dont le troisième président des États-Unis avait choisi de mener ses guerres, il aura peut-être entraperçu un contraste avec l’une de ses propres bévues les plus fatales.
Pendant des années après la fondation des États-Unis, les pirates barbaresques s’étaient attaqués aux navires américains en Méditerranée – et le Congrès avait payé des tributs humiliants aux États concernés pour acheter la protection des marchands. Mais lorsque Jefferson avait pris ses fonctions en 1801, il avait pris la décision de mettre un terme à ces paiements et d’entrer en guerre.
« Nous préférons la guerre dans tous les cas aux tributs sous quelque forme que ce soit », avait-il écrit avec fermeté.
Pendant des années, Netanyahu a adopté l’approche opposée pour faire face à la menace représentée par le Hamas depuis Gaza. À partir de 2018, il a autorisé l’entrée, par les postes-frontières israéliens, de valises qui contenaient des millions de dollars en espèces, des valises qui venaient du Qatar, dans le but de maintenir un cessez-le-feu fragile avec les chefs du Hamas.
Il aurait mieux fait – cela aurait dû être le cas pour tout Israël, d’ailleurs – de suivre la voie de Jefferson. L’argent versé au Hamas n’a pas permis d’acheter la paix. Au contraire, il a permis au groupe terroriste de renforcer son armée et de préparer sa prise d’assaut du sud d’Israël, le 7 octobre 2023.
Netanyahu se trouvait à Washington pour discuter avec le président américain Donald Trump d’un accord de cessez-le-feu qui garantirait la libération de la moitié des otages qui se trouvent encore au sein de l’enclave côtière – des captifs qui avaient été kidnappés le jour du pogrom.
Le Premier ministre a insisté là-dessus : il ne s’agit dans aucun cas d’une capitulation mais d’un obstacle sur la voie de la « victoire totale », a-t-il dit. Quelques heures avant son départ pour Monticello, Netanyahu a diffusé une déclaration vidéo dans laquelle il continue de le dire : la guerre à Gaza ne prendra pas fin avant que le Hamas ne soit contraint d’accepter les conditions d’Israël, même si un cessez-le-feu est conclu.
« Le Hamas dépose ses armes, Gaza est démilitarisée, le Hamas n’a plus aucune capacité gouvernementale ou militaire. Telles sont nos conditions de base », a-t-il réaffirmé.
« Si les négociations permettent d’atteindre cet objectif, c’est une excellente chose », a-t-il déclaré. « Si nous n’y parvenons pas dans les 60 jours, nous y parviendrons par d’autres moyens, en recourant à la force – à la force de notre armée héroïque ».
Malgré ses menaces, les opérations militaires menées par Israël à Gaza sont toujours conçues pour parvenir à un accord, et non pour vaincre le Hamas.
« Nos forces portent des coups puissants qui se renforceront contre les bastions du Hamas qui existent encore à Gaza », avait expliqué le Premier ministre au mois de mai, promettant que « tout le territoire de Gaza sera placé sous le contrôle de la sécurité israélienne » et que « le Hamas sera totalement vaincu ».
Pourtant, comme lors des phases précédentes de la guerre contre le Hamas, après un début agressif de la dernière opération, surnommée « les chars de Gédéon », les soldats de Tsahal sont une fois de plus largement bloquées sur place.
L’interruption de l’entrée de l’assistance humanitaire dans la bande, au mois de mars, n’a pas forcé le Hamas à accepter les conditions d’Israël, pas plus que la saisie de plus des deux tiers du territoire palestinien. L’initiative de la Fondation humanitaire pour Gaza, très décriée, n’a pas encore provoqué l’effondrement du régime civil du Hamas, et Israël s’appuie à nouveau fortement sur les Nations unies pour l’acheminement de l’aide.
Au lieu de cela, c’est Israël qui a fait des concessions – en acceptant une proposition du Qatar ouvrant la porte à la libération des otages vivants et à la restitution des corps sans vie des captifs tués dans le cadre d’un cessez-le-feu de 60 jours. L’État juif a aussi accepté de nouvelles lignes de retrait militaire après que le Hamas a rejeté les cartes initiales.
Malgré l’absence d’avancées dans les pourparlers, les attentes d’une percée se sont accrues avec le voyage de Netanyahu aux États-Unis, où il devait rencontrer Trump. Des responsables qui s’étaient exprimés sous couvert d’anonymat avaient évoqué la possibilité d’un cessez-le-feu pendant que le Premier ministre israélien était à Washington, et les observateurs s’attendaient à ce que le président américain fasse l’annonce spectaculaire d’une trêve avec le Premier ministre à ses côtés.
Mais l’optimisme s’est toutefois lentement dissipé tout au long de la semaine, des sources israéliennes, du Hamas et des pays médiateurs ayant fait part aux journalistes de l’enlisement des discussions sur les mêmes questions que celles qui avaient fait échouer les précédents cycles de pourparlers.
Cette absence de progrès aurait pu transformer la troisième visite de Netanyahu à la Maison Blanche depuis le retour de Trump au pouvoir en champ de mines diplomatique. Le président américain est connu pour se retourner contre ses alliés, comme en témoigne la querelle avec Elon Musk qui a continué à s’élargir pendant que le séjour du Premier ministre israélien. Le président américain n’est toujours pas parvenu à mettre fin à la guerre entre la Russie et l’Ukraine, et la fin du conflit à Gaza semble avoir le potentiel d’être une victoire diplomatique plus probable.
« Nous devons résoudre ce problème. Gaza est une tragédie », a dit Trump devant les membres de son cabinet, cette semaine.
Trump aurait pu renforcer les pressions à l’encontre de Netanyahu – en privé ou devant les caméras – afin de pousser Israël à accepter qu’un cessez-le-feu puisse devenir la première phase dans le processus d’un arrêt définitif de la guerre. Mais il ne l’a pas fait. Au lieu de cela, Trump a choisi de faire l’éloge de son invité.
Au cours d’un dîner à la Maison-Blanche, il a déclaré aux journalistes que les deux hommes « ont remporté, ensemble, un succès énorme, et je pense que ce succès sera encore plus grand à l’avenir ».
Il a laissé le Premier ministre israélien prendre l’initiative lorsqu’il a été interrogé sur la création d’un État palestinien et sur son projet de relogement des habitants de Gaza. Il a menacé d’intervenir si le candidat à la mairie de New York, Zohran Mamdani, que de nombreux Juifs considèrent comme anti-israélien, « ne se comporte pas bien » en cas de victoire, notamment en ce qui concerne sa promesse de faire arrêter Netanyahu si le Premier ministre devait s’aventurer dans sa ville.
Les rencontres de Netanyahu avec JD Vance, qui a pris une voie plus isolationniste que Trump, ont également semblé très chaleureuses.
Le ministre de la défense, Pete Hegseth, a qualifié Israël « d’allié modèle ».
« On peut avoir beaucoup d’alliés, mais on peut aussi avoir des alliés dont les capacités sont réellement mises en œuvre en première ligne », a-t-il déclaré au Pentagone.
Hegseth faisait ici, bien entendu, référence à l’opération israélienne de douze jours qui a été lancée contre le programme nucléaire iranien, une offensive à laquelle les États-Unis se sont joints après que les pilotes et les services de renseignement israéliens ont accumulé une série de succès éclatants.
C’est la clé de la marge de manœuvre dont jouit Netanyahu, même si le résultat souhaité par Trump reste source de frustration et hors de portée.
Alors que les alliés européens et asiatiques sont incapables d’assurer leur propre sécurité sans une implication massive des États-Unis, Israël se distingue par sa volonté de se battre et de se sacrifier. Un fait qui n’aurait qu’une valeur relative aux yeux de Trump si toutes les guerres menées par l’État juif étaient aussi peu concluantes que son opération à Gaza. Pourtant, contre le Hezbollah et contre l’Iran, Israël a été capable d’élaborer des campagnes audacieuses, technologiquement impressionnantes et efficaces, qui ont été brèves et circonscrites.
Les succès d’Israël dans la dégradation des systèmes de défense antiaérienne de l’Iran et dans l’élimination de ses chefs militaires ont permis à Trump de donner l’image d’un homme ferme, judicieux dans son utilisation de la force militaire. Son opération Midnight Hammer n’a duré que quelques heures, elle n’a impliqué aucun soldat au sol et elle n’a fait aucune victime aux États-Unis. Contrairement à ses prédécesseurs, Trump peut affirmer que ses opérations au Moyen-Orient n’ont pas coûté cher et qu’elles ne se sont pas éternisées dans un but douteux.
Trump, Hegseth et le secrétaire d’État américain Marco Rubio se reposent manifestement sur leurs lauriers dans le sillage des frappes, et la visite de Netanyahu leur a donné de nouvelles occasions de s’étendre longuement sur l’opération devant les caméras.
De plus, l’implication de l’armée américaine dans les frappes israéliennes menées en Iran semble être une victoire politique pour Trump. Si l’isolationnisme supposé des électeurs de Trump a beaucoup fait parler, un récent sondage réalisé par l’Institut Ronald Reagan a révélé que 84 % des électeurs voulaient empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique et que 90 % des Républicains MAGA déclaraient que « empêcher l’Iran d’obtenir la bombe nucléaire est important pour la sécurité des États-Unis ».
Les « Républicains MAGA » sont également plus nombreux que l’ensemble des Républicains à souhaiter que les États-Unis jouent un rôle de premier plan dans les affaires internationales, et 86 % d’entre eux affirment que la sécurité d’Israël est importante pour la sécurité des États-Unis.
Trump aime les gagnants, et en ce moment, Netanyahu a l’air d’en être un.
Pourtant, toutes ces bonnes vibrations, à Washington, ne permettent pas de résoudre l’énigme de Gaza pour le Premier ministre israélien.
Alors que les sondages vont dans la bonne direction pour Trump, ils racontent une histoire différente pour Netanyahu. Soixante-quatorze pour cent des Israéliens, dont 60 % des personnes qui ont voté pour sa coalition, soutiennent la conclusion d’un accord avec le Hamas qui garantirait la remise en liberté de tous les otages en même temps en échange de la fin de la guerre à Gaza, selon un sondage qui a été diffusé vendredi par la chaîne d’information N12.
Une option rejetée par le Premier ministre israélien – qui est conscient qu’elle pourrait entraîner l’effondrement de sa coalition, qui s’appuie sur des partis d’extrême droite bien déterminés à poursuivre la guerre.
« Une république évitera la guerre à moins que cet évitement ne crée des conditions pires que la guerre elle-même », avait écrit Jefferson. « Parfois, les dispositions de ceux qui choisissent de se faire nos ennemis ne nous laissent pas le choix ».
Israël a cherché à éviter la guerre à Gaza jusqu’à ce que le Hamas choisisse le conflit, le 7 octobre 2023. Il reste très difficile de dire comment cette guerre se terminera, ni combien de temps les conséquences des frappes contre l’Iran soutiendront Netanyahu à Washington alors que la guerre de Gaza l’affaiblira à l’intérieur du pays.
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